Vendredi 2 mai 2008

« Un deuxième roman d’une grande drôlerie […]. Une fable hilarante d’Olivier Maulin » dixit Baptiste Liger dans Lire d’avril 2008 avec trois étoiles à la clé. Avec en plus une couverture qui me plait beaucoup, le tout édité par la maison d’édition de Pierre Jourde : j’achète !

 

Le problème est que je n’ai pas ri du tout, et que je n’ai pas réussi à poursuivre au-delà de la page 249…

Nous avons donc un Parigot, Pierre Martineau, qui débarque dans les Vosges pour prendre un grand bol d’air et oublier les ennuis de la vie. Le genre de Parigot qui prend tous ceux qui habitent au-delà du périphérique pour des bouseux… L’Alsace, les Vosges, c’est la planète Mars. Du coup, on a droit à une galerie de portraits de gens du cru, censée être drôle mais qui ne m’a pas fait rire (je précise que je n’ai aucune racine vosgienne, ni même alsacienne, contrairement à l’auteur). Le Parigot découvre qu’en plus d’attardés provinciaux, le pays abrite « un strîmkarl norvégien qui crèche vers la source et des chamecos mexicains vers le Bramont. » Et aussi un nokke danois, des kobolds, des poulpiquets farceurs… C’est que Suzy son hôtesse, en plus d’être Vosgienne, est un peu spéciale : elle lit du Tite-Live aux arbres (mais seulement aux hêtres), voire même La Vie de saint Martin. C’est que voyez-vous, l’homme s’étant coupé de la métaphysique et du divin, vit son Age Sombre. Mais ce monde d’égoïsme « sera irrémédiablement et inéluctablement détruit et des cavernes de cristal déferleront les armées oubliées, conduites par un Roi oublié, sur les cités en flammes. » En attendant, Pierre apprend beaucoup auprès de Suzy grâce au mysticisme des arbres et aux résonances cosmiques :

Elle m’a poussé contre l’arbre.

-         Et toi, tu la sens, la vie dynamique ?

-         Peut-être bien…

-         Tu la sens, la sève qui bouillonne ?

-         Ah ouais, ça vient net, là…

-         Tu vois quoi ?

-         Je vois… euh… une bite qui éjacule.

Car bien sûr, « l’acte sexuel, c’est la meilleure façon d’accéder au monde idéal. » Tout à fait mon genre…

Mais je suis bien consciente d’être passée à côté de quelque chose, vu que je n’ai même pas compris la position de l’auteur dans tout ça : il en pense quoi de sa Suzy : caricature ? Le seul qui a l’air de parler encore le patois local est un géant débile nommé Louiele le troll. Alors quoi : retour aux sources ou mondialisation ? Bannik russe sodomite ou Schtroumpfs pour tout le monde ? C’est Lévi-Strauss qu’on revisite ou Bienvenue chez les Ch’tis version est de la France ? Les deux sûrement…

En plus de cet humour qui n’est pas le mien, l’auteur nous accable de longs débats sur le travail, les trains ou l’économie locale qui franchement me fatiguent.

J’ai bien réussi à faire trembler deux ou trois fois mon zygomatique gauche (grâce aux portraits des écolos tendance en particulier), mais le droit reste en rade…

 Les évangiles du lac
Olivier Maulin
L’Esprit des péninsules, 2008
ISBN : 978-2-35315-034-2 – 343 pages – 21 €

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Lundi 24 mars 2008

besson.jpgUn homme, Thomas Sheppard, rentre chez lui après cinq ans de prison. Il a été condamné pour ne pas avoir pu sauver son fils de huit ans mort en mer lors d’une sortie en bateau. Sa maison est vide, les habitants le regardent de travers, lui envoient des lettres anonymes, et lui se souvient. Grâce à Rajik, le Pakistanais, lui aussi étranger au village, puis à Betty la petite vendeuse, il se remémore sa vie de couple (un lent naufrage), la sortie en mer, le procès puis sa vie en prison. Et peu à peu, le lecteur en apprend plus : l’enfant n’était pas son fils, il le savait mais n’a jamais rien demandé à sa femme ; il a jadis souhaité la mort de l’enfant qui n’est pas mort en tombant à l’eau comme il l’a toujours affirmé ; il a rencontré quelqu’un en prison.

Ce livre devrait être émouvant, mais je sors de cette lecture plus agacée qu’émue. Dès les premières lignes, je m’étonne : pourquoi Philippe Besson a-t-il ressenti le besoin d’implanter son histoire en Cornouailles ? Il est aussi Anglais que moi, ça se sent tout de suite et la Bretagne aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ou même la Corse. Mais vraiment pas la Cornouailles, vraiment pas. Moi qui y suis allée, je n’ai rien retrouvé dans ce livre qui me rappelle la magnificence des paysages, l’odeur de la mer et de l’arrière-pays, la gentillesse des gens et les mouettes, mazette, les mouettes ! Et bien  sûr, l’indispensable touche british, totalement absente ici. Un peu de vent, la pluie et les bateaux, un ferry qui croise au loin, et voilà la Cornouailles. C’est ce qu’on appelle faire couleur locale…

Donc, ça commençait mal… J’ai alors essayé de m’intéresser à la psychologie du narrateur, à son histoire, puisque c’est ce qui importe dans ce roman, l’intrigue étant inexistante. Qui est vraiment cet homme ? A-t-il tué le gosse ? Prémédité sa mort ? Eh bien, je suis restée indifférente du début à la fin, car ce type est froid, sans profondeur malgré tous les efforts de l’auteur. Celui-ci nous agite sous le nez la part sombre de Thomas Sheppard, son côté inavouable qui devrait faire de lui un héros maudit et ambigu « Un jour, cela a été clair, d’une incroyable clarté : quelqu’un devait mourir. Par la mort, nous serions enfin en mesure d’en finir ».

Il aimerait bien Philippe Besson que l’on entre dans l’intimité de cet homme, qui ne reste qu’un personnage tant ses grosses ficelles font grincer la machine : le monologue intérieur me fatigue, toutes ces virgules pour imiter le flot de la pensée, ces phrases courtes et vides, parfois moches, me donnent le tournis. Exemple de phrase moche : « Du coup, je suis séduit que Betty s’entête à faire comme si elle n’entendait rien et à me rendre ma monnaie sans s’occuper du sang qui sèche sur mes mains à moi. » Si ça c’est un style, alors ce n’est pas pour moi.

Je n’ai pas été émue une seconde par l’histoire de cet homme (à l’inverse de Betty la potiche qui sert de faire-valoir au narrateur) : s’il a envie, au sortir de prison, de retourner s’enterrer dans son cimetière pseudo cornouaillais, grand bien lui fasse.

Le seul avantage de ce livre, c’est qu’il est court : on se fait rapidement une idée et on passe à autre chose.

 

Un instant d’abandon

Philippe Besson

Julliard, 2005

ISBN : 2-260-01681-2 – 213 pages – 18 €

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Mercredi 19 mars 2008

morgennes.jpg« Le proverbe du vilain nous enseigne que chose qu’on dédaigne vaut souvent mieux qu’on ne le pense. » Cette citation de Chrétien de Troyes mise en exergue à ce roman reflète exactement ma démarche, inspirée par la (bonne) volonté de comprendre. Á l’instar de Romain Sardou ou Guillaume Muso, David Camus fait partie de ces « petits jeunes » qui marchent du tonnerre, qui vendent des milliers de livres dès leur premier essai tout en restant méprisés d’un bon nombre de personnes. Je suis tombée sur David Camus, j’aurais pu en choisir un autre, mais bon, celui-là est le petit-fils du grand Albert, ça vaut le coup de s’y arrêter, non ?

Eh bien non… Et je m’en vais vous expliquer pourquoi, à mon humble avis bien sûr.

Tout d’abord, sachez que si ce livre est le second tome d’un cycle intitulé Le Roman de la Croix, l’éditeur précise que « chaque volume peut être lu indépendamment des autres. Et dans n’importe quel ordre ». Ça tombe bien, je n’avais pas l’intention de lire le premier, Les Chevaliers du Royaume.

Au début de cet épais roman, l’histoire de Morgennes nous est contée à la première personne par un certain Chrétien de Troyes, trouvère de son état. Il a bien connu Morgennes, avant même que lui-même ne soit connu et reconnu. Tout commence par la naissance de notre héros, comme il se doit. Et comme Morgennes est un être exceptionnel, il ne peut pas naître comme tout le monde. Alors que sa mère est prise de douleurs, on se rend compte qu’elle porte deux enfants mais qu’un seul pourra passer. Que fait le rebouteux ? Il découpe en morceaux l’un des bébés, à même la matrice et sans césarienne… qu’on m’explique, je ne visualise pas bien l’opération. Mais bon, Morgennes voit le jour, les parents sont heureux, une petite sœur naît (je vous le fais court) et un jour, ils sont tous massacrés par de méchants Templiers en chemin pour Jérusalem, car si le père est chrétien, la mère est juive. Je vous le donne en  mille : Morgennes, unique survivant, jure de se venger.

Il rencontre Chrétien de Troyes et tous deux vont rouler leur bosse sur bien des chemins. Je vous le fais court à nouveau : Saint-Pierre de Beauvais où Morgennes entre dans les ordres, Constantinople, Jérusalem, Le Caire… Morgennes se fait acteur avec la troupe du Dragon blanc mais voudrait devenir chevalier. Amaury lui promet l’adoubement s’il parvient à tuer un vrai dragon, et voici notre héros parti à la recherche du royaume du prêtre Jean où, dit-on, on rencontre encore les derniers spécimens de ces créatures mythiques. Il ne croise que du beau monde sur sa route notre héros : Amaury, roi de Jérusalem, Manuel Comnène, empereur des Grecs, basileus de Constantinople, Nur al-Din, sultan de Damas, Saladin, et le petit Poucet devenu grand et supérieur de l’abbaye Saint-Pierre de Beauvais…

On perd Chrétien de Troyes de vue à plusieurs reprises et le récit passe à la troisième personne, tandis que mon attention s’envole au fur et à mesure des tractations entre tous ces grands qui se disputent Jérusalem, l’Égypte…etc. Un petit regain d’intérêt quand Morgennes doit délivrer Guyane, la fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Chirkouk le Borgne, puis j’arrête tout page 425, accablée, mais pas mécontente d’être arrivée jusque là.

Alors qu’y a-t-il de si terrible là-dedans ? Du ridicule et de l’incohérence. Exemple : Morgennes a une mémoire hors du commun, « en vérité, elle était si extraordinaire qu’il arrivait à reconnaître dans la rotondité d’un strato-cumulus l’enfant d’un cumulo-nimbus passé l’année précédente »… Encore pire : Morgennes, n’écoutant que son courage, affronte à lui tout seul les troupes de Nur al-Din pour permettre aux Templiers d’intervenir : « la foudre en tombant n’aurait pas causé plus de surprise que Morgennes lorsqu’il s’abattit sur les premières tentes du campement. Poussant sa monture jusqu’à ses dernières limites, il s’en fit une arme »…etc. puis quelques pages plus loin, le même Morgennes affirme au puissant mégaduc (sic) Coloman : « Mais je ne suis jamais monté à cheval ! ». Ils sont combien chez Robert Laffont à relire les manuscrits ???

Que dire, que penser ? Que c’est une expérience qu’il fallait tenter et que je sais aujourd’hui personnellement que tout ça, c’est du vent, un ensemble de recettes, de thèmes dans l’air du temps qu’on met dans un saladier jusqu’à en faire un brouet insipide qu’on assaisonne d’épices (un nom connu, une belle couverture) pour en masquer l’odeur. Ce que je ne comprends toujours pas, c’est comment il peut s’en vendre autant… 

 

Morgennes
David Camus

Robert Laffont, 2008

ISBN : 978-2-221-10482-8 – 584 pages – 21 €

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