A éviter

Samedi 28 novembre 2009
Clara Millet est une femme libre : trente-six ans, pas de mari, pas d'enfants, un appartement à Paris, du travail quand elle en a besoin. Clara Millet collectionne les amants, mais pas n'importe lesquels, des artistes, des intellectuels, en tout cas des gens riches, même si bon, quand même, elle a un ami Noir qui deale de l'herbe à Bagneux parce que Clara Millet n'est pas raciste et ne choisit pas ses amis d'après leur portefeuille, non non...
Pourtant, sous ses airs de femme forte, Clara Millet est fragile, hantée par cet amant qu'elle aime encore mais qui ne veut plus d'elle, le salaud...

"Elle se contentait de l'aimer et de souffrir. De combler le creux douloureux de ses absences par des présences passagères auxquelles elle s'accrochait, légère. Elle les appelait ses "amants utiles". Utiles pour oublier son chagrin...". Clara Millet  souffre dans son coeur. Parce qu'elle a connu le grand amour avec Rapha et qu'après lui, la fin du monde : "ils étaient tous les deux comme un seul et unique sarment de vigne noueux, formé de deux pieds qui s'enroulent l'un sur l'autre, l'un autour de l'autre. Ils s'étaient nourris, vivifiés, s'étaient aidés à pousser haut, haut vers le ciel." Là, on a bien compris qu'ils s'aimaient beaucoup...
Oui mais voilà, elle a quand même poussé le bouchon un peu loin en lui faisant vivre sa nymphomanie. "Aucun homme amoureux ne peut supporter que le corps de celle qu'il aime à la folie soit saccagé par un autre", ben non, c'est sûr, on le comprend Rapha, c'est elle qu'est rien qu'une trainée en fait... et elle s'est bien gardée de nous révéler dans les premières pages du roman qu'elle n'était qu'une Marie-couche-toit-là, tout ça pour qu'on la plaigne... ben ouais, parce qu'elle est toute malheureuse maintenant... Mais, coup de bol, elle a de bonnes copines auxquelles elle peut se confier, et ça, c'est important dans la vie, les bonnes copines.

D'abord il y a Joséphine, qui s'ennuie depuis qu'elle vit en province (ben, c'est sûr, que faire d'autres que s'ennuyer en province...), toute dévouée à ses enfants (à tel point qu'elle leur lit les Maximes de La Rochefoucald à table) et en est arrivée à détester son aristocrate de mari, médecin et responsable de clinique (qui s'appelle Ambroise de Chaulieu, alors que la femme de ménage se nomme Mme Ripon, ouais...). Alors elle s'interroge, bien légitimement : "Et puis que vaut-il mieux ? Mourir à petit feu dans la cocotte-minute conjugale ou partir en tourbillon dans les flammes du désir ?", je vous le demande un peu, mesdames...
Agnès, mariée depuis treize ans, et inscrite à des séminaires de couple pour soigner la jalousie maladive de son Yves. Elle aime bien ses copines Agnès, mais elle est moins riche qu'elles et même si elle se le cache, au fin fond de son coeur, elle le sait bien qu'elle vaut autant et que l'argent c'est rien que de la poudre aux yeux... mais comment faire comprendre aux gens qui en ont trop de l'argent... Elle n'en peut plus, elle craque, elle se morve dans son pull, c'est vraiment crade, mais heureusement, Joséphine la prend dans ses bras et lui dit : "Allez ma biboune, pleure, ça fait du bien... Pleure un bon coup comme quand tu étais petite et que ta maman te faisait un câlin après..." Ah les copines, heureusement qu'elles sont la !
Quant à Lucille, ah, Lucille : "Des jambes comme deux rubans, une taille si fine, des seins qu'on devine fermes et libres, des yeux gris-verts, immenses et profonds, des pommettes haut placées qui creusent les joues, un teint parfait". Et riche avec ça... Bref, le genre de fille à vous refiler des complexes. Mais comme il y a une justice en ce bas monde, elle est frigide, bien fait pour elle !

Riches ou pas, fidèles ou pas, amoureuses ou pas, les femmes sont comme ça : jamais heureuses, jamais satisfaites, toujours envieuses. Merci pour cette belle leçon !

J'ai lu ce livre presque en entier, contrainte et forcée puisqu'ils l'ont lu aussi dans le cadre de la chaîne des livres : 
Leiloona , Cécile , Bluegrey , Argantel , Emmyne et Yohan

Encore une danse
1
Katherine Pancol
LGF (Le Livre de poche n°14671), 1999
ISBN : 978-2-253-14671-1 - 285 pages - 5.50 € (je précise que pour ce prix-là, on peut s'acheter une trentaine de Carambar à la barbe-à-papa, et en plus, y'a des blagues dedans)
Par Yspaddaden
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Vendredi 15 mai 2009

J'ai entendu Laurence Tardieu parler de ce livre et j'ai tout de suite eu très envie de le lire. Cette femme parle très bien, elle est rayonnante et apaisante, et son sujet m'intéressait beaucoup : Maud, la narratrice, reçoit un coup de fil d'un homme qu'elle a rencontré lors d'une soirée six ans plus tôt. Il ne s'est rien passé de physique entre eux, juste un éblouissement, LA rencontre, le moment inoubliable qui l'habite longtemps, très longtemps. Et puis plus rien. Juste les souvenirs, les sensations. Jusqu'au coup de fil : "j'aimerais vous revoir". Elle dit oui, cet homme-là, elle ne peut l'oublier, malgré son mari, malgré sa petite fille.

Sur la table devant moi, trente et un livres achetés pour la bibliothèque dont au moins une dizaine que j'ai sérieusement envie de lire. Mais c'est celui-là que je veux, c'est comme impératif.
Alors j'ai su dès les premières lignes que la déception serait immense, à la mesure de mon envie. Que de phrases d'une platitude infinie, déjà lues cent fois ! Que de clichés, que de fins de chapitre sentencieuses qui se voudraient marquantes !

"Je ne demande rien, pas un baiser, pas une caresse. Je pense que c'est le premier jour, la vie soudain longue, très longue et si brève, je pense que l'unique raison pour laquelle une vie vaut d'être vécue c'est l'amour, c'est une évidence soudain, la seule certitude possible, une vie sans amour ça n'est rien, ça n'a aucun sens, ça ressemble à la mort, au temps inutile et perdu, c'est la misère du corps et la misère de l'âme, on en oublie le ciel et la ligne d'horizon."
Soit. Mais n'écrit pas la passion qui veut. A aucun moment l'obsession de cette femme ne m'a émue, à aucun moment elle ne m'a touchée. Alors que la narratrice semble plongée au coeur de l'intime grâce à une introspection tout en pudeur, je suis restée à la porte de cette histoire, toujours plus déçue voire même agacée. Dans son billet,
Clarabel estime qu'elle trouve les mots justes, ceux qui touchent. Pour moi, c'est exactement l'inverse. Ce sont les mots que me gênent, ce style que je trouve simpliste et naïf. Et mièvre (ah, les scènes d'amour familial !). C'est le degré zéro de l'écriture amoureuse. Lau parle d'une "écriture douce et tendre" : c'est exactement ça, doux et tendre (j'aurais dû me méfier !).

Et au moment de chercher des liens pour ce billet, je ne trouve que des éloges. Serais-je une extra-terrestre ? Le Figaro commence ainsi son article : "La plume profonde et éblouissante de Laurence Tardieu décrit au plus près les frémissements du désir."  J'ai du mal à comprendre... Tout me paraît tellement superficiel. Même cette narratrice écrivain qui explique ce qu'elle ressent en écrivant : "...lorsque j'écris, je ne sais plus où je suis. Il n'y a plus de limites : je suis en moi très profondément, et ailleurs, je ne sais pas où. Un ailleurs vaste, très vaste. Je suis partout. Je suis éclatée. Et j'écris ça, ce que je suis, cet éclatement. Ce que je vis et ce que j'aimerais vivre ce rejoignent. Je vis ce que j'écris. Ecrire, c'est faire cette expérience-là." Tout ça me paraît bien convenu.
Laurence Tardieu ne me convainc pas plus en parlant de la création littéraire que de l'amour. Alors que c'est de sentiments exacerbés dont il est question, je n'ai lu que des platitudes qui m'ont laissé totalement indifférente.

Alors bien sûr, je ne me suis pas imposé deux cent trente cinq pages de cette lecture-là, non. Je me suis arrêtée page 112, peu de temps après que "Le ciel est bleu comme une orange" passe pour un vers de Paul Eluard... mon dieu, ça au moins, ça aurait pu être beau !

Un temps fou

Laurence Tardieu
Stock, 2009
ISBN : 978-2-243-06243-6 - 235 pages - 17 €

Par Yspaddaden
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Vendredi 2 mai 2008

« Un deuxième roman d’une grande drôlerie […]. Une fable hilarante d’Olivier Maulin » dixit Baptiste Liger dans Lire d’avril 2008 avec trois étoiles à la clé. Avec en plus une couverture qui me plait beaucoup, le tout édité par la maison d’édition de Pierre Jourde : j’achète !

 

Le problème est que je n’ai pas ri du tout, et que je n’ai pas réussi à poursuivre au-delà de la page 249…

Nous avons donc un Parigot, Pierre Martineau, qui débarque dans les Vosges pour prendre un grand bol d’air et oublier les ennuis de la vie. Le genre de Parigot qui prend tous ceux qui habitent au-delà du périphérique pour des bouseux… L’Alsace, les Vosges, c’est la planète Mars. Du coup, on a droit à une galerie de portraits de gens du cru, censée être drôle mais qui ne m’a pas fait rire (je précise que je n’ai aucune racine vosgienne, ni même alsacienne, contrairement à l’auteur). Le Parigot découvre qu’en plus d’attardés provinciaux, le pays abrite « un strîmkarl norvégien qui crèche vers la source et des chamecos mexicains vers le Bramont. » Et aussi un nokke danois, des kobolds, des poulpiquets farceurs… C’est que Suzy son hôtesse, en plus d’être Vosgienne, est un peu spéciale : elle lit du Tite-Live aux arbres (mais seulement aux hêtres), voire même La Vie de saint Martin. C’est que voyez-vous, l’homme s’étant coupé de la métaphysique et du divin, vit son Age Sombre. Mais ce monde d’égoïsme « sera irrémédiablement et inéluctablement détruit et des cavernes de cristal déferleront les armées oubliées, conduites par un Roi oublié, sur les cités en flammes. » En attendant, Pierre apprend beaucoup auprès de Suzy grâce au mysticisme des arbres et aux résonances cosmiques :

Elle m’a poussé contre l’arbre.

-         Et toi, tu la sens, la vie dynamique ?

-         Peut-être bien…

-         Tu la sens, la sève qui bouillonne ?

-         Ah ouais, ça vient net, là…

-         Tu vois quoi ?

-         Je vois… euh… une bite qui éjacule.

Car bien sûr, « l’acte sexuel, c’est la meilleure façon d’accéder au monde idéal. » Tout à fait mon genre…

Mais je suis bien consciente d’être passée à côté de quelque chose, vu que je n’ai même pas compris la position de l’auteur dans tout ça : il en pense quoi de sa Suzy : caricature ? Le seul qui a l’air de parler encore le patois local est un géant débile nommé Louiele le troll. Alors quoi : retour aux sources ou mondialisation ? Bannik russe sodomite ou Schtroumpfs pour tout le monde ? C’est Lévi-Strauss qu’on revisite ou Bienvenue chez les Ch’tis version est de la France ? Les deux sûrement…

En plus de cet humour qui n’est pas le mien, l’auteur nous accable de longs débats sur le travail, les trains ou l’économie locale qui franchement me fatiguent.

J’ai bien réussi à faire trembler deux ou trois fois mon zygomatique gauche (grâce aux portraits des écolos tendance en particulier), mais le droit reste en rade…

 Les évangiles du lac
Olivier Maulin
L’Esprit des péninsules, 2008
ISBN : 978-2-35315-034-2 – 343 pages – 21 €

Par Yspaddaden
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Lundi 24 mars 2008

besson.jpg Un homme, Thomas Sheppard, rentre chez lui après cinq ans de prison. Il a été condamné pour ne pas avoir pu sauver son fils de huit ans mort en mer lors d’une sortie en bateau. Sa maison est vide, les habitants le regardent de travers, lui envoient des lettres anonymes, et lui se souvient. Grâce à Rajik, le Pakistanais, lui aussi étranger au village, puis à Betty la petite vendeuse, il se remémore sa vie de couple (un lent naufrage), la sortie en mer, le procès puis sa vie en prison. Et peu à peu, le lecteur en apprend plus : l’enfant n’était pas son fils, il le savait mais n’a jamais rien demandé à sa femme ; il a jadis souhaité la mort de l’enfant qui n’est pas mort en tombant à l’eau comme il l’a toujours affirmé ; il a rencontré quelqu’un en prison.

Ce livre devrait être émouvant, mais je sors de cette lecture plus agacée qu’émue. Dès les premières lignes, je m’étonne : pourquoi Philippe Besson a-t-il ressenti le besoin d’implanter son histoire en Cornouailles ? Il est aussi Anglais que moi, ça se sent tout de suite et la Bretagne aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ou même la Corse. Mais vraiment pas la Cornouailles, vraiment pas. Moi qui y suis allée, je n’ai rien retrouvé dans ce livre qui me rappelle la magnificence des paysages, l’odeur de la mer et de l’arrière-pays, la gentillesse des gens et les mouettes, mazette, les mouettes ! Et bien  sûr, l’indispensable touche british, totalement absente ici. Un peu de vent, la pluie et les bateaux, un ferry qui croise au loin, et voilà la Cornouailles. C’est ce qu’on appelle faire couleur locale…

Donc, ça commençait mal… J’ai alors essayé de m’intéresser à la psychologie du narrateur, à son histoire, puisque c’est ce qui importe dans ce roman, l’intrigue étant inexistante. Qui est vraiment cet homme ? A-t-il tué le gosse ? Prémédité sa mort ? Eh bien, je suis restée indifférente du début à la fin, car ce type est froid, sans profondeur malgré tous les efforts de l’auteur. Celui-ci nous agite sous le nez la part sombre de Thomas Sheppard, son côté inavouable qui devrait faire de lui un héros maudit et ambigu « Un jour, cela a été clair, d’une incroyable clarté : quelqu’un devait mourir. Par la mort, nous serions enfin en mesure d’en finir ».

Il aimerait bien Philippe Besson que l’on entre dans l’intimité de cet homme, qui ne reste qu’un personnage tant ses grosses ficelles font grincer la machine : le monologue intérieur me fatigue, toutes ces virgules pour imiter le flot de la pensée, ces phrases courtes et vides, parfois moches, me donnent le tournis. Exemple de phrase moche : « Du coup, je suis séduit que Betty s’entête à faire comme si elle n’entendait rien et à me rendre ma monnaie sans s’occuper du sang qui sèche sur mes mains à moi. » Si ça c’est un style, alors ce n’est pas pour moi.

Je n’ai pas été émue une seconde par l’histoire de cet homme (à l’inverse de Betty la potiche qui sert de faire-valoir au narrateur) : s’il a envie, au sortir de prison, de retourner s’enterrer dans son cimetière pseudo cornouaillais, grand bien lui fasse.

Le seul avantage de ce livre, c’est qu’il est court : on se fait rapidement une idée et on passe à autre chose.

 

Un instant d’abandon

Philippe Besson

Julliard, 2005

ISBN : 2-260-01681-2 – 213 pages – 18 €

Par Yspaddaden
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Mercredi 19 mars 2008

morgennes.jpg « Le proverbe du vilain nous enseigne que chose qu’on dédaigne vaut souvent mieux qu’on ne le pense. » Cette citation de Chrétien de Troyes mise en exergue à ce roman reflète exactement ma démarche, inspirée par la (bonne) volonté de comprendre. Á l’instar de Romain Sardou ou Guillaume Muso, David Camus fait partie de ces « petits jeunes » qui marchent du tonnerre, qui vendent des milliers de livres dès leur premier essai tout en restant méprisés d’un bon nombre de personnes. Je suis tombée sur David Camus, j’aurais pu en choisir un autre, mais bon, celui-là est le petit-fils du grand Albert, ça vaut le coup de s’y arrêter, non ?

Eh bien non… Et je m’en vais vous expliquer pourquoi, à mon humble avis bien sûr.

Tout d’abord, sachez que si ce livre est le second tome d’un cycle intitulé Le Roman de la Croix, l’éditeur précise que « chaque volume peut être lu indépendamment des autres. Et dans n’importe quel ordre ». Ça tombe bien, je n’avais pas l’intention de lire le premier, Les Chevaliers du Royaume.

Au début de cet épais roman, l’histoire de Morgennes nous est contée à la première personne par un certain Chrétien de Troyes, trouvère de son état. Il a bien connu Morgennes, avant même que lui-même ne soit connu et reconnu. Tout commence par la naissance de notre héros, comme il se doit. Et comme Morgennes est un être exceptionnel, il ne peut pas naître comme tout le monde. Alors que sa mère est prise de douleurs, on se rend compte qu’elle porte deux enfants mais qu’un seul pourra passer. Que fait le rebouteux ? Il découpe en morceaux l’un des bébés, à même la matrice et sans césarienne… qu’on m’explique, je ne visualise pas bien l’opération. Mais bon, Morgennes voit le jour, les parents sont heureux, une petite sœur naît (je vous le fais court) et un jour, ils sont tous massacrés par de méchants Templiers en chemin pour Jérusalem, car si le père est chrétien, la mère est juive. Je vous le donne en  mille : Morgennes, unique survivant, jure de se venger.

Il rencontre Chrétien de Troyes et tous deux vont rouler leur bosse sur bien des chemins. Je vous le fais court à nouveau : Saint-Pierre de Beauvais où Morgennes entre dans les ordres, Constantinople, Jérusalem, Le Caire… Morgennes se fait acteur avec la troupe du Dragon blanc mais voudrait devenir chevalier. Amaury lui promet l’adoubement s’il parvient à tuer un vrai dragon, et voici notre héros parti à la recherche du royaume du prêtre Jean où, dit-on, on rencontre encore les derniers spécimens de ces créatures mythiques. Il ne croise que du beau monde sur sa route notre héros : Amaury, roi de Jérusalem, Manuel Comnène, empereur des Grecs, basileus de Constantinople, Nur al-Din, sultan de Damas, Saladin, et le petit Poucet devenu grand et supérieur de l’abbaye Saint-Pierre de Beauvais…

On perd Chrétien de Troyes de vue à plusieurs reprises et le récit passe à la troisième personne, tandis que mon attention s’envole au fur et à mesure des tractations entre tous ces grands qui se disputent Jérusalem, l’Égypte…etc. Un petit regain d’intérêt quand Morgennes doit délivrer Guyane, la fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Chirkouk le Borgne, puis j’arrête tout page 425, accablée, mais pas mécontente d’être arrivée jusque là.

Alors qu’y a-t-il de si terrible là-dedans ? Du ridicule et de l’incohérence. Exemple : Morgennes a une mémoire hors du commun, « en vérité, elle était si extraordinaire qu’il arrivait à reconnaître dans la rotondité d’un strato-cumulus l’enfant d’un cumulo-nimbus passé l’année précédente »… Encore pire : Morgennes, n’écoutant que son courage, affronte à lui tout seul les troupes de Nur al-Din pour permettre aux Templiers d’intervenir : « la foudre en tombant n’aurait pas causé plus de surprise que Morgennes lorsqu’il s’abattit sur les premières tentes du campement. Poussant sa monture jusqu’à ses dernières limites, il s’en fit une arme »…etc. puis quelques pages plus loin, le même Morgennes affirme au puissant mégaduc (sic) Coloman : « Mais je ne suis jamais monté à cheval ! ». Ils sont combien chez Robert Laffont à relire les manuscrits ???

Que dire, que penser ? Que c’est une expérience qu’il fallait tenter et que je sais aujourd’hui personnellement que tout ça, c’est du vent, un ensemble de recettes, de thèmes dans l’air du temps qu’on met dans un saladier jusqu’à en faire un brouet insipide qu’on assaisonne d’épices (un nom connu, une belle couverture) pour en masquer l’odeur. Ce que je ne comprends toujours pas, c’est comment il peut s’en vendre autant… 

 

Morgennes
David Camus

Robert Laffont, 2008

ISBN : 978-2-221-10482-8 – 584 pages – 21 €

Par Yspaddaden
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