Vendredi 23 mai 2008

Autant le dire tout de suite, je suis une fan de Mick Jagger. Pas des Rolling Stones (je ne connais pas tous leurs albums ni toutes leurs chansons par coeur), non vraiment de Mick Jagger qui représente pour moi le charme fait homme. Ben oui, personne n'est parfait. Alors un film de Scorsese sur les Stones, c'est pour moi : deux heures de déhanchements en gros plan, je ne pouvais pas rater ça ! Et franchement, je n'ai pas été déçue car malgré ses soixante ans passés, il le fait encore bien. Et même qu'il sourit de temps en temps ! C'est formidable !


Comme mon propos manque un peu d'arguments, voici quelques détails moins pulsionnels et plus techniques... Scorsese, fan des Stones, s'offre un petit bonheur, qui à mon avis, n'a pas dû être qu'une partie de plaisir. Car ce sont les Stones qui commandent et pas lui, alors Marty t'es bien gentil, mais tu vas pas gêner le public avec tes caméras. Et puis attention, ne pas utiliser n'importe quelle lumière valable au cinéma car le principe de base est simple : "We can't burn Mick Jagger ", of course !
 


Première chanson : « I can't be Satisfed », puis « Under my Thumb » et la salle s'embrase enfin au rythme de « She was Hot ». Et nous, pauvres spectateurs qui devons rester assis dans nos fauteuils de cinéma dans une ambiance pareille !
Quelques archives, trop peu, viennent rompre le rythme et faire autre chose de ce film qu'un concert filmé. Et l'éternelle question : « Vous comptez chanter encore longtemps ? » et le jeune Mick au visage angélique de répondre en 1964 : « Maybe one year more »... Et on leur repose la question en 74, 84, 94, 2004 : les Stones sont éternels, bon sang !

Et côté forme, comment se portent les Stones ? Eh bien Mick a toujours bon pied bon oeil, et comme on a réussi à sortir Charlie Watts de son sarcophage, c'est qu'il y a de l'espoir. Keith Richards et Ronnie Wood n'ont toujours pas changé de coiffeur, mais le principal, c'est qu'ils assurent toujours autant.
Ils s'adjoignent quelques alliés bienvenus : Buddy Guy, Jack White et Christina Aguilera (superbe voix, mais qu'est-ce qu'elle est blonde !).


Allez, je vous colle la bande annonce : this is rock'n'roll !

 


L'avis d'Alain

Shine a Light, Martin Scorsese, 2008
Avec Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood, Charlie Watts
Durée :  2 h 20 - Sortie nationale : 16 avril 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Vendredi 16 mai 2008

J'ai lu ici et là un ou deux billets mystérieux qui m'ont donné envie d'aller voir ce film. Je ne sais plus où, mais que les blogueuses soient encore une fois remerciées.

Pourtant, j'ai passé tout le film à me dire que ce type (Antoine – Albert Dupontel) était vraiment un pourri et qu'il n'y avait vraiment pas de quoi en faire un film, encore moins tout un plat. Mais bon, à la fin : chapeau ! Alors comme mes petites camarades, je ne dirai rien, juste un petit pitch pour vous donner envie si ce n'est déjà fait.

A quarante-deux ans, Antoine décide de tout plaquer : boulot, famille, amis. Et il a beaucoup à perdre car Antoine qui vit dans la banlieue ouest de Paris, possède son agence de pub, un labrador, deux beaux enfants bien sages, une superbe bagnole...etc. Il décide en plus de partir en beauté, en réglant ses comptes à tout le monde : la belle-mère qui l'exaspère, les amis hyper friqués de gauche, la femme, aimante pourtant. Tout le monde en prend plein la poire, et moi je me dis que vraiment, c'est trop facile de faire sa crise de la quarantaine, de s'apercevoir qu'on mène une petite vie, même plein de fric, et que la grande n'est pas pour demain. Trop facile, me dis-je d'être infect avec tout le monde et de partir faire le joli coeur en Irlande. Sauf que j'avais tout faux et que ce Dupontel m'a bluffée du début à la fin. Et le générique de fin, vraiment parfait.
Le film ne manque pas d'humour en plus, et démare sur les chapeaux de roue avec une tirade à la Cyrano version yaourt. 

Allez-y, c'est émouvant, très bien construit et interprété et surtout ne cherchez pas à savoir la fin. Et puis tenez, la critique d'Aurélien Ferenczi dans Télérama est tellement nulle que je ne vous la mets pas en lien. Ce monsieur va certainement trop au cinéma. Moi, je me suis laissée porter, et surprendre.

Cathulu n'a pas du tout aimé le livre, alors qu'Anne est une de celles qui m'ont donné envie d'aller voir ce film.

Deux jours à tuer, Jean Becker (2008)
Avec Albert Dupontel (Antoine), Marie-José Croze (sa femme), Pierre Vaneck (son père)
Durée : 1h 25 - Sortie nationale : 30 avril 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Mardi 22 avril 2008

C'est l'envie de voir une adaptation d'un texte de Flaubert qui m'a poussée à aller voir ce film. J'avais envie de voir comment une toute jeune réalisatrice allait pouvoir s'en sortir avec ce texte difficile, vraiment casse-gueule à mon avis car l'humour et la moquerie au détriment de l'héroïne prennent bien souvent le dessus.
Histoire simple à résumer pour une fois : Félicité est une brave fille qui se fait embaucher par madame Aubain pour tout faire chez elle et garder ses enfants. La patronne, dénuée de toute sensibilité, ne fera jamais attention à son employée qui se dévouera toute sa vie pour cette ingrate famille. Elle s'attachera en particulier à mademoiselle Aubain, malgré les réticences de sa mère.
Le texte de Flaubert est parsemé de touches d'humour qui rendent Félicité ridicule en plusieurs situations. Exemple : les riches voisins ont offert un perroquet auquel Félicité va démesurément s'attacher : "A l'église, elle contemplait toujours le Saint-Esprit et observa qu'il avait quelque chose du perroquet. sa ressemblance lui parut encore plus manifeste sur une image d'Epinal représentant le baptême de Notre-Seigneur. Avec ses ailes de pourpre et son corps d'émeraude, c'était vraiment le portrait de Loulou [...]. Le Père, pour s'énoncer, n'avait pu choisir une colombe, puisque ces bêtes-là n'ont pas de voix, mais plutôt un des ancêtres de Loulou". Flaubert se moque de cette pauvre fille qui rapporte le monde entier à la petite échelle de son quotidien, même les choses les plus sacrées. Alors quand la réalisatrice choisisse de faire de l'envol du perroquet la dernière image de son film, je rigole !  Félicité à l'agonie voit Loulou fondre sur elle comme l'esprit saint, vraiment ça me fait rire tellement c'est ridicule.
Ridicule également la scène où la chétive Félicité fait s'enfuir un énoooooorme taureau rien qu'en le regardant dans les yeux en poussant un cri primal. J'ai bien senti dans la salle que je n'étais pas la seule à avoir envie de rire...
La réalisatrice a choisi de faire de Félicité une héroïne romantique qui court dans les bois en déchirant sa robe parce que son prétendant en a épousé une autre (c'est la scène d'ouverture du film). Mais Félicité est une pauvre fille de la campagne, pas une héroïne.
Autres "détournements" de la réalisatrice : la complexification des rapports maîtresse-servante (homosexualité latente ?) et une aventure torride pour madame avec un beau professeur de musique beaucoup plus jeune qu'elle. Le personnage de madame Aubain en devient bien plus consistant, humain et complexe, et disons-le finalement, plus intéressant que la gentille Félicité.
J'ai bien conscience d'être un peu dure, mais je me suis ennuyée pendant ce film et Sandrine Bonnaire, malgré son jeu sensible, n'a pas éveillé mon intérêt.
Entendons-nous bien, Marion Laine peut très bien faire ce qu'elle veut de l'oeuvre de Flaubert, là n'est pas le problème. Mais elle en a fait un film trop long où le rire surgit là où il ne devrait pas.

La véritable réussite réside dans la mise en scène des relations entre la patronne et la bonne à laquelle toute

existence autre que domestique est déniée. Pas de sentiments, pas de jugement, pas de souffrance : pour madame Aubain, Félicité n'est guère plus qu'une chose, en tout cas un être inférieur qui ne suscite pas l'intérêt. Cette femme froide n'admet pas que sa propre fille puisse trouver chaleur et réconfort auprès d'une servante. Une frustrée qui ne veut pas du bonheur autour d'elle. Marion Laine, à l'inverse de Flaubert, a choisi de rapprocher finalement ces deux femmes. Pourquoi pas, un peu de chaleur humaine ne fait de mal à personne... et donne consistance à un scénario qui sans cela serait resté bien plat.

Mais Cathe a aimé ; d'autres peut-être... ? 

Un coeur simple, Marion Laine (2008)
Avec : Sandrine Bonnaire, Marina Floïs...
Durée : 1 h 45 - Sortie nationale :  26 mars 2008 

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Jeudi 10 avril 2008

Autant le dire tout de suite : je ne suis pas bon public. Depuis que Raymond Devos est mort, il n’y a plus de comique pour me faire rire, la bande-annonce du dernier Astérix me ferait plutôt pleurer (Alain Delon a-t-il à ce point besoin d’argent ?), et les Ch’tis, je n’ai même pas essayé, ça n’est pas la peine.

 

Je peux donc affirmer sans l’ombre d’un doute que ça faisait une éternité que je n’avais pas tant ri au cinéma. Il faut dire que la bande-annonce m’avait déjà mis la puce à l’oreille, ainsi que le premier volume de l’autobiographie du réalisateur, qui est aussi écrivain à ses heures. L’affiche par contre me laisse sceptique vu qu’il n’y a pas le moindre bébé ni l’ombre d’un sein dans ce film…


Benchetrit bouscule nos habitudes cinématographiques. D’abord avec un noir et blanc superbe qui nous met tout de suite dans l’ambiance d’hier (voire avant-hier), quand la couleur était surtout américaine. Ça commence par un type (Edouard Baer) qui sort d’une bagnole minable avec un collant sur la tête. Un vrai collant (les deux jambes se baladent et lui font deux oreilles) bien opaque. Tellement opaque que le malheureux ne voit pas l’unique poteau du parking qu’il traverse et se le prend en pleine poire, comme dans les films muets d’avant-avant-hier. Et là bien sûr, je commence à rigoler (après trois minutes de film), d’autant plus que le type, furax, enlève son collant, le balance dans sa bagnole, ferme la porte avec les clés à l’intérieur, et va quand même braquer la cafétéria qui se trouve là. Le problème c’est qu’il n’a pas de flingue, alors il met la main dans sa poche et fait comme si… Autre problème : la serveuse (Anna Mouglalis, yeux noirs, voix grave : elle est belle) n’a pas peur et fait semblant de ne pas le voir. C’est qu’elle, on le saura plus tard, a un flingue, celui du type d’ailleurs, mais ce serait trop long à expliquer.


C’est, rapidement, le début du premier sketch (« Drew Barrymore fait penser à un hamburger ») de ce film épatant qui en compte quatre plus un épilogue. Les quatre histoires finissent par se rejoindre. La seconde est à mon avis la meilleure : deux types (Bouli Lanners et Serge Larivière), aussi violents et organisés que Laurel et Hardy, enlèvent une gosse de riches (Selma El Mouissi) pour demander une rançon à son père. Problème : l’adolescente en question est suicidaire et ils vont devoir veiller sur elle. Ils se disputent comme un vieux couple à propos de boîtes de corn flakes et de jeux de cartes, ont faux sur toute la ligne côté kidnapping, mais trouvent les mots justes avec la jeune fille. Ils sont drôles et attendrissants ces deux acteurs belges inconnus qui se baladent avec un zèbre en peluche sur le parking de la cafétéria de tout à l’heure.


Bashung et Arno qui sont à l’inverse beaucoup plus connus, sont les héros du troisième sketch, le moins réussi à mon avis, même si tous deux sont superbement filmés.


Les papys flingueurs (Jean Rochefort, Laurent Terzieff, Jean-Pierre Kalfon, Venantino Venantini et Roger Dumas), c’est pour le dernier opus, très drôle qui fait revivre à lui tout seul un pan entier du cinéma français. Ces septuagénaires repris par l’envie de braquer sont épatants, émouvants aussi. Les dialogues sont parfois à la hauteur d’un Audiard, surtout chez Jean Rochefort, formidable en accro de la chlorophylle : « J’suis obligé d’aller au Castorama au rayon jardinage pour avoir un peu de verdure ! » Et la gueule des papis, obligés de mettre une paire de lunettes (voire deux !) pour lire le menu, c’est vraiment très bien filmé. Benchetrit les aime ses acteurs, et ça se sent.


Les beaux rêves de tous ces loosers viennent se terminer dans cette cafétéria de la nationale 17, aussi gaie qu’un blockhaus, triste à mourir. Mais ils ont tous garder une part de rêves, une part d’ailleurs qui participe à l’ambiance décalée de ce film vraiment pas comme les autres.

 

C’est beau, drôle, intelligent. On pense bien sûr à des films cultes du cinéma de papa : Les tontons flingueurs, Buffet froid… au cinéma burlesque de Keaton et Chaplin (Benchetrit ose même un petit film muet avec accélérés et dialogues en placards) et à certainement à bien d’autres films que je n’ai pas vus ou reconnus, mais ça n’est pas grave. Emmenez-y votre ado que ne connaît que les films américains de la dernière décennie, je gage qu’il rira aussi.

Mais dépêchez-vous ! Dans la grande ville où je vais au cinéma (la plus grande de mon département, à peine 50 000 habitants), il y a un Cap Ciné qui propose cette semaine (du mercredi 2 au mardi 8 avril 2008) trente et une séances de Ch’tis et voilà que le cinéma Art & Essais s’y met aussi cette semaine avec dix-huit séances ! Vive la diversité culturelle française !

Les avis de Kathel et d'Alain 
 

 
J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Samuel Benchetrit (2008)
Avec Edouard Baer, Anna Mouglalis, Bashung, Arno, Jean Rochefort…
Durée : 1h 48 - Sortie nationale : 26 mars 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Vendredi 4 avril 2008

Jenny a vingt ans, elle est en prison pour meurtre. Elle porte en elle la violence, c’est écrit sur son visage, dans ses gestes. Traude Krüger est une très vieille professeur de piano. Autoritaire, taciturne, elle n’a que quatre élèves à la prison, dont un gardien. Elle découvre un jour que Jenny est une virtuose du piano : elle peut jouer Schubert les mains menottées dans le dos. Kruger va faire travailler Jenny pour qu’elle gagne un concours de jeunes talents, mais cette fille est une bombe. Elle refuse l’autorité et leur relation se fonde sur des rapports de force. Pourtant peu à peu, malgré son épaisse carapace, on sent que Jenny voudrait que Kruger l’aime et le lui dise. Mais cette femme est impénétrable, plus froide qu’un glaçon, jamais un sourire. D’ailleurs, elle n’a jamais bercé Jenny d’illusions : tout ce qui l’intéresse en elle, c’est la musique. Mais elle aussi va être amenée à découvrir qui est cette jeune fille déjà gâchée par la vie.

Il y a plusieurs choses qui ne m’ont pas plu dans ce film, mais avant de les préciser, il me faut d’abord dire tout le bien que je pense des actrices. Je ne les connaissais ni l’une ni l’autre, mais vraiment, elles sont formidables. Jenny (Hannah Herzprung) est une écorchée de la vie qui joue magnifiquement avec son corps, sa voix, son regard. Elle est tendue au maximum, comme une corde, toujours prête à rompre. Á chaque minute, on se demande si elle ne va pas passer par la fenêtre ou détruire un miroir d’un coup de poing. Autodestructrice, elle est aussi virtuose que violente et son jeu nerveux est captivant. Côté tension, franchement, c’est réussi.
Monica Bleibtreu est la vieille madame Krüger qui n’a que son chignon et sa robe pour qu’on la distingue d’un homme. Formidable elle aussi dans le rôle d’une insensible, d’une femme qui s’est enfermée dans son rêve soixante ans auparavant, et n’est plus que figurante de sa propre vie. Elle a décidé de dompter la jeune rebelle pour satisfaire son amour de la musique. L’opposition fait des étincelles, non sans humour d’ailleurs. Un humour bienvenu tant l’atmosphère carcérale est étouffante, alourdie par la relation impossible des deux femmes, plombée de secrets, par la présence d’un gardien qui s’est fait très violemment agressé par Jenny, de co-détenues qui ne l’aiment pas. Et par la musique de Schubert, magnifique.

Et les faiblesses me direz-vous ? D’abord un scénario prévisible. Même si Chris Kraus n’est pas l’apôtre du bon sentiment, on imagine rapidement la tournure que va prendre la confrontation entre les deux femmes. Á quoi bon faire un film dans lequel elles ne parviendraient pas au moindre échange, à la moindre émotion ? Il y a aussi plusieurs scènes inutiles comme le printemps amoureux de la jeune Traude, et la réitération des vues sur le clavier de piano ensanglanté. Enfin, le superbe personnage du gardien, agressé par Jenny et intellectuellement méprisé par Traude ne tient malheureusement pas la route (pourquoi aiderait-il finalement Jenny ?), c’est très dommage.

Mais surtout, ce qui m’a le plus insupportée, c’est la piètre qualité de l’image. Si c’était du papier, je parlerais de brouillon. Le grain est épais, du coup, l’image n’est pas nette, sans être floue. Elle est grossière et granuleuse, vraiment pas esthétique. Serait-ce pour nous faire comprendre que nous sommes aux antipodes du cinéma hollywoodien et de ses images hyper léchées ? Pas besoin de cette image affreuse pour ça. Les acteurs sont anti-hollywoodiens au possible, blessés, ridés, cernés, des visages marqués par les épreuves et la sincérité.

Je dirai donc que ce film est à voir pour les actrices, en ajoutant que la violence omniprésente (physique et psychologique) a beaucoup perturbé la jeune femme assise derrière moi au cinéma. Il a récolté plusieurs prix partout dans le monde dont le « German Awards 2007 » du meilleur film et de la meilleure actrice (pour Monica Bleibtreu et Hannah Herzsprung), le prix du meilleur film aux festival de Shangaï et Reykjavik, le prix du public aux festivals de San Francisco et de Genève.

Vier Minuten, Chris Kraus (Allemagne)
Avec Hannah Herzprung (Jenny), Hannah Herzsprung (Krüger), Sven Pippig (Mütze), Richy Müller (Kowalski)
Durée : 1h 52  - Sortie en France : 16 janvier 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Vendredi 28 mars 2008

chasseurs-de-dragons-affiche.jpgZoé est une petite fille qui lit beaucoup. Son héros préféré : le chevalier gothique qui n’a peur de rien et surtout pas des dragons. Leur cri de guerre à tous deux : « Je ne te crains pas gros moche, mon cœur est pur comme de l’eau d’roche ! » Oui, mais le monde de Zoé part en chaussette : ses parents sont morts du choléra, elle a été recueillie par son très vieil oncle aveugle et méchant qui a perdu tous ses chevaliers à la chasse aux dragons. Et à présent que l’heure du réveil du dragon Bouffe Monde est éminente, qui va sauver le monde, hein ? Il se lamente le vieux dans sa forteresse : « Où sont mes gens, ma garde, mes joueurs de fifre ? », mais il n’y a plus personne. Ou presque.
Parce que non loin de là se battent Lian-Chu et Gwizdo, « deux gueux mal dégrossis ». Enfin, c’est plutôt Lian-Chu qui se bat et Gwizdo qui le regarde faire, l’encourage, et essaie de récolter des sous en arnaquant les paysans, pour de très piètres résultats. Quand ils apprennent qu’un vieux très riche est prêt à payer cher pour être débarrassé du dragon Bouffe Monde avant son réveil, ils n’hésitent pas, ils foncent. Ils la sentent bien leur bicoque tranquille au bord de l’eau qu’ils rêvent de s’acheter depuis toujours, depuis qu’ils ont grandi ensemble à l’orphelinat du havre des orphelins.

Bon évidemment, quand ils apprennent qu’ils vont devoir se rendre à l’ouest, au-delà de la fin du monde, leur enthousiasme en prend un coup. Mais bon, si l’un a du bagout, l’autre a de l’honnêteté et un besoin pressant de crédibilité. Les voilà partis avec Zoé et leur drôle de chien Hector, à la chasse au dragon.


Et on ne s’ennuie pas une minute, croyez-moi. D’abord parce que tous ces personnages sont épatants, drôles et convaincants. Lian-Chu avec son torse d’haltérophile et ses jambes épaisses comme des allumettes, Gwizdo qui voudrait jouer les chefs, Zoé qui n’arrête pas de parler. Ces deux-là commencent par ne pas se supporter (« Et si on l’abandonnait dans la forêt, hein, la chasse aux  dragons, c’est par pour les p’tites filles »), mais Zoé ne manque pas d’humour et n’est pas prête à se laisser faire sans ruser. Les réparties entre eux font mouche. Drôle également le bizarre chien Hector, qui la ramène tout le temps, les moutons et la philosophie même de l’histoire. Tout cela ne se prend pas vraiment au sérieux, en témoignent les lapins bleus qui flottent à la fin dans le décor et l’arme fatale de Lian-Chu, qui n’est autre que… mais chut, c’est sa botte secrète ! J’aime bien cet humour qui fait rire tout simplement grâce au comique de situation, aux personnages (l’occupation préférée du gros balèze est le tricot…) et aux réparties  rigolotes.


Et en plus d’être drôle, ce film est beau. Les décors sont tout simplement magnifiquement oniriques : des tours, des chapiteaux, des pilastres, des cathédrales entières errent dans l’espace à la dérive. Le grand chemin vers l’ouest évoque la grande muraille de Chine, entourée de brume et de végétation improbable. C’est un monde en décomposition où l’on ne croise plus que des chevaliers fous et des créatures effrayantes. Créatures qui ne sont  d’ailleurs pas en reste côté animation réussie, comme la nuée rouge de chauves-souris tueuses qui s’agrègent pour former un monstre vraiment affreux et méchant.

Renseignements pris ensuite sur le Net, j’apprends que ce film s’inspire d’un dessin animé diffusé sur France 3 (connais pas, j’ai pas la télé), déjà adapté en BD chez Delcourt sur scénario de Laurent Turner et dessin de Matthieu Venant. Je connaissais cette BD, très drôle d’ailleurs, mais dont le graphisme n’arrive pas à la cheville du film.

Vous trouverez ici une excellente analyse de ce film et ici  le site du film


Vraiment, si vous avez une heure vingt devant vous, allez-y, c’est épatant !

 

Chasseurs de dragons, Guillaume Ivernel & Arthur Qwak (2008)

Avec les voix de Patrick Timsit, Vincent Lindon, Marie Drion

Durée : 1h 22 – Sortie : 26 mars 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Jeudi 6 mars 2008
affiche-copie-1.jpg

Un magasin vraiment minable qui ne loue que des VHS et qui s’appelle "Be Kind Rewind", parce que les clients ne rembobinent jamais leurs cassettes… Un client irradié, ou magnétisé, ou électrocuté lors de l’attaque ratée d’une centrale. Une menace de démolition et un propriétaire qui s’en va pour quelques jours commémorer la mémoire de Fats Wallers (en fait pour observer les techniques de vente de ses concurrents directs) en confiant la boutique à son employé, Mike  (Mos Def), et en l’implorant de ne pas y laisser entrer Jerry (Jack Black, l’irradié). Oui mais voilà, Jerry entre quand même et après son passage, toutes les cassettes se brouillent : plus de films ! Pas d’inquiétude, Jerry a la situation bien en main : il propose à une cliente pressée (Mia Farrow) de revenir le soir même chercher la  cassette de Ghostbusters et se charge d’en faire un remake improvisé avec l’aide de Mike et d’Alma (Melonie Diaz), une fille plutôt moche sortie du pressing du coin pour les besoins du tournage... C’est alors que tout devient très drôle : chasse aux fantômes très rudimentaire dans les rues de Passaic (ville quasi inconnue du New Jersey), puis nouvelle version de Rush Hour 2, du Roi Lion, de 2001, l’odyssée de l’espace, de Robocop…etc… Et le pire, c’est que le public afflue : il vient même des gens de New York pour voir ces films « sweded » (suédisés ? suédés ? nouveau courant du cinéma indépendant américain…). Car c’est tout ce que veut nous dire Michel Gondry : il suffit d’y croire et tout devient possible. Si un allumé du New Jersey se prend pour Robocop, que d’autres allumés le voit en Robocop, alors il est Robocop et la magie du cinéma peut fonctionner. Et le spectateur entrer dans ce film carrément loufoque qui fonctionne comme un hommage au cinéma, aux films cultes comme on dit, mais alors pas le même culte que les amateurs de Autant en emporte vent, c’est nettement plus années 80, science-fiction et premiers effets spéciaux, que nos trois allumés sont bien incapables de recréer, bien sûr. Car rien n’est vrai, tout est en toc, et Fats Waller n’est jamais né dans cet immeuble. Mais si les gens y croient, ça suffit pour colporter la légende et pour faire de la boutique la mémoire du jazz des années 30. Et de Jerry un businessman rapidement débordé…
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Au bout du compte, on obtient un film souvent drôle, à l’opposé du cinéma à gros budget hollywoodien (le film a lui-même l’air parfois complètement bricolé, chapeau), qui parle de la magie du cinéma, de cet art envoûtant qui tisse un pacte avec les spectateurs : pour être charmé, il faut croire, peu importe l’argent et les acteurs. Mise en abîme efficace, Michel Gondry a employé des habitants du cru, pas du tout acteurs, pour incarner les figurants de ce quartier en perdition. Pourtant là, côté acteurs, on est servi avec ce Jack Black complètement allumé (ou magnétisé, ou électrocuté…) qui se prend aussi bien pour Bill Murray que pour Simba ou Sylvester Stallone, qui dort dans un vieux camping-car pourri avec une passoire sur la tête. Acteur anti hollywodien par excellence (beaucoup de kilos en trop, pas très beau et très mal habillé),  il est aussi cinglé que survolté et donne à ce film son côté à la fois loufoque et nostalgique tout en ne sombrant jamais dans le gag grotesque. Apparaissent aussi Danny Glover, Mia Farrow et Sigourney Weaver, comme autant de clins d’œil au cinéma hollywoodien qu’on aime aussi, parfois.
jack-black.jpg

Dire que Michel Gondry (réalisateur français travaillant aux Etats-Unis) a lancé un nouveau genre cinématographique n’est d’ailleurs pas une plaisanterie mais une réalité puisque de plus en plus de gens sur le net se mettent à « sweder » leurs films préférés, c’est-à-dire à les rejouer avec les moyens du bord, souvent les plus rudimentaires. Ça nous promet une belle pagaille…

 

Be Kind, Rewind, Michel Gondry (USA)
Avec Jack Black (Jerry), Mos Def (Mike), Danny Glover (Mr. Fletcher)
Durée : 1h 34 - Sortie en France : 5 mars 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Jeudi 28 février 2008

There_will_be_blood.jpg1898. Tout commence par vingt minutes de film sans parole ni musique : rien que l’homme, le travail, la souffrance et la poussière. Un homme coriace, dur à la tâche et avec lui-même. Il creuse le sous-sol d’une terre aride, ingrate et rebelle. On sait déjà qu’il est prêt à tout supporter pour le gisement qu’il a trouvé. Peu importe l’argent qu’il rapporte, peu importe la souffrance, peu importe les autres : rien ne compte que le pétrole.

Pourtant, on se dit que cet homme dur n’est pas dénué de sentiment puisqu’il trimballe avec lui, entre pétrole et poussière, un bébé qui restera durant les deux heures trente huit du film, H.W. Son fils, l’enfant d’une femme morte en couches, qui suit son père et sert son baratin quand il veut acheter aux malheureux pionniers leurs hectares de cailloux pour une bouchée de pain. Leurs terres improductives vont devenir de l’or noir entre les mains Daniel Plainview. Mensonge, parjure, violence : il n’épargne aucune bassesse pour parvenir à ses fins et construire son rêve.

Daniel Day-Lewis a décroché un Oscar pour cette superbe interprétation taillée à la mesure de son physique et de son étrange charisme. Il habite tout l’écran, de sa démarche claudicante, tout en sueur, pétrole et indifférence du prochain. Il avance, achète, écarte les obstacles, humains ou matériels. Et quand un jour son fils, devenu sourd à cause d’un accident lors d’une extraction, n’est plus un avantage pour lui, il l’écarte également, sans effusion et peut-être sans regret. Peut-être car derrière le masque impassible de ce visage usé, il y a un homme. On voudrait le sauver, lui pardonner, le rendre humain, mais il accepte toutes les humiliations pour un pipeline. Il a pourtant en face de lui un adversaire de taille : le pasteur Eli, chef de l’Eglise de la Troisième Révélation. Jeune, discret, mais ambitieux à sa manière, c’est lui qui a mis Plainview sur la piste du pétrole de Little Boston qui va faire sa fortune. Exorciste à ses heures, il envoûterait bien ce paroissien qui lui résiste, qui lui doit de l’argent et qui a réussi dans son domaine, la prospection indépendante. Alors comme il ne peut pas atteindre le chercheur d’or noir, il cherche à humilier l’homme en lui faisant hurler devant tous qu’il a abandonné son fils. Mais il ignore que l’homme n’a ni âme ni conscience, juste un esprit de vengeance très tenace qui lui permettra d’attendre des années avant de faire avouer à Eli qu’il est un charlatan. Ces deux aveux sont parmi les scènes fortes de ce film, de même que la scène d’ouverture et celle où le père crache à la face de son fils qu’il n’est qu’un « bastard from a basket ». Autant de rage et de folie dans un homme froid, c’est comme l’avènement diabolique d’un être dont le charisme réside dans la haine d’autrui. Car au-delà de l’épopée du pétrole américain, ce film est l’itinéraire d’un homme démesurément ambitieux.
day-lewis.jpg

Dans des décors magnifiques de misère, de lumière naturelle, de végétation tantôt aride, tantôt luxuriante, ce Daniel Day-Lewis est un fou grandiose, un être humain sans morale incarné par un acteur rare, une image trouble de l’Amérique qui réussit. Dans un paysage de derricks, de rocs et de cabanes poussiéreuses, dans des espaces grandioses et magnifiés, c’est finalement une épopée intimiste que nous peint Paul Thomas Anderson en s’inspirant du livre de Upton Sinclair, Oil !, paru en 1927 aux Etats-Unis.

 

There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (USA)

Avec Daniel Day-Lewis (Daniel Plainview), Paul Dano (Eli & Paul Sunday), Dillon Freaser (H.W. Plainview)

Durée : 2h 38 min – Sortie en France : 27 février 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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