Bande dessinée

Mardi 27 octobre 2009
"Un jour, un loup s'infiltra dans un groupe de lapins qui étaient bons amis. Il ne montrait son vrai visage que quand tout le monde dormait et, chaque nuit, il dévorait un lapin. Les lapins qui ignoraient lequel d'entre eux était le loup, tinrent conseil et décidèrent d'exécuter les uns après les autres tous ceux qu'ils suspectaient d'être la bête sauvage. S'ils tombaient juste, les lapins seraient sauvés, mais s'ils se trompaient, ils finiraient tous par se faire dévorer !"

Voici le premier manga que je lis jusqu'au bout, et le troisième que j'ouvre. Alors pourquoi celui-là ? J'ai lu un billet chez Val et pitch et couverture m'ont tout de suite fait penser à un mélange de Donnie Darko, le film très étrange de Richard Kelly avec Jake Gyllenhaal (vous savez bien, celui qui voit apparaître un lapin partout) et de Battle Royale, le roman de Koushun Takami que j'ai beaucoup apprécié pour son humour très décalé. Et la quatrième de couverture fait elle allusion à Saw, film d'horreur hyper réaliste (impossible pour moi de regarder ça) et Dix petits nègres (puisqu'il ne doit plus en rester qu'un). Et ma spécialiste maison me dit que ça ressemble aussi au jeu "Les loups-garous de Thiercelieux", que je ne connais pas.

On a un groupe d'adolescents qui jouent à Rabbit Doubt, un jeu sur téléphone portable qui fait fureur au Japon : "des lapins doivent débusquer un loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par un tous ses adversaires". Jeu certainement très intéressant tant qu'il s'en tient à la virtualité. Or, pour les six protagonistes de cette histoire, ce scénario va devenir le pire de leur cauchemar en s'infiltrant dans leur réalité.

Le premier chapitre nous présente les différents personnages : Mitsuki, la chieuse, fille de flic et bien décidée à pourrir la vie de ses camarades ne respectant pas les différentes interdictions aux moins de vingt ans (interdit de fumer, de boire de l'alcool...) ; Rei, jadis star de la télé en tant qu'enfant hypnotiseuse, désormais clouée dans un fauteuil roulant ; Eiji, le mauvais garçon et Yu, le gentil compréhensif ; Haruka, aux gros seins (ben oui, je fais ce que je peux pour les distinguer, ils se ressemblent tous !) et Hajime, l'intello étudiant en médecine.
Ils se retrouvent tous catapultés sans savoir comment ni pourquoi dans un grand sous-sol sombre et découvrent le corps crucifié de Rei. Ils comprennent donc qu'ils sont dans une partie réelle de Rabbit Doubt et que parmi eux se trouve l'assassin.

Cette histoire commence  vraiment très bien et forte des sources citées ci-dessus tisse une ambiance tout à fait sordide, inquiétante, tout en supiscion et oppression. Les jeunes gens sont surveillés, ils s'accusent entre eux, se montant les uns contre les autres. Bref, le seul problème c'est que c'est un manga et que ce genre comporte ses passages obligés assez insupportables comme cette bande d'adolescents niaiseux, un graphisme affreux et des vignettes qui parfois manquent de transition.

Quelques problèmes pour moi, que je suppose communs à tous lecteurs de mangas débutants : j'ai beaucoup de mal à distinguer les personnages les uns des autres (longs cheveux méchés, grands yeux, visages triangulaires pour tous, heureusement qu'ils ont des caractères très marqués) et les phylactères étant quasi inexistants, il est parfois difficile de savoir qui parle. L'image ci-dessus vient de ce site où vous pouvez lire ce manga et bien d'autres en anglais.

Je ne dirai cependant rien du graphisme puisque je n'ai aucune référence et que globalement, je trouve ces dessins affreux. Je ne visualise d'ailleurs pas toujours ce qui est représenté, en particulier dans les gros plans ; je trouve vraiment lamentable les vignettes où le dessinateur ne prend même pas la peine d'esquisser les traits du visage des personnages ; et les petits signes cabalistiques (du japonais certainement) qui traînent partout m'agacent parce que je ne sais pas ce qu'ils signifient.

Malgré tout, il est très probable que je lise le second tome de cette série qui n'en comportera que quatre. Il faut dire qu'il est quand même plaisant de ne pas avoir à attendre un an ou plus la sortie du tome suivant.

Doubt / 1 - Yoshiki Tonogai

Ki-oon, 2009
ISBN : 978-2-35592-085-1 - 198 pages - 7,50 €

Par Yspaddaden
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Lundi 20 juillet 2009
Rocmirail, Rouergue, fin du XVIe siècle. Depuis 1460, le château est partagé en deux : le Castel Biel aux Mirail qui ont rejoint la Réforme, le Castel Djoubé aux Dalmayrac, restés catholiques. A treize ans, Luce de Dalmayrac est mariée à Abélard de Mirail, fils aîné de Symphorien : "par cette union, les Mirail s'approprient Castel Djoubé et redeviennent seuls maîtres à Rocmirail." Mais sept ans plus tard surgit Galéon, le frère de Luce, qui revendique le château. Il affronte Abélard en duel : tous deux meurent et les Mirail restent sans héritier. Luce refuse d'assister aux funérailles de son mari tandis que le corps de son frère est offert aux corbeaux. Ses beaux-parents la condamnent alors à une stricte réclusion dans sa chambre.  Puis arrive Thomas, deuxième fils des Mirail et désormais héritier...

J'ai d'abord été attirée par le dessin magnifiquement sombre de Christian Perrissin, jusqu'alors exclusivement scénariste (Martha Jane Cannary). Avec son crayon gras, il transmet parfaitement l'austérité de l'époque et fait peser sur les personnages les ombres de la rancune et de la souffrance.

Le sujet ensuite m'a semblé très original en bande dessinée : les Guerres de religions sont une période sombre, cruelle et agitée qui ensanglanta le royaume de France et divisa les familles. Mais on comprend ici que la question religieuse est un prétexte pour les Mirail qui veulent surtout reprendre leur château et sont  prêts pour ça à tous les massacres.
Face à l'injustice de ses beaux-parents, Luce résiste "tout comme Antigone osa, en son temps, défier le roi Créon."
L'histoire de Luce est tirée du manuscrit fictif d'un certain Huret, archéologue amateur du XIXe siècle ce qui nous vaut de très belles planches du château et un regard extérieur qui sait tirer tout le tragique de cette histoire en gardant une distance d'historien, c'est-à-dire sans fioritures ni pathos. Le récit de Huret donne également à l'histoire de Luce une évidente impression de vécu alors qu'elle est totalement imaginée.

Nichée au coeur du Rouergue, cette tragédie ne connaît pas le sang et la fureur de la capitale et s'inscrit dans un rythme lent qui pourra dérouter.

Au final, c'est une bande dessinée vraiment dure qui fait très bien revivre l'austérité de l'époque tout en utilisant au mieux un mythe antique.

La colline aux mille croix
4
Christian Perrissin, avec Déborah Renault
Futuropolis, 2009
ISBN : 978-2-7548-0215-4 - 63 pages - 15 €
Par Yspaddaden
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Vendredi 12 juin 2009

Je sors de mon terrain habituel en BD pour céder à l'envie de découvrir Yslaire.

Nous voici dans la grande saga amoureuse et historique, au coeur du XIXe siècle, tout en tourmente et agitation. La révolution de 1848 est au coeur des premiers tomes qui nous rappellent, les images en plus, quelques grandes scènes inoubliables des Misérables.

 

Une malédiction poursuit la famille Sambre. Les derniers rejetons, Sarah et Bernard, tentent comme ils peuvent d'échapper à la folie de leur père qui vient de se suicider. Le grand oeuvre d'Hugo Sambre, La Guerre des yeux, est un traité expliquant l'infériorité des hommes et des femmes aux yeux rouges. Sarah, exaltée, veut continuer l'oeuvre de son père, tandis que Bernard cède aux charmes mystérieux de Julie, la sauvageonne au regard de braise. Les rapports conflictuels du frère et de la soeur mènent au drame : Sarah tue leur mère et Julie, accusée, s'enfuit. Bernard ne tarde pas à la rejoindre à Paris, mais Guizot, cousin de la famille et amant de la mère, le surveille. Julie trouve refuge dans l'ancienne demeure des Sambre où exerce un peintre qui la prend pour modèle. Dehors, le peuple gronde et dresse des barricades, appelant la République contre Louis-Philippe.


On ne sait pas tout, loin de là, de la famille Sambre à l'issue de cette série, première parue, mais qui chronologiquement met en scène les personnages de la deuxième génération (Hugo, le père de Bernard et Sarah étant le héros de la première génération pour une série qui a débuté en 2007, La Guerre des Sambre). Petit à petit, le lecteur met les pièces familiales en place, à force de personnages secondaires et de révélations.

 

Pas besoin d'être spécialiste en Histoire pour apprécier cette série, par contre, il vous faudra aimer le romantisme (au sens commun du terme mais aussi sous son aspect littéraire). D'ailleurs, cette bande dessinée renvoie à bien des grands romans du XIXe siècle, romans sociaux mais aussi romans d'amour.


Les personnages sont fous ou exaltés. Julie l'héroïne est déterminée, sauvage, elle résiste à tous les affronts, bravant tous les dangers par désespoir. Elle devient l'égérie du peuple qui se soulève et secoue son joug de misère. A ses côtés Bernard est bien plus falot, mais Guizot et le Vicaire sont très réussis, aussi détestables l'un que l'autre. 

 

C'est noir, violent, sanglant, passionné et surtout, c'est très beau. La dominante est brune, sombre avec des touches de rouge écarlate (le sang, les yeux de Julie, les cheveux des Sambre...). Le trait est tourmenté et pourtant précis aussi bien pour les portraits que dans les fresques de rue. En ouvrant ces albums, c'est tout d'abord une très intense émotion esthétique qui surprend le lecteur et qui l'enchaîne à ce couple maudit.

Heureusement d'ailleurs que l'on peut se gaver de dessins car tout de même, c'est un peu long cette histoire... Condensée en trois tomes, ça aurait été parfait... Je ne suis pas mécontente de découvrir cette série une fois cette première génération achevée. J'ai d'ailleurs lu également le cinquième tome (donc le premier de la génération suivante, j'espère que vous suivez...) qui prend le même rythme.

1 : Plus ne m'est rien... (1986, Glénat)
2 : Je sais que tu viendras... (1990, Glénat)
3 : Liberté, liberté... (1993, Glénat)
4 : Faut-il que nous mourions ensemble ? (1996, Glénat)

Le site de l'auteur

 

Par Yspaddaden
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Samedi 25 avril 2009

« On vous l’avait bien dit ! A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. Et c’est pas prêt de s’arranger… Bienvenue sur Toxic Planet ! »

 

Eh oui, on y est arrivé, la Terre est fichue, mais il reste des hommes dessus, obligés de vivre en permanence avec un masque à gaz (les chiens aussi d’ailleurs). Sam et sa copine Daphné forment un petit couple sympa, genre « Un gars, une fille » et hébergent leur vieille mamie, qu’ils perdent à l’occasion dans l’appartement enfumé ou enferment dans le frigo les jours de canicule. C’est que Sam a été élevé par sa grand-mère, ses parents s’étant vu retirer sa garde suite à leur militantisme écologique.

Sam travaille dans une usine, forcément, où son collègue Tran essaie de sensibiliser le personnel aux dangers de la pollution et du bouleversement climatique (serait-il membre de l’infâme mouvement activiste « Flower Power » qui dégrade les bâtiments publics en y taguant des fleurs ?). Pluies acides, fonte de la banquise, restriction d’eau,  rien n’est épargné aux humains. Daphné, la sexy, voudrait réveiller la conscience écologique de Sam, mais il est pragmatique et préfère ne pas se poser de questions, c’est bien plus simple… Il est frustré aussi le pauvre, il aimerait bien draguer de temps en temps, mais comment faire avec un masque à gaz…

 

Mais le pire qui leur soit arrivé est sûrement le président des états mondiaux unifiés. Petit, prétentieux, mégalomane, il me fait penser à quelqu’un, c’est drôle…

Et sa visite dégustation au salon de l’agriculture transgénique ne lui vaut que vingt-cinq jours de coma, les plus méchants sont les plus résistants, c’est bien connu…

 

Trois tomes sortis, toujours meilleurs. Des gags d’une page ou une demi page, absolument drôles et pessimistes, toujours hilarants. Parfois cyniques aussi, comme la découverte d’un virus efficace qui permet aux malades de mourir en une semaine au lieu de trois, « je vous dis pas les économies ». C’est que tout devient difficile dans ce monde surpollué : planter son parasol à la plage sans percer un pipeline ou se griser d’odeurs de baleines en décomposition, aller à la piscine sans être rongé par le chlore et les antibactériens, jouer au foot (à cause de la fumée sur les stades), ou bien s’embrasser, tout simplement s’embrasser…

 

Au lieu de nous faire pleurer sur l’état de la planète, David Ratte a décidé de nous faire rire. La construction en sketches forme quand même un tout, avec des protagonistes récurrents qui font comme ils peuvent dans cette atmosphère de fin du monde. Dans le troisième opus, c’est Orchidéa, la petite sœur de Sam qui tient la vedette, elle a du caractère la gamine ! Et l’éternel président qui décide de déclencher une guerre contre le Kakaweit, à coups d’attentats fictifs à mourir de rire.

 

Sur le mode humoristique, tout le monde en prend pour son grade : dirigeants, écologistes radicaux, agriculteurs, industriels pollueurs et indifférents de tout poil. C’est drôle, intelligent et en plus, c’est beau. A dominante verdâtres et brunes, forcement, les couleurs sont lumineuses, le trait précis et la fumée, omniprésente…

 

Lisez Toxic Planet c’est drôle, très drôle, et ça n’empêche pas de réfléchir à la responsabilité de chacun dans le marasme ambiant.


Tome 1 : Milieu naturel, 2006, Paquet

Tome 2 : Espèce menacée, 2007, Paquet
Tome 3 : Retour de flamme, 2008, Paquet

 

Par Yspaddaden
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Dimanche 1 mars 2009

Attention, je vais vous parler de la meilleure BD du monde, oui, rien que ça, ma série préférée du monde de tous les temps dont le septième et dernier tome vient de sortir. Je vais donc faire dans le dithyrambique et le superlatif mais elle le mérite, c'est une merveille. Amateurs du beau et du bizarre, ouvrez yeux et oreilles !
Il me faut je crois commencer par un "petit" résumé, ce qui n'est pas chose facile car cette BD a une particularité, entre autres bien sûr : plus on avance et moins on comprend.
Bon, maintenant que j'ai perdu la moitié de mes lecteurs, je peux continuer...

Commençons par les personnages :
Le roi Clément Dix-Sept d'Oxfols et son chien Igor Dix-Sept règnent, comme leurs ancêtres avant eux depuis des générations. Sa fille Chlorenthe est amoureuse d'Arthur, le fou du roi.
Clément est assisté de son premier ministre autrement appelé le Grand Coordinateur (ci-dessous, à droite) qui se livre à un trafic de coloquintes et  fomente un coup d'Etat. Il courtise Chlorenthe, qui n'a que faire de ce pantin, alors que la reine Ophélie elle, s'intéresse de près au Grand Coordinateur, le seul homme de sa cour à n'être pas au moins septuagénaire  : "Tous ces vieillards sont durs d'oreille et c'est malheureusement là la seule rigidité qu'il leur reste." (Aucun rapport avec l'intrigue mais cette réplique-là, je l'adore !)
Deux patrouilleurs : Baltimore et le sergent (ci-dessous à gauche), relégués au niveau 18 pour avoir découvert le trafic de coloquintes, mais bien décidés à poursuivre leur enquête. Le problème, c'est qu'ils sont un peu lents de la comprennette et même à deux, ils ne font pas un cerveau...

Tout commence par de petits événements bizarres : fuite d'eau dans la chambre du roi alors qu'il ne pleut pas, bruits sourds venant du sous-sol, apparitions de monstres non répertoriés et bientôt tremblements de terre... Le Grand Coordinateur semble pourtant en savoir plus qu'il ne le prétend : dirigé par un personnage mystérieux, dont on ne voit que la moitié du visage, toujours souriant et énigmatique, il manipule... qui ? le roi ? En tout cas, il fomente un coup d'Etat ("La monarchie des rayures s'est écroulée, laissant place à l'empire des petits pois"...), met le roi en prison et prend sa place. A qui obéit-il ? Mystère. On comprend pourtant que la Nef se détraque (mais qu'est-ce que la Nef ?) et que le mystérieux personnage perd le contrôle de ce qui semble être  sa création. D'ailleurs, Arthur et Chlorenthe se sont échappés d'Eaux Folles pour attérir dans une mystérieuses contrée peuplée de créatures ressemblant à des singes et surtout de Schloumpfs dentus, méchants petits êtres bleus qu'il ne fait pas bon rencontrer la nuit dans la forêt.

Et puis surgit le prince Putatif qui semble avoir la capacité de renaître après chaque "accident" que lui inflige Ambroise Ier (ex Grand Coordinateur) pour ne pas perdre sa place.

Pour faire court, à la fin du troisième tome, on se demande vraiment où on va, qu'est-ce que c'est que ce monde-là et qui sont ces gens... et pour faire court, à la fin du quatrième tome, on se demande vraiment où on va, qu'est-ce que c'est que ce monde-là et qui sont ces gens...
Et si je vous dis que le tome cinq s'intitule Puzzle et le six Les Chemins énigmatiques... vous comprendrez qu'il faut attendre le sept pour avoir réponse à toutes les questions que cette formidable série ne manquera pas de susciter.
Bref, si vous aimez savoir qui fait quoi, pourquoi et surtout quand et où, cette BD n'est pas pour vous ! Moi, j'avais une absolue confiance en son créateur, d'autant plus que le tome un est sorti en 1993 : il a eu le temps de peaufiner son scénario, non ?

Et puis les dessins sont absolument magnifiques. Les vues de la ville d'Eaux Folles sont d'une précision incroyable et les personnages irrésistibles. J'adore la tronche du Grand Coordinateur avec son grand nez et ses trois cheveux, la très sexy Chlorenthe, le roi rondouillard dans son pyjama rayé rouge et blanc et même son chien ! Les deux patrouilleurs sont d'une bêtise irrésistible et le prince Putatif et ses multiples clones sont tout simplement angoissants. 

Pourquoi je l'aime cette BD, pourquoi à mon avis il n'y a rien au-dessus ? Parce que c'est beau, très beau, les personnages ont des expressions irrésistibles souvent très drôles, et les vues générales sont d'une minutie extraordinaire. Les couleurs sont belles, très harmonieuses et souvent chaleureuses.
Et puis disons que j'aime quand je ne comprends pas tout, quand le scénario rajoute du mystère au mystère, quand on est bousculé dans ses certitudes, que l'auteur nous balade et que chaque nouvelle révélation nous fait reconsidérer toute l'histoire.

Voilà, j'ai aujourd'hui la réponse à toutes mes questions mais ça ne m'empêchera pas de re-re-relire ces volumes dans lesquels je trouve de nouvelles choses et de nouveaux sujets d'émerveillement à chaque lecture. Et si vous ne connaissez pas cette série désormais mythique, réjouissez-vous ! Les amateurs de la première heure ont dû en attendre quinze ans le dénouement !



1 - Eauxfolles, 1993

2 - Pluvior 627, 1994
3 - Turbulences, 1997
4 - Au Turf, 2001
5 - Puzzle, 2005
6 - Les Chemins énigmatiques, 2007
7 - Terminus, 2009

Delcourt

Par Yspaddaden
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Vendredi 13 février 2009

Je n'avais pas été emballée plus que ça par le précédent cycle de Gallié et Andrea, Mangecoeur(3 volumes disponibles en 1). Non pas à cause des dessins, superbes, mais plutôt à cause de l'histoire : un petit garçon, son grand-père qui meurt, les pouvoirs de l'imagination, tout ce que j'ai l'impression d'avoir déjà lu dix fois (Mathieu Gallié étant pourtant le scénariste de l'épatante série Algernon Woodcock, 5 volumes chez Delcourt, dessins de Sorel).

 

Mais je n'ai pas hésité une minute devant cet autre cycle, toujours pour le graphisme de Jean-Baptiste Andrea que je trouve ici vraiment magnifique. Pourtant l'histoire est bizarre, vraiment très bizarre, et je ne puis vous dire où elle nous mène puisque ce cycle n'est pas fini.

 

Dans un orphelinat, sont accueillis des enfants qui ont la particularité d'héberger un crabe dans leur organisme. "Nicolo et Jarvis, ils l'ont quelque part dans le bide...", Bernardino dans la jambe et Maël dans la tête. A la veille d'être "désencrabés", ils décident de fuir à l'issue de l'opération. Mais quand ils se réveillent, où sont-ils ? Pas de séquelles, personne dans le bâtiment, mais toujours leur mystérieux ballon est accroché à leur poignet. Dans cet étrange château, ils trouvent bientôt quantité de squelettes puis croisent trois femmes lumineuses mais non moins vampiriques qui n'ont pas l'air de leur vouloir du bien. S'enfuyant dans le parc, ils tombent sur le gardien qui, à la faveur de la pleine lune, ne tarde pas à se changer en loup-garou absolument terrifiant. Mais il ne dévore pas les enfants, malgré sa grande envie, parce qu'ils sont destinés à plus puissant que lui, un certain seigneur qui les veut "vivants et goûteux à souhait".

Si le résumé vous effraie déjà, passez votre chemin car tout est sombre et terrifiant dans cette magnifique bande dessinée. Vous aurez compris que les enfants constituent un garde-manger et qu'ils vont devoir courir très vite et faire preuve de malignité pour échapper à leurs prédateurs. Parce qu'en plus, ils en ont plusieurs, le second volume les trouvant au prise avec une bande d'enfants zombies pas vraiment sympathiques.
Pourtant, pourtant, jetez quand même un oeil à ces albums vous qui aimez les graphismes soignés, les décors riches et les couleurs éblouissantes.

A la base, il y a la maladie (le rapprochement entre crabe et cancer est évident), des enfants qui ne veulent pas mourir, qui choisissent de lutter et dont l'imagination va les entraîner dans un monde de peurs et de combats. Le bestiaire fantastique ici convoqué est vraiment très bien utilisé, symbolisant toutes les angoisses de l'enfant malade et sublimé par un graphisme qui rappelle les beaux films fantastiques dans années 20 et 30 (Frankenstein, Dracula...), pleins d'ombres et de brouillard, la couleur en plus.
La fin du premier tome m'a laissée assez mitigée quant à l'histoire, vue qu'on n'y comprend à peu près rien, mais le second volume gagne en consistance, le scénario se fait beaucoup plus riche et l'intrigue surprenante. Si les deux prochains volumes sont aussi bons, cette série entrera dans mon panthéon personnel !

La confrérie du crabe

 

Mathieu Gallié (scénario) et Jean-Baptiste Andrea (dessin et couleurs)

Delcourt, juin 2007 et janvier 2009, 12,90 € et 13, 95 €, 56 pages chacun

Par Yspaddaden
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Lundi 1 décembre 2008

La bonne nouvelle du mois de novembre, c’est la sortie du tome 5 (enfin) de l’excellentissime série de Manu Larcenet (dessin) et Jean-Yves Ferri (scénario). De quoi égayer la morosité de l’automne finissant.

 

On ne s’improvise pas campagnard du jour au lendemain… D’abord, il y a le silence, le manque de bruits ; puis le trop d’espace naturel « tous ces champs autour, toutes ces forêts ! Tous ces marcassins, tous ces écureuils ! » ; et puis les autochtones avec leur vrai pain et leur vraie eau de vie… Quand Mariette et Manu (Larssinet !) ont décidé de quitter Juvisy pour s’installer à la campagne, aux Ravenelles, ils ne pensaient pas que ça serait si difficile de quitter la banlieue… pas de Skate Parks, pas de complexes multi-salles, pas de braqueurs, pas de Fnac… Même Speed le chat préfère les croquettes aux oiseaux… Alors qu’est-ce qu’il fait Manu ? Il téléphone à ses potes restés sur Paris pour qu’ils lui racontent les bouchons du périph’ et il s’enferme dans un carton pour écrire ses BD. Pas croyable comme c’est dur la vie à la campagne pour « un chanteur punk plutôt urbain » qui se met à braire comme Francis Cabrel !

 

Dès le premier volume ce cette formidable série, j’ai été conquise. Moi qui ai quitté ma banlieue pour le Loir-et-Cher profond, je me retrouve à 200% dans les tribulations de ce couple ultra attachant qui doit confronter ses idéaux de vie au grand air à la réalité bien terne de la vie de village. Alors bien sûr, Larcenet et Ferri chargent un peu la barque côté pèquenots, mais c’est tellement drôle ! Vous avez d’abord monsieur Henri, le proprio qui semble les observer jour et nuit, puis madame Mortemont et sa bêche, l’ancien maire qui a subi une illumination mystique un redressement fiscal et vit désormais nu dans un arbre, Fnec le chasseur…

Alors quand Manu n’en peut plus, il décide d’aller voir un psy : y’en a un sur Rouen ? Parti se renseigner au bistrot du coin, le patron lui répond : « Psit orange ? Psit citron ? »

 

Constituée de scénettes d’une demi page avec des gags vraiment très drôles, cette bande dessinée fait partie de mes préférées. Manu, un chouïa dépressif  et carrément immature, est hilarant de mauvaise foi et les autochtones sont plus vrais que nature. Et puis ça sent bon l'autobiographie, fausse ou améliorée, ce qui contribue à l'identification, encore accentuée par une mise en abyme de la mise en abime de la vie de Manu : on s'y retrouve !

Et si vous voulez comprendre l’implication de chacun dans la BD, c’est simple : « C’est Manu vu par Ferri mais dessiné par Manu sauf que quand le Manu de l’album dessine, Manu change de style pour pas qu’on voie qu’il dessine comme lui… » : c’est clair, non ?

 

Les deux compères trouvent le moyen de ne pas se répéter en faisant évoluer leurs personnages : dans le second volume, Manu se met au potager et au diapason local en dessinant l’affiche de la Fête du cochon (un vrai succès, pourquoi pas aussi celle du Festival du haricot !). Mais Mariette veut un bébé et là, c’est sauve qui peut, il faut s’occuper du radis ! Fatalement, le Laurence Pernoud va devenir leur bible au tome 3...

Pour ce cinquième et toujours aussi excellent opus : élections municipales et implantation d'un Krashdiscount aux Ravenelles. Et Mariette qui a repris la fac ! Non vraiment, père au foyer, ça n'est pas une vie pour un dessinateur de BD !

Allez, vous prendrez bien une tranche de bonne humeur ?

 

1 : La vraie vie (2002)

2 : Les projets (2003)

3 : Le vaste monde (2005)

4 : Le déluge (2006)

5 : Les révolutions (2008)

Par Yspaddaden
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Jeudi 2 octobre 2008

La voici enfin cette adaptation BD du magnifique roman de Dennis Lehane. Je l’attends trop, j’en attends trop… Difficile exercice que celui de l’adaptation d’un livre aussi complexe et aussi réussi. Surtout que Christian de Metter a un handicap : l’image. Oui, il me semble ici que l’image est un handicap puisqu’elle permet au lecteur d’identifier des personnages alors que la folie les mélange.

Il m’a donc fallu « oublier » le roman pour mieux appréhender la bande dessinée, la lire en tant que telle. Et une fois encore, après L’œil était dans la tombe, j’ai apprécié le travail de de Metter. Il choisit les tons sépia à dominante brun et verdâtre qui contribuent à mettre en place l’atmosphère glauque et étouffante de cette île de fous. Avec cent vingt pages rien que pour lui, de Metter a le temps d’installer son ambiance et de glisser peu à peu dans la folie, ou le coup monté. Car si je ne raconterai pas à nouveau l’intrigue déjà résumée pour le roman de Lehane, je dirais juste que de Metter ne privilégie ni l’une ni l’autre des interprétations possibles et qu’encore une fois, bien malin celui qui saura qui est fou dans cette histoire. Le docteur Cawley est-il l’apôtre de la psychothérapie verbale ou la réincarnation du docteur Mengele ?

Pas de souci de scénario donc pour de Metter qui joue sur du velours. Pourtant, petit pataquès avec les heures et dates. Page 44, il faut lire 10 :36 A.M. et non P.M. comme indiqué ; le jour 3 débute page 75 à 0.20 A.M. et page 100 on en est à 8 :32 P.M. Pourtant page 103, on est encore au jour 3, 3 :28 A.M.  C’est en fait le quatrième jour qui commence.

Malgré ces cafouillages temporels, cette adaptation est une réussite. Les épisodes supprimés (comme la découverte de Rachel Solando dans la grotte) ne nuisent pas à l’intrigue et si on ne connaît pas la fin, on se laisse piéger. Si on la connaît, on apprécie d’autant mieux le soin apporté aux détails, aux doubles sens, à la fatale descente aux enfers du marshall Teddy Daniels.

J’en profite pour signaler que cette bande dessinée est le cinquième opus de la collection Rivages/Noir de chez Casterman qui se propose de prolonger graphiquement la collection Rivage/Noir, une référence en matière de polars et de romans noirs. La rencontre « coup de cœur » entre un roman et un illustrateur ne peut manquer de donner le jour à des œuvres fortes tout autant que personnelles.


L'avis d'Alain
 

Shutter Island

 

Christian de Metter

Casterman (Rivages/Noir), 2008

ISBN : 978-2-203-00775-8 – 128 pages – 18 €

Par Yspaddaden
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Mardi 16 septembre 2008

Patrick Vaille, jeune chef d’entreprise, a tout pour être heureux : de l’argent, des amis, une femme enceinte… D’ailleurs il l’était, avant de découvrir qu’un homme fait chanter sa femme : il menace de dévoiler que feu monsieur Vaille était pédophile. Patrick décide de faire justice lui-même et de tuer le vieux maître chanteur, non sans le torturer pour qu’il avoue où il a caché les négatifs des photos compromettantes de son père. Mais le vieux meurt sans rien dire.

Á partir de cet événement, la raison de Patrick Vaille déraille dans une spirale de violence et de folie. Il va commettre d’autres meurtres, toujours en plantant un objet contondant dans l’œil de ses victimes.

Pas de doute, cette bande dessinée est aussi terrifiante qu’elle en a l’air… Le titre est emprunté à un poème de Victor Hugo, « La conscience », dans lequel Caïn est taraudé par le meurtre de son frère Abel. Et comme pour Caïn, point de salut pour Patrick Vaille, obnubilé par son passé, par l’image de son père despotique et violent.

Un univers très sombre où rôde la folie, voilà l’atmosphère de ces soixante-dix pages cependant saisissantes. Petit à petit, Christian de Metter entraîne le lecteur dans cette spirale de mort dont les clés ne nous seront vraiment données qu’à la fin. Un père dominateur, un enfant terrorisé, une mère suicidée : les thèmes bien connus de la psychologie du tueur en série sont tous là, sans pour autant qu’ils fassent figure de clichés car l’auteur n’insiste pas lourdement sur ce passé obsédant. C’est le présent du personnage qui retient l’attention, sa folie dont on ne sait pas jusqu’où elle ira.

 

Parallèlement à la course sanguinaire du héros, le lecteur suit également l’enquête de la police, quelques inspecteurs débonnaires mais aussi perspicaces. Pas de surprise de ce côté-là.

On retiendra donc plutôt le thriller psychologique qui démonte savamment et de façon convaincante les mécanismes de l’engrenage traumatique.

 

Le dessin de de Metter me plaît beaucoup, sombres aquarelles qui créent le flou parfois et dans lesquelles les décors du quotidien sont réduits au minimum pour laisser la place aux personnages. Les traits ne sont pas toujours expressifs, comme fuyants ou brouillés, malmenés par la vie, très émouvants.

 

Si vous aimez le thriller noir, très noir, les scénarios efficaces et les destins tragiques, cette bande dessinée est pour vous.

 

 

« Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn
. »

L'oeil était dans la tombe

Chritian de Metter
Casterman, 2008
ISBN : 978-2-203-00440-5 - 71 pages - 15 €

Par Yspaddaden
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Vendredi 4 juillet 2008

« Un enfant marqué par le Diable n’a que sa vie devant lui. » Tel est le Scorpion : rien à perdre et une malédiction derrière lui. Il ne sait pas grand-chose de ses origines si ce n’est que sa mère a été brûlée pour sorcellerie, et que le cardinal Trebaldi veut sa mort. Car nous sommes dans l’Italie du XVIIIème siècle, dans une Rome où l’Eglise n’est que crime et luxure, meurtres et complots. Sous la houlette du très puissant cardinal se réunissent les descendants des Neuf  Familles qui quinze siècles auparavant parièrent sur la religion chrétienne pour asseoir leur pouvoir.

Virevoltant, méfiant, mystérieux et diablement séduisant, ce Scorpion se bat à l’épée, séduit  les femmes, échappe à la mort, bref, il est l’Aventurier de charme. Plus athlétique que Gérard Philipe, plus énigmatique que Cartouche (Jean-Paul Belmondo), le héros de Marini et Desberg fait mouche de son fleuret et entraîne le lecteur dans un tourbillon d’aventures et de mystères. Il échappe au poison, aux carreaux d’arbalète et aux coups de feu, enfourche son cheval comme à saute-mouton et manie aussi bien l’humour que l’épée.

J’ai reçu le premier volume de cette série de Praline grâce au fameux et judicieux swap Cape et Epée. Mais comment en rester là alors qu’il se termine par l’agonie du héros. Même si on se doute bien qu’il va s’en sortir, il me fallait la suite, que j’ai trouvée à la bibliothèque : ouf ! Alors le plan de Trebaldi ? Devenir pape, carrément, et pour ça faire assassiner celui en place, non mais je vous jure, pour une fois qu’il y en avait un de sympa ! Et les moines guerriers qu’il a pour escorte ne laissent rien présager de bon pour la Chrétienté, tout en cape et en masque d’or : inquiétants. Et pourquoi Trebaldi s’intéresse-t-il au procès de la mère du Scorpion ? Cela a-t-il un rapport avec le pape ? Le Scorpion serait-il le fils du pape ? Allez hop, j’enquille avec le troisième tome ! Le Scorpion parviendra-t-il à empêcher l’élection de Trébaldi au siège pontifical ?

Série de cape et d’épée s’il en n’est, Le Scorpion séduira les amateurs de BD historique. Le dessin est lumineux, le travail sur les costumes et les décors impeccable.
Alors bien sûr, les méchants sont vraiment méchants et le Scorpion a tout pour lui. Je ne dis rien des femmes, meurtrières ou putes, il y a le choix ! Mais ce genre de BD ne se passe jamais sans quelques stéréotypes que la fougue du scénario et la qualité du dessin ramènent au second plan.

Même enthousiasme chez
Yueyin
Le site du Scorpion où vous trouverez la bande annonce de la série

Le Scorpion
1 :
La marque du Diable
2 : Le secret du pape
3 :
La croix de Pierre

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Enrico Marini
Dargaud, 2000 - 2003
 

Par Yspaddaden
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