Vendredi 4 juillet 2008

« Un enfant marqué par le Diable n’a que sa vie devant lui. » Tel est le Scorpion : rien à perdre et une malédiction derrière lui. Il ne sait pas grand-chose de ses origines si ce n’est que sa mère a été brûlée pour sorcellerie, et que le cardinal Trebaldi veut sa mort. Car nous sommes dans l’Italie du XVIIIème siècle, dans une Rome où l’Eglise n’est que crime et luxure, meurtres et complots. Sous la houlette du très puissant cardinal se réunissent les descendants des Neuf  Familles qui quinze siècles auparavant parièrent sur la religion chrétienne pour asseoir leur pouvoir.

Virevoltant, méfiant, mystérieux et diablement séduisant, ce Scorpion se bat à l’épée, séduit  les femmes, échappe à la mort, bref, il est l’Aventurier de charme. Plus athlétique que Gérard Philipe, plus énigmatique que Cartouche (Jean-Paul Belmondo), le héros de Marini et Desberg fait mouche de son fleuret et entraîne le lecteur dans un tourbillon d’aventures et de mystères. Il échappe au poison, aux carreaux d’arbalète et aux coups de feu, enfourche son cheval comme à saute-mouton et manie aussi bien l’humour que l’épée.

J’ai reçu le premier volume de cette série de Praline grâce au fameux et judicieux swap Cape et Epée. Mais comment en rester là alors qu’il se termine par l’agonie du héros. Même si on se doute bien qu’il va s’en sortir, il me fallait la suite, que j’ai trouvée à la bibliothèque : ouf ! Alors le plan de Trebaldi ? Devenir pape, carrément, et pour ça faire assassiner celui en place, non mais je vous jure, pour une fois qu’il y en avait un de sympa ! Et les moines guerriers qu’il a pour escorte ne laissent rien présager de bon pour la Chrétienté, tout en cape et en masque d’or : inquiétants. Et pourquoi Trebaldi s’intéresse-t-il au procès de la mère du Scorpion ? Cela a-t-il un rapport avec le pape ? Le Scorpion serait-il le fils du pape ? Allez hop, j’enquille avec le troisième tome ! Le Scorpion parviendra-t-il à empêcher l’élection de Trébaldi au siège pontifical ?

Série de cape et d’épée s’il en n’est, Le Scorpion séduira les amateurs de BD historique. Le dessin est lumineux, le travail sur les costumes et les décors impeccable.
Alors bien sûr, les méchants sont vraiment méchants et le Scorpion a tout pour lui. Je ne dis rien des femmes, meurtrières ou putes, il y a le choix ! Mais ce genre de BD ne se passe jamais sans quelques stéréotypes que la fougue du scénario et la qualité du dessin ramènent au second plan.

Même enthousiasme chez
Yueyin
Le site du Scorpion où vous trouverez la bande annonce de la série

Le Scorpion
1 :
La marque du Diable
2 : Le secret du pape
3 :
La croix de Pierre

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Enrico Marini
Dargaud, 2000 - 2003
 

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Samedi 7 juin 2008

Petites éclipses, c’est des histoires de couples et des histoires d’amis, la trentaine bien tassée, qui se retrouvent dans le sud de la France pour passer quatre jours ensemble à l’occasion de l’éclipse de soleil. Dom et sa femme Isabelle : il la trompe et n’a rien trouvé de mieux que d’inviter sa maîtresse, Héléna : ils passent leur temps à s’engueuler et à se réconcilier. Jean-Pierre, dit JP, qui lui n’est pas venu avec sa femme (restée à la maison avec les enfants) mais avec Jan, dix-neuf ans, dont il a fait la conquête sur Internet. Il va être son premier amant. Et Hubert, l’homo de service, qui compte les points.


Cette BD est tout simplement formidable, en particulier quand on a l’âge des protagonistes, je crois. Les rapports de couple sous vus à la loupe et aucune des mesquineries du quotidien n’est oubliée. Que se soit sur le mode humoristique ou sur un ton dramatique, les divagations intimes et existentielles des personnages sont justes, très humaines et sensibles.
Les hommes sont particulièrement bien traités et bien analysés. Il aime sa femme mais il s’envoie en l’air avec une autre ; la mère de ses enfants, c’est sacré, mais une petite jeune toute fraîche pour un week-end, c’est bien aussi. Alors bien sûr, ça ne passe pas tout seul : monsieur s’angoisse, monsieur se prend pour un salaud. Mais surtout, monsieur ne s’imagine pas une minute que madame fasse pareil, ce qui règlerai évidemment le problème. Non, le point de vue est masculin, les femmes présentées sont soit une femme libre, non mariée (la maîtresse de Dom et la jeune Jan), soit la femme qui veut absolument maintenir le cap du début malgré les infidélités de son époux. On se demande pourquoi d’ailleurs, c’est bien une vision de mecs que de croire qu’on peut compter sur la fidélité de son épouse quand on est soit même frivole : ça rassure, un port dans la tempête… Un petit côté machiste qui fera certainement sourire les femmes. Mais des hommes fragiles comme on les aime, à consoler, bourrés de défauts et de contradictions, qui croient encore que les femmes ne jurent que par le grand amour…

 


Jim et Fane s’expliquent dans une interview-conversation au début du livre : « J’avais tout un tas de choses à déballer et ça débordait […] des choses de tous les jours, des choses ressenties, un trop-plein de subjectivité sur la vie comme on la ressent à trente-cinq ans… Quand on n’a plus l’immunité de la jeunesse mais pas encore l’excuse de l’âge… Quand on se retrouve, comme l’adolescent, le cul entre deux chaises […]…une vraie thérapie, en somme. » Beaucoup de leurs auteurs dans cette BD, beaucoup de trentenaires déboussolés… Ambiance Miossec (les trois premiers albums), que le lecteur particulièrement attentif retrouva dans certaines répliques.


Mais c’est drôle aussi, tant par les dialogues souvent percutants et d’un réalisme à toute épreuve (joutes verbales et blagues à deux balles), que par le dessin en noir, blanc et gris, un peu croquis parfois, mais les personnages ont vraiment des tronches bien à eux.

 

Ça n’était pas gagné d’avance, ça sentait le scénario de film genre « comédie dramatique » ou Le déclin de l’empire américain, mais c’est vraiment très réussi car sans morale et sans analyse post freudienne : c’est vécu, c’est vivant, c’est tragique et drôle : c’est génial !

 

Petites éclipses

Fane & Jim

Casterman (Ecritures), 2007

ISBN : 978-2-203-39630-2 – 292 pages – 15.95 €

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Lundi 26 mai 2008

Joachim et ses parents vivaient heureux, très heureux dans leur petite maison éloignée du monde avec leur bonheur pour unique raison d'être. Jusqu'au jour où trois ombres apparaissent en haut de la colline, trois ombres qu'on a beau chasser, elles reviennent toujours. Joachim interroge ses parents sur ces ombres mais eux n'ont que trop bien compris ce que signifie leur présence. Le père décide de leur échapper et d'emmener son fils loin de leur nid, très loin, au-delà des mers. Il n'est rien que ce père ne ferait pour le sauver et commence alors un long voyage contre l'inéluctable destin.

Cyril Pedrosa choisit de ne jamais dire qui sont ces ombres, comme si révéler leur identité précipiterait le destin du petit garçon. Mais le lecteur comprend tout de suite qui elles sont et que le combat du père contre la mort de son fils est vain. Mais le regard que porte sur lui l'auteur est extrêmement tendre et touchant. Sur un sujet aussi difficile que la mort d'un enfant, Pedrosa parvient à ne pas faire dans le larmoyant. Il a choisi pour cela la forme d'un conte fantastique sombre, mais paradoxalement d'une grande vitalité, cette vitalité des derniers instants passés ensemble. Le dessin est très gai et dynamique malgré le noir et blanc, car les personnages sont expressifs. La bouille du gosse est particulièrement réussie, de même que les marins.

Grâce à une BD de 268 pages, Pedrosa peut nous entraîner dans une aventure humaine dense et cependant très intime et nous guider du rire aux larmes sans jamais aucun pathos. Le registre fantastique lui permet de rester dans le non dit et d'échapper aux scènes tragiques.

Finalement, on sort très ému par ce père qui tente tout pour son fils, qui est prêt à donner sa vie pour lui, mais de sa vie la mort ne veut pas. Il va falloir qu'il accepte de vivre sans lui, sans ce petit bout d'homme si réjouissant, qu'il vive encore, pour lui, pour les autres, pour « tenir debout. Rester du côté des vivants

Très beau, très émouvant : incontournable.

L'avis de Philippe

Trois ombres
Cyril Pedrosa
Delcourt (Shampooing), 2007
ISBN : 978-2-7560-0470-9 - 268 pages - 17,50 €

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Samedi 26 avril 2008

Le mariage d’Aube la belle et Loup-de-Feu, de seigneur de haute taille doit sceller la paix entre Hommes et Bêtes. Car Aube est femme et Loup-de-Feu porte noblement le nom de sa race. Pourtant, comme l’annonce le conteur, « rien ne se déroulera comme prévu » : Salviat, le frère d’Aube, ne tolère pas que sa sœur soit cédée à une bête et organise l’assassinat de l’époux lors de la nuit de noces. Une fois leur forfait accompli, ils s’enfuient, Aube trouvant refuge dans le bois des Vierges, où nulle autre que pucelle ne peut entrer. La fureur des bêtes se déchaîne à la découverte du corps de leur frère et le pacte est rompu. La guerre reprend avec un avantage notoire pour les Hommes qui depuis peu possèdent l’arc-de-buse, machine à tuer qui crache le feu. Mais les Bêtes ont la force du nombre car elles décident de s’allier : contre l’ennemi commun, haute et basse tailles se liguent pour vaincre. Seul le seigneur Clam, le tueur de loups, semble à même d’aider les Hommes. Mais maudit, il se cache là où nul n’a envie d’aller le chercher. Seul Arcan, le père d’Aube banni car c’est par sa famille que le mal est arrivé, seul Arcan sait où est Clam. Et Hugo part le chercher sur les routes tandis que le noble Traille, seigneur de poil et de griffes retrouve son fils aîné qui a déchu en épousant dame Goupil, pour le persuader de prendre les armes contre les Humains.

 

Avec cette série et quelques autres tout aussi intéressantes, Robert Laffont se lance dans la bande dessinée. Et la rencontre de Jean Dufaux (Complainte des landes perdues, Murena, Les Voleurs d’empire…) et Béatrice Tillier (Fée et tendres automates) est vraiment un bonheur car le dessin est à la hauteur du scénario et vice versa. Les loups vêtus d’armures ou de fraises à la Henri IV ont une élégance rare et un port d’une noblesse qui attise la haine des humains. C’est qu’à notre image, les bêtes vivent dans une société hiérarchisée où l’inégalité sociale est de mise.

 

Dans un cadre historique et des paysages familiers, les prémices du conflit entre hommes et bêtes résonnent comme un chapitre d’histoire : un mariage forcé qui tourne mal, un seigneur qui prend les armes contre son voisin, de vieilles rancunes qui ne demandent qu’à s’amplifier… On suit sans difficultés le jeu des alliances et la danse des tromperies entre vrais ennemis d’hier et faux alliés du jour. Les caractères sont vraiment très bien campés et on a envie de savoir jusqu’aux vont aller bêtes et hommes et qui s’en sortira indemne.

Mais en plus d’une intrigue prenante, cette bande dessinée bénéficie de dessins de toute beauté où les animaux sont magnifiés par l’attention portée à leurs vêtements ainsi qu’à leur fourrure. Les détails fourmillent, les expressions varient énormément et le lecteur est sous le charme des loups, renards et autres lynx.

La guerre pourtant s’annonce impitoyable. Si l’on y ajoute le fait que le seigneur Clam est un personnage tout à fait étrange qui clôt ce premier volume, on comprendra qu’il faut vite, très vite que sorte le second.

La Liseuse aussi a beaucoup aimé 


Le bois des vierges / 1

Jean Dufaux (scénario), Béatrice Tillier (dessin) & Eric Montésinos (lettrage)
Robert Laffont, 2008
ISBN : 978-2-221-10727-0 – 56 pages – 13,95 €

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Dimanche 23 mars 2008

Sept-missionnaires.jpgCet album est le quatrième volume d’une collection intitulée « Sept » : « 7 missions, 7 équipes de 7 hommes décidés à réussir, 7 histoires complètes à découvrir dans une collection d’exception », dixit l’éditeur, évidemment. Dirigée par Chauvel, elle s’inspire directement des sept samouraïs et présente l’avantage de donner successivement la main à des dessinateurs et scénaristes de talent. C’est Ayroles qui se colle au scénario (déjà scénariste de De cape et de crocs et de Garulfo : que des bons souvenirs), et Luigi Critone à l’illustration, vraiment prometteur.

Nous sommes en Irlande au IXeme siècle. Les quelques monastères locaux sont régulièrement pillés par les hordes de Vikings venues du Nord. Devant l’indifférence du Haut Roi, un certain sire abbé estime qu’il serait bon d’envoyer à ces pillards quelques missionnaires afin qu’ils s’ouvrent à la vraie foi. Oui mais en Irlande, l’heure n’est plus au martyre et personne n’a envie de se faire trucider par ces Fomoirés. Et si on y envoyait les pires des moines, ceux dont la simple liste des péchés est un blasphème : simonie, nicolaïsme, thaumaturgie, incontinence, ivrognerie, débauche, sodomie, tapage, rixe, faux et usage de faux…L’abbé rusé leur laisse le choix : les Vikings ou la mort sur le bûcher. Et voilà nos joyeux moines devenus missionnaires, voguant vers les démons du Nord !  Et leur action évangélisatrice va être à la hauteur de nos attentes…

Encore une grande réussite d’Ayroles, car, il n’y a pas à dire, on rit du début à la fin. Ces moines paillards sont vraiment très drôles, chacun avec son défaut (un péché capital par moine) et le scénario fait mouche. Exemple : au moment de prier avant de mourir, chacun exprime un vœu : « N’est-il pas coutume d’offrir un dernier repas aux condamnés » (frère Goban, le paillard), « Chez certaines peuplades, on leur octroie une nuit d’étreinte avec de pulpeuses hétaïres » (le luxurieux frère Lugan bien sûr) et ainsi de suite. Plaines d’Irlande, mer du Nord, villages vikings, le périple des moines prend des allures d’épopée pas tout à fait mystique.

page-4.jpgEn plus d’un scénario épatant, Luigi Critone donne à cette BD des illustrations magnifiques. Le trait est précis, tout en rondeur et les couleurs de Lorenzo Pieri sont splendides, chaleureuses et lumineuses. Le dessin parle souvent de lui même et souvent il fait rire, par exemple avec la représentation du dernier repas des moines qui reprend la Cène.

Cette BD se lit vraiment avec grand plaisir et on aurait bien pris quelques pages de plus en compagnie de ces évangélisateurs hors normes.








Sept missionnaires
Alain Ayroles (scénario), Luigi Critone (dessin), Lorenzo Pieri (couleurs)
Delcourt, 2008
ISBN : 978-2-7560-0643-6 - 56 pages - 13,95 €

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Vendredi 14 mars 2008

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On pense souvent que la bande dessinée américaine est irrémédiablement vouée aux superhéros. Qu'on se détrompe en découvrant Légendes de la Garde qui cependant ne manque pas de héros. Ils ne portent pas de costumes très moulants, ne sont pas outrageusement musclés et ne survolent pas les gratte-ciel de New York pour secourir la veuve et l'orphelin ou mettre la pâtée au vilain baveux qui tue. Non, les héros de cette charmante BD sont de modestes souris pour qui la vie est dure, très dure.
« Dans un monde impitoyable, menacé par les prédateurs et les intempéries, les souris doivent lutter pour survivre et prospérer. C'est pourquoi la Garde existe. » 

Victorieux dans la précédente guerre contre le Tyran Furet, les membres de la garde servent désormais d'escorte, d'éclaireurs, de guides ou de guetteurs d'orage dans un monde pacifié. Pourtant un jour, un vieux marchand de grain est attaqué entre Rootwallow et Barkstone. Lieam, Kenzie et Saxon, membres de la Garde, partent à sa recherche. Retrouvé mort dans le ventre d'un serpent, le marchand s'avère être un traître qui n'a pu agir qu'avec la complicité d'un membre de la Garde : le doute s'insinue. Arrivés à Barkstone, les trois gardes découvrent qu'une milice secrète s'est créée, la Hache, à la tête d'un sinistre complot contre Lockhaven. Lieam parvient à intégrer leurs membres tandis que Kenzie et Saxon, laissés pour morts après avoir été tabassés, sont recueillis par un vieillard qui prétend être la Hache Noire, ancien héros de la Garde. Faut-il le croire ou se méfier ? Les trois souris réussiront-elles seules à arrêter l'invasion des troupes rebelles ?

Elles sont ardentes et valeureuses ces souris et on se prend facilement au jeu de leurs aventures. Et si elles se ressemblent toutes, elles sont facilement identifiables car chacune porte une cape de couleur différente. Il est donc aisé d’encourager Lieam, de frémir avec Saxon et de verser sa larme à la mort héroïque du valeureux Conrad.

legendesdegarde_1.jpg

On peut rapprocher ces Légendes de la Garde de la série Rougemuraille de Brian Jacques, qui lui aussi met en scène des petits animaux qui luttent pour survivre dans un cadre résolument médiéval. Mais l'avantage ici c'est un graphisme très original qui s'apparente à la gravure. Les très belles scènes de combats entre le petit mais intrépide Lieam et le gigantesque serpent, entre le minuscule Gwendolyn et les crabes monstrueux explicitent mieux que de longs dialogues à quel point les souris sont entourées d'ennemis, naturels ou non, et luttent avec détermination. Originalité encore avec un format de BD inusuel chez nous (carré : 23 x 23), des dessins parfois pleine page, dominés par des couleurs souvent sombres, bien que parfois rouge flamboyant. Au final un très bel objet, un peu cher, et une BD lisible de 9 à 99 ans.

J'ajoute que je suis agacée de lire partout que ces  Légendes de la Garde tout comme Rougemuraille sont de la fantasy. Un univers de fantasy nécessite de la magie, ou au moins de l'irrationnel, ce qui n'est pas du tout le cas dans ces deux oeuvres. Il s'agit juste de se servir d’animaux pour instruire les hommes (merci monsieur La Fontaine), tout comme dans les albums pour la jeunesse où la famille Nounours tient lieu de famille tout simplement. Qui irait dire que Petit Ours Brun est de la fantasy ? Personne, et ce n'est pas parce que ça se passe au Moyen Age que ça change quelque chose.

 

Légendes de la Garde, automne 1152
David Petersen traduit de l'anglais par Marion Roman
Gallimard Jeunesse, 2008
ISBN : 978-2-07-061619-0 – 159 pages – 18,50 €

 

Mouse Guard Fall 1152, parution aux États-Unis : 2007

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Dimanche 24 février 2008
exode.jpg1 – L’Exode

1851 : la misère pousse les Irlandais hors de leur pays, vers America, la terre promise. Le peuple des Sidhe aide encore ceux qui croient en lui, mais il est temps pourtant de rentrer au pays, Tir Nan Og. Le prince Thomas ne peut y retourner : il a commis une faute impardonnable et le cénacle a voté son bannissement. En 1899, il arrive à Ellis Island, comme des milliers de malheureux. C’est là, à New York, que vivent Stephen et de nombreux autres enfants des rues : vols, trafics, mendicité, tous les moyens sont bons pour survivre. Mais un jour une affaire tourne mal et il se réfugie dans les égouts de la ville, perdant de vue ses camarades Jenny et son frère Spike. Il y découvre un endroit étrange, rebut d’objets hétéroclites où il déniche une carte. Mais des hommes l’ont vu et le poursuivent : Nosgoroths et ses sbires, les Tecknées tentent de s’emparer de lui alors que dans Central Park, il utilise une « porte » pour entrapercevoir un royaume de lumière dont il ignore tout mais qu’il reconnaît. Vision fugitive cependant car les Tecknées l’enlèvent. Il parvient à leur échapper grâce à l’aide du prince Thomas qui lui révèle sa propre origine : il appartient à la grande race des fées, les Tuatha de Danann et a quitté l’Irlande pour retrouver les siens. Thomas n’a pas le temps de dévoiler à Stephen la signification du tatouage qu’il porte dans le dos, le garçon s’est déjà enfui (fin du tome 1).

 

2 – Tir-Nan-Og.jpgL’Héritage

La princesse Arawen intercède auprès du roi Obéron pour que son époux le prince Thomas revienne à Tir Nan Og. Mais Obéron est vieux et manipulé par Downfall et ses partisans, cousin de la princesse : le bannissement du prince Thomas est irrévocable.

Pendant ce temps à New York, le prince cherche toujours Stephen, mais il n’est pas le seul : le docteur Rumpleznick le cherche aussi, et le trouve. Il décidé d’employer la manière douce, de passer pour son allié et lui révèle ses origines : il est un bébé enlevé par les fées par une nuit d’orage. Elles ont laissé à sa place un changelin (devenu Adam, un jeune garçon maladif) et elles veulent le récupérer pour lui prendre son énergie magique. Le docteur rend Stephen à ses parents, des gens qui semblent l’aimer et vouloir faire son bonheur. Mais c’est un intrigant en contact magique avec Downfall, le méchant elfe de Tir Nan Og.

 tir-nan-og-2.jpg

A la fin de ce second volume, on n’en sait pas beaucoup plus qu’à la fin du premier. Les diverses forces en présence se dessinent plus nettement mais quels sont leurs buts ? Le prince Thomas, dont on ne connaît pas les raisons du bannissement, semble définitivement du côté du bien, mais que veulent Downfall et le docteur Rumpleznick, chef des Tecknées et commanditaire de leurs sinistres expérimentations ? On comprend que les partisans de Downfall et ceux du prince Thomas s’opposent, que ce dernier est bien seul et que Stephen est le dernier espoir des héritiers de la tradition bienveillante des Tuatha de Danann.

Vous constatez j’espère grâce à ce petit pitch que ce cycle surfe sur la vague des adolescents orphelins qui se découvrent un destin fabuleux dans un ailleurs magique. Cette série manquerait donc d’originalité, voire d’intérêt, si le propos ne s’ancrait dans un réalisme à la Oliver Twist et n’était porté par une poésie lancinante, une belle tristesse de fin d’un monde et une âpreté toute irlandaise. Avec Fabrice Colin au scénario, cette BD plutôt a priori destinée aux adolescents, acquiert une dimension onirique et sensible, empreinte de nostalgie.

On découvre par ailleurs avec plaisir le magnifique dessin d’Elvire De Cock  qui crée l’ambiance magique des différents lieux. La pauvreté des bas quartiers, l’enchantement glacé de Tir Nan Og, les bateaux à vapeur, les tramways, Central Park, le graphisme est clair, le dessin précis, les couleurs chaudes  et envoûtantes, parfois sombres. Un très beau graphisme vraiment, un seul petit bémol pour le visage du prince Thomas qui ressemble un peu trop à un héros de manga.

C’est donc pour le plus grand plaisir de l’œil que la tradition irlandaise se mêle au New York du début du XXème siècle, quand l’espoir américain venait se fracasser dans les bas fonds d’une ville inhospitalière et cruelle. Guerre des gangs, drame familial, immigration et tradition celtique, tous les éléments se mêlent avec bonheur. 
Le premier volume m'avait fait une très bonne impression, grâce au graphisme et à une intrigue complexe, voire confuse mais qui laissait augurer un récit palpitant. Malheureusement, je trouve le second volume moins convaincant que le premier, en particulier parce qu'il n’a pas sa force d’évocation. Dans L’Exode, trois pages suffisent pour évoquer le drame du peuple irlandais dont les familles sont séparées par la misère, deux autres pour restituer l’ambiance du port populeux d’Ellis Island. Dans le second volume, l’action est beaucoup plus étirée, ce qui permet en  revanche à Elvire De Cock de soigner et diversifier les décors. L’intrigue y est moins resserrée et on se met à craindre qu'elle ne s'égare. 
On espère cependant que le troisième opus mettra moins de deux ans à nous parvenir…

 

Tir Nan Og, 1 – L’Exode ; 2 – L’Héritage

Fabrice Colin (scénario) et Elvire De Cock (illustratrice)

Les Humanoïdes Associés, 2006 – 2008

47 pages et 12,90 € chacun
par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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