Jeudi 26 juin 2008

Un auteur norvégien ? Pourquoi pas ? Avec un livre drôle, un personnage atypique, une écriture originale : je prends. Oui mais quand un livre drôle ne fait pas rire, il est vite ennuyeux et c'est bien ce qui s'est passé. Je ne pensais même pas arriver au bout et finalement, j'ai poursuivi jusqu'à la fin l'histoire de bric et de broc de ce type de vingt cinq ans, un original un peu dérangé qui s'interroge continuellement sur le temps, les gens, la société et le monde. Mais pas de façon générale, non , plutôt dans des petits détails qui n'intéressent que lui : « pour une raison que j'ignore, je soupçonne que je sais trop de choses sur des choses dont il est stupide de savoir beaucoup de choses. » Les choses qu'il ne comprend pas suscitent en lui des abysses de réflexion, par exemple concernant Internet : « Un lieu qui n'est pas ici mais partout, et simultanément toujours dans un autre lieu. Et personne parmi nous pour pouvoir s'y trouver, dans cet autre lieu. En tout cas physiquement. » Finalement, son frère l'interroge : « Il demande si j'ai jamais songé penser moins. Je réponds que j'y songe tous les jours, mais que ce n'est pas si facile. » Vous constaterez qu'on tourne pas mal en rond...

Pourtant parfois, quand il en a marre de penser, le narrateur a de saines occupations, il frappe dans sa balle : « Ces jours derniers, je n'ai guère fait autre chose que frapper. J'ai frappé du matin au soir. C'est une activité d'une immense monotonie qui me remplit de joie. Les pensées s'arrêtent. Je suis débordant de reconnaissance envers Brio [la marque du ballon] » : passionnant, non ?

On aura deviné que ce jeune homme, inoccupé, agoraphobe, enculeur de mouches est atteint de troubles obsessionnels compulsifs et que ses petites manies sont la base de l'humour d'Erlend Loe. Sauf que moi, il m'ennuie. Autre manie qu'il a par exemple : faire des listes. La liste de ce qu'il possède et de ce qu'il ne possède pas, celle des choses qui l'enthousiasmaient quand il était enfant, des animaux qu'il a vus, de ce qu'il trouve grand et long à New York. C'est lassant plutôt que drôle.

Je reconnais volontiers une grande originalité de style à l'auteur, tant dans le flux de pensée de son héros que dans les collages non littéraires dont le roman est parsemé, mais bon, impossible de me prendre au jeu.

 

Cuné non plus n'a pas trouvé ça très drôle, alors que Papillon et Allie ont été plus sensibles au charme naïf de ce personnage atypique.

On notera que ce livre a reçu le 3ème Prix européen des jeunes lecteurs

 

Naïf. Super.

Erlend Loe traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud

10/18, mars 2005

ISBN : 2-264-03843-8 – 263 pages - 7,90 €

Naiv. Super, publication en Norvège : 1996

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Dimanche 15 juin 2008

Jusqu'à présent, je n'avais passé que de bons moments avec Arto Paasilinna : Le fils du dieu de l'orage, La douce empoisonneuse, Petits suicides entre amis, de très bons moments d'humour souvent grinçant et de dépaysement garanti. Et me voilà déçue pour la première fois avec ce roman qui est pourtant son plus connu.


D'abord, dès le début, j'ai été très gênée par le style très sec, presque comme un compte-rendu action par action des faits et gestes de Vatanen, journaliste finnois qui décide sur un coup de tête de tout plaquer pour suivre un lièvre : Vatanen fait cecii, Vatanen fait ça, Vatanen pense que... On ne peut pas dire que ça contribue à la légèreté du texte.

Ensuite, l'intrigue est totalement inexistante, le lecteur suit tout simplement Vatanen dans son périple, dans ses rencontres et dans ses malheurs : le commissaire Hannikainen, persuadé que le président finnois est un usurpateur, le pasteur Laamanen qui joue du gun, le corbeau qui lui pique sa bouffe ou l'ours qu'il poursuit jusqu'au-delà des frontières, en Union soviétique. Des tranches de vie et de nature bien plus qu'une histoire suivie. Une découverte de la Finlande également, de ses paysages grandioses, de ses forêts, de la Laponie où il neige au mois d'août.


Moi qui suis plutôt citadine et qui ne me sens nulle part mieux qu'en plein centre de Paris ou de Londres, je dois dire que je me suis plutôt ennuyée... L'humour de Paasilinna, toujours présent en filigrane réveille quelques fois la monotonie du texte, mais il est bien moins mordant que dans les romans cités plus haut (qui sont postérieurs à celui-ci), bien moins corrosif.


Petite déception donc pour la lettre P de mon Challenge ABC 2008.

 

D'autres avis : AlliePapillon et Tamara  (très enthousiastes), Jules, Chimère, Camille , Praline


Le lièvre de Vatanen

Arto Paasilinna traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Gallimard (Folio n°2462), 2003

ISBN : 2-07-038602-3 – 235 pages – 5,30 €

Janiksen vuosi, parution en Finlande : 1975

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Mercredi 4 juin 2008

Que dire sinon que je m’attendais à un livre drôle et que je n’ai pas ri, ou très peu… Humour très noir précise la quatrième de couverture, ça tombe bien, j’adore. Et puis tiens, comme je suis un peu fainéante ce soir, je vous en copie/colle le résumé : « Un homme s'éveille dans un cercueil. Il ne se souvient de rien. Suffoquant, en proie à l'angoisse et à la soif, il trouve un téléphone portable dans la poche de son pantalon. Commence alors une terrible odyssée immobile pour réussir à sortir de la tombe. »
Voilà, Franck Vernet a été enterré par erreur, et par chance avec son portable. Il téléphone à toutes sortes de gens, mais quels qu’ils soient, il les méprise. Il faut dire que ce Franck Vernet est un artiste, un intellectuel supérieur qui n’aime que lui et crache son ressentiment à la face du monde tandis qu’il agonise… Il méprise le monde entier, sa femme, les femmes, ses prétendus amis, ses voisins, les artistes en général, les écrivains… et je ne suis pas loin de penser que Blanc se cache juste derrière lui… Car comment Henri-Frédéric Blanc, auteur, fait parler ses personnages : le déménageur appelé à l’aide : « Ho, vous n’allez pas me faire la leçon du haut de votre cercueil ? J’ai d’autres chattes à fourbir que de solutionner les erreurs d’enterrement. » Vous constaterez que c’est très drôle et que le syndrôme du travailleur manuel vulgaire à petit QI a encore sévi...
Pourtant, le malheureux Franck est une victime incomprise : « Le déménageur fait partie de ceux qui m’ont perdu à la colo. Ils ne m’ont pas perdu en faisant quelque chose contre moi, mais en ne faisant rien pour moi. Ou si peu. De gentils indifférents qui donneraient un mouchoir en papier au Christ en croix. Une demi-miette d’amour à celui qui a fait tout pour tous. Ils s’estiment quittes envers la justice en offrant à l’opprimé un grain de pitié, un brin de gentillesse, ou leur puante sympathie. » Mais qui aurait envie d’aider un type pareil ? Six pieds sous terre, mort ou pas, c’est là qu’il est le mieux ! Tout le monde en prend pour son grade, monsieur le macchabée revendique, et moi je fatigue au bout d’un moment. Car ce type est vraiment puant et il faut être très fort pour construire un roman, aussi court soit-il, autour d’un sale type.


Alors bien sûr, j’ai quand même quelques fois souri  car Blanc a l’imagination comique : Franck s’imaginant ressuscité : « Franck se voyait sortir de terre et participer à la gloire des rendus à la vie, il dansait avec sa grand-tante folle le cha-cha-cha de la resurrection tandis que Dieu, enfin au mieux, déclenchait de grandioses feux d’artifices et que des anges tournaient des broches où grésillaient andouillettes et saucisses. » Blanc manie aussi le jeu de mots avec aisance : Franck rêvant d’en finir au plus vite : « Attraper un de tes lacets pour t’étrangler avec ? Tu as déjà essayé septantouze fois, tu sais bien que ce n’est pas possible, tu n’as pas accès à tes pieds ! Fais une réclamation, fonde une association des enterrés vivants qui revendiquent le droit de prendre leur pied ! »


Mais l’auteur en fait trop, tant en invectives, mépris et jeux de mots, et j’en ai eu rapidement assez.
Tamara elle, a beaucoup aimé ce livre, qu’elle m’a donné envie de lire.

 

Sous la dalle

Henri-Frédéric Blanc

Le Serpent à Plumes, 2004

ISBN : 2-75380-010-3 – 192 pages – 6,50 €

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Lundi 2 juin 2008

Il va falloir que je prenne des gants pour ce billet, je le sens, car Paul Auster est un écrivain sacré pour bien des blogueurs (peut-être plutôt des blogueuses…).

J’avais un bon souvenir, quoi qu’assez lointain, de Mr. Vertigo et un roman tournant autour du cinéma muet américain des années 30 me tentait bien. J’ai toujours comme référence La conspiration des ténèbres de Theodore Roszak, le Roman en la matière, à mon humble avis.


Me voilà donc suivant les traces du malheureux David Zimmer, universitaire en sursis depuis qu’il a perdu femme et enfants dans un accident d’avion. Alors qu’il cuve sévèrement son chagrin, il tombe par hasard sur un vieux film comique d’Hector Mann, virtuose du cinéma muet, porté disparu depuis 1929. Il ne reste de son œuvre qu’une grosse dizaine de films que Zimmer décide de voir, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Zimmer s’immerge dans l’œuvre d’Hector Mann pour échapper à une mort certaine par l’alcool. Puis il écrit un livre, une somme définitive sur cette œuvre. Quelques temps après la parution, il reçoit une incroyable lettre de la femme d’Hector Mann qui lui écrit que celui-ci est vivant et qu’il l’attend pour lui montrer des films réalisés après sa disparition et qui seront détruits dans les vingt-quatre heures suivant sa mort. Or, Mann est très malade, quasi agonisant. C’est sous la menace d’une arme qu’il se rendra auprès du mourant et qu’il se fera raconter son incroyable destin suite à sa disparition en 1929.


En lisant ce résumé, j’aurais certainement envie de lire ce livre. Malheureusement, il est, à mes yeux, interminable, et j’ai eu vraiment du mal à en venir à bout. Longue, très longue la dépression de Zimmer ; longs, beaucoup trop longs les résumés de tous les films d’Hector Mann dans les moindres détails et sans lien avec l’intrigue principale.

Je n’ai absolument pas marché dans le jeu de double intrigue et d’histoires en miroirs si bien décrits par Papillon et Clochette.

Je n’ai absolument pas retrouvé ici ce que l’on a coutume d’appeler « la magie du cinéma », si habilement mise en œuvre dans le roman de Roszak. Je suis restée extérieure à cette histoire qui m’a vraiment déçue.

Je sens que je ne vais pas me faire des copines sur ce coup-là…n’est-ce pas Florinette ?
Ouf ! Sentinelle n'a pas été conquise non plus !

Le livre des illusions
Paul Auster traduit de l'américain par Christine Le Boeuf
LGF (Le Livre de Poche n°30146), 2007
ISBN : 978-2-253-10953-2 - 379 pages - 7,50 €

The Book of Illusions, parution aux Etats-Unis : 2002

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Mercredi 28 mai 2008

Et si Emma Bovary, avant de mourir, avait murmuré à l'oreille de son médecin : « Assassinée, pas suicidée ». Et si ces quelques mots ayant fait leur chemin, avaient déclenché une contre-enquête chargée de faire la lumière sur ce mystère. Et si Flaubert n'en avait rien su, ou avait travesti l'histoire telle qu'elle s'est réellement déroulée au printemps 1846 à Yonville-l'Abbaye, Seine Inférieure ?

Philippe Doumenc nous convie à un jeu littéraire qui a déjà fait ses preuves. Parmi mes meilleurs souvenirs citons L'autre voyage de Phileas Fogg de Philip José Farmer qui s'inscrit très intelligemment et avec beaucoup d'humour et de rocambolesque dans les blancs du Tour du monde en quatre-vingts jours. Plus récemment il y a eu aussi Qui a tué Roger Ackroyd ? de Pierre Bayard, érudit et réjouissant décorticage du meilleur roman d'Agatha Christie.

Je suis bien moins convaincue par l'essai de Philippe Doumenc, mais je me dois de préciser que ma lecture de Madame Bovary remonte à fort longtemps, une quinzaine d'année au moins. J'avais cependant l'intrigue et les personnages en tête avant ma lecture, et je suis allée piochée un résumé très complet sur Internet afin de me remettre en tête le déroulement chronologique des faits.

Même si Madame Bovary est une institution littéraire, ou quasi, il est je pense permis d'avoir une opinion sur son héroïne. Est-elle une bourgeoise qui s'ennuie ? Une mal baisée qui se languit ? Une dépressive suicidaire ? Pour moi, c'est une jeune femme qui se découvre destinée à une petite vie, qui la refuse et projette sur deux hommes ses légitimes espoirs de bonheur. Mais ces deux là sont des médiocres, chacun à leur façon et les trop grandes aspirations d'Emma noieront ses rêves mort-nés. Vison féminine ? Certainement. Philippe Doumenc ne voit pas du tout les choses de cette façon, libre à lui bien sûr, mais je n'adhère pas. Pour lui, Emma est une sorte de nymphomane inassouvie, une dévergondée irresponsable qui pour éponger ses dettes va jusqu'à se faire cet exécrable monsieur Homais, laid, suffisant, la médiocrité fait homme, la virilité mise en berne. Avec son bonnet grec et son visage « quelque peu marqué de petite vérole » et qui « n'exprimait rien que la satisfaction de soi-même », le pharmacien d'Yonville est l'antithèse même du rêve romanesque qui dévore Emma Bovary. Et Philippe Doumenc ne s'arrête pas là, il prête à la jeune femme bien d'autres aventures improbables et libidineuses conduites par sa seule vénalité et que je ne vous raconterai pas pour ne pas vous gâcher le plaisir, si vous en éprouvez à la lecture de ce roman.

Cette déception m'a certainement fait passer à côté des subtilités et trouvailles de ce court roman qui s'approprie des personnages, les fait évoluer pour tisser une autre trame, une autre Emma... qui n'est pas la mienne.

 

D'autres avis sur ce roman : Yohan sur Biblioblog, Papillon, déçue aussi et Clochette

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary
Philippe Doumenc
Actes Sud, 2007
ISBN : 978-2-7427-6820-2 - 186 pages - 18 €

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Mercredi 21 mai 2008

Voilà un billet bien difficile après une lecture assez pénible. Je n'avais lu et entendu que du bien de ce roman de Mo Hayder, son meilleur paraît-il, en tout cas le premier que je lis et j'en sors vraiment déçue.
Grey est une jeune femme bizarre, différente. Le lecteur apprend à la découvrir très progressivement aussi ne faut-il pas trop en dire sur son compte. Disons qu'elle a été élevée dans un cercle très fermé (pas d'école, pas d'ami) qui ne lui a pas permis de discerner le bien du mal. On sait qu'elle a très jeune été enfermée dans un hôpital, peut-être un asile, sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'il est question d'automutilation. Au début du roman, elle débarque à Tokyo dans l'intention de rencontrer Shi Chongming, professeur d'université spécialisé dans la médecine chinoise, jadis linguiste. Elle veut absolument voir un film qu'il est le seul à détenir, montrant les atrocités commises par les soldats japonais lors de la prise de Nankin, alors capitale chinoise, en 1937. Elle a vendu tout ce qu'elle avait en Angleterre pour venir au Japon voir ce film qui l'obsède, sans que le lecteur sache pourquoi. Mais l'universitaire la chasse et la voilà errant dans Tokyo, puis accueillie par un jeune Américain, Jason, qui lui trouve un emploi d'hôtesse dans un club pour hommes : « allumer les cigarettes, verser du whisky, veiller à ce que les hommes ne soient jamais à court d'amuse-gueule, et les distraire. Pas de sexe. Rien que de la conversation et de petites flatteries. » Le club est fréquenté par des yakuzas impitoyables, dont un certain Fuyuki, vieillard sans âge chaperonné par une inquiétante nurse. Sous prétexte de médecine chinoise, Shi Chongming promet à Grey de lui montrer son film si elle parvient à voler à Fuyuki son secret de longévité.

Parallèlement à la vie japonaise de Grey, des extraits du journal de l'universitaire nous racontent le sac de Nankin auquel il a participé et survécu.

Le plus grand défaut du livre à mon avis est d'être extrêmement long : longues descriptions de la vie de Grey, de ses soirées au club, de ses séances d'habillage ; long récit de Shi Chongming, de ses relations avec sa femme, ses voisins. En règle générale, j'aime beaucoup les histoires de fous dans lesquelles la personnalité trouble du héros se fait jour peu à peu (je pense à Garden of Love de Marcus Malte ou Shutter Island de Dennis Lehane par exemple). Mais là, je n'ai pas du tout accroché à l'histoire de cette fille. Je crois que les éléments de son passé qui nous permettraient de compatir sont trop distillés, ils viennent trop tard pour qu'on s'attache à elle.

Bref, je n'ai pas été tenue en haleine, j'ai plutôt eu envie de refermer le livre avant la fin. Non pas parce que je prévoyais quelque chose d'insupportable, mais tout simplement par ennui. Certes, Mo Hayder connaît Tokyo et le lecteur est immédiatement immergé dans cette ville fascinante ; certes, le choix de raconter le sac de Nankin de l'intérieur par une de ses victimes nous plonge littéralement dans cet épisode tragique et méconnu. Mais ça n'a pas suffit à me captiver ni à me convaincre du grand talent de Mo Hayder pour le thriller.


Mais bien d'autres blogueurs ne sont pas du même avis que moi :
Lo, Solenn, Yueyin ; Goelen ; il n'y a que 
Gachucha pour être un peu moins enthousiaste

Tokyo
Mo Hayder traduite de l'anglais par Hubert Tézenas
Pocket, 2007
ISBN : 978-2-266-15790-2 - 473 pages - 6,80 €

Tokyo, parution en Grande-Bretagne : 2004

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Lundi 5 mai 2008

C’est un billet de Cuné qui m’a poussée à lire ce livre. Elle avait l’air enthousiaste et appréciait beaucoup la puissance psychologique de ce texte qui, il est vrai, repose essentiellement sur les interactions entre les personnages. « Remuant, déstabilisant, bousculant » : tout à fait mon genre de livres.
Alors si vous aussi, Cuné a su vous donner envie, relisez son billet, très bien fait, et passez le mien.

 

On suit parallèlement le déroulement de plusieurs vies : celle d’Axel Ragnerfeldt, écrivain nobélisé devenu totalement impotent et dépendant mais au passé duquel ses souvenirs nous donnent accès ; son fils, Jan-Erik, et sa femme Louise, couple qui bat de l’aile, sans plus aucun désir l’un pour l’autre ; Kristoffer Sandeblom, dramaturge et enfant trouvé qui s’est construit toute une filiation. Tous trois ont en commun l’alcoolisme et la littérature, Jan Erik ayant pour profession de diffuser et vénérer l’œuvre de son père.

Tout commence très discrètement par la mort de Gerda Persson, vieille femme discrète qui pendant des années fut la domestique des Ragnerfeldt. Marianne Folkesson, employée des services sociaux découvre qu’elle a légué tous ses biens à Kristoffer qui ne la connaît pas. Kristoffer va chercher à savoir qui elle est (pas sa mère, trop vieille) et pourquoi il hérite d’elle. Chapitre après chapitre s’écrit l’histoire des Ragnerfeldt  faite de grandes et petites mesquineries, de réputations à préserver et de gloire à sublimer.

Pas de meurtre au départ, pas d’enquête et donc pas d’enquêteur : je dois dire que j’ai vraiment trouvé le temps long. Alors bien sûr, je suis allée jusqu’au bout (j’ai confiance en Cuné !) et ça valait le coup de découvrir tous les squelettes dans le placard de cette famille. Á quels sacrifices un grand écrivain est-il prêt pour sauvegarder sa réputation ? Et son fils pour embellir celle de son père ? Que valent grands principes et belles déclarations à l’épreuve de la vie ? C’est certes très intéressant, et la construction psychologique est redoutable, mais j’ai vraiment trouvé le rythme de cette histoire trop lent, et la galerie de personnages tous tellement exécrables que c’en est lassant.

Côté polar suédois, je continue avec Larsson car si Karin Alvtegen est, selon le bandeau publicitaire qui entoure le livre, la reine du polar suédois, eh bien pas de doute, je me suis royalement ennuyée !

Ténébreuse
Karin Alvtegen traduite du suédois par Magdalena Jarvin
Plon (Roman noir), 2008
ISBN : 978-2-259-20744-7 – 314 pages – 20 €


Skugga
, publication en Suède : 2007

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Vendredi 18 avril 2008

Pour me déclarer inconditionnelle de Theodore Roszak, il me faudrait avoir lu tous ses livres. Or, je n’en ai lu que deux, mais quels livres ! Je conseille à tous les amateurs de cinéma américain et de construction machiavélique La conjuration des ténèbres, un pavé qui fera partie des Incontournables de ce blog quand je l’aurai relu, ainsi que Les mémoires d’Elizabeth Frankenstein, excellent également, écrit dans les blancs de la fiction, sur le destin d’une femme tiraillée entre Lumières et forces ancestrales. Depuis, chaque parution d’un livre de Roszak est comme une fête, l’assurance que je vais passer d’excellentes heures de lecture.

Peut-être vous doutez-vous, après toutes ces précautions, que je n’ai pas passé d’excellentes heures de lecture avec L’enfant de cristal. Le docteur Julia Stein est gérontologue. Depuis que sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle lutte pour donner aux personnes très âgées quelques jours, quelques semaines de vie supplémentaires. On lui confie un jour un cas désespéré : Aaron Lacey, neuf ans, atteint de progéria, une maladie génétique rare qui provoque un vieillissement accéléré des individus. L’espoir de survie d’Aaron se compte en semaines, à peine quelques mois, mais Julia s’obstine en décidant de stimuler l’enfant intellectuellement. Il finit par tomber dans un coma qui semble irréversible.  Quand il en sort, il n’est plus le même : un processus de rajeunissement s’est enclenché et il va devenir d’une beauté incomparable. Dès lors supérieurement intelligent, il va cependant rester enfermé dans son corps d’enfant. Julia sera la première à comprendre qu’Aaron est devenu un être hors du commun. Se faisant, elle va succomber aux charmes de l’enfant qui n’en est plus un, être surprise par son propre fils et condamnée pour pédophilie. Aaron quant à lui va trouver refuge au fin fond du Mexique chez Peter DeLeon, charlatan de l’éternelle jeunesse. C’est là, loin de tous, que sa métamorphose physique va se poursuivre.

Malgré tout le talent de Theodore Roszak, je n’ai jamais pu me défaire de l’esprit qu’Aaron est un gosse ; intelligent, beau, puis inquiétant, mais un gosse. Il incarne finalement une forme de surhomme, à la façon de Theodore Sturgeon, auteur de science-fiction américain (en particulier Les plus qu’humains). Mais là où Sturgeon excellait à crédibiliser ses personnages, Roszak n’est pas parvenu à me faire croire en Aaron. Roszak s’interroge en fait sur le vieillissement : « Et si l’âge adulte n’était pas le stade ultime de la vie ? Comment considérerions-nous quelqu’un qui est allé au-delà de l’âge adulte pour accéder à un autre stade ? » Comme un monstre, objet de foire, ou comme un saint… « J’ai trouvé un endroit de l’autre côté de la vieillesse », déclare Aaron. Mais le lecteur ne peut pas s’identifier à cet être surnaturel, qui par ailleurs dédaigne le monde et ne manifeste aucun sentiment à l’égard de ceux qui cherchent à l’aider.
Roszak dénonce également les dérives de la science et la mode du jeunisme à travers DeLeon qui déclare 
: « La quête de la longévité laisse la morale derrière elle. Par nécessité. » Julia a elle aussi abandonné son code moral et l’a payé de la prison, mais dans quel but finalement ? Elle n’a pas soulagé l’humanité, a été rejetée par ses confrères, sa famille. Un parcours difficile pour une quête qui lui échappe et ne lui ressemble pas. Un échec.
Et moi je suis déçue d’être passée à côté de ce roman…

L'enfant de cristal
Theodore Roszak traduit de l'anglais par Edith Ochs
Le Cherche Midi, 2008
ISBN : 978-2-7491-1046-2 - 527 pages - 22 €

The Crystal Child, parution aux Etats Unis : 2007

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Lundi 14 avril 2008

Ayant bien apprécié Délire d’amour et Expiation de Ian McEwan, j’ai décidé de « remonter » son œuvre. Le jardin de ciment que j’ai commenté il y a peu pour ce blog, m’avait déjà laissé une drôle d’impression. Qui se confirme avec ce Bonheur de rencontre, titre ô combien ironique.

Ma première impression a été l’ennui. Mary et Colin n’en finissent pas de se perdre dans Venise (jamais nommée d’ailleurs, pourquoi ?) où ils passent trois semaines de vacances désenchantées. Ils se connaissent trop, le couple s’ennuie et moi aussi. « Cela avait cessé d’être une grande passion. Ses plaisirs résidaient dans une amitié dépourvue d’urgence, dans la familiarité de ses rites et de ses processus, dans la sûreté et la précision avec lesquelles les membres et les corps s’adaptaient les uns aux autres, confortablement, comme un moulage retournant au moule » : la routine. Ils ne font rien de leurs journées, c’est tout juste s’ils apprécient la ville (« On se croirait en prison ici »). Jusqu’au soir où ils se perdent au point de ne plus pouvoir rentrer. Ils rencontrent alors Robert qui les entraîne dans un bar dont il est propriétaire et leur inflige le récit de son enfance et de la façon dont il a rencontré sa femme, Caroline. Rien de bien passionnant. Il finit par les inviter chez lui pour la nuit. Ils rencontrent alors Caroline, femme étrange qui semble beaucoup souffrir en se déplaçant et s’intéresser aux relations entre Mary et Colin.
Après une soirée tout sauf décontractée, Mary et Colin s’en retournent à leur hôtel et, surprise, éprouvent un regain d’attirance l’un envers l’autre. « Cette idée les émoustilla. Sans perdre de temps à s’essuyer ni même à fermer le robinet, ils coururent jusqu’au lit pour l’examiner en détail. Ils se prirent à chuchoter à l’oreille l’un de l’autre en faisant l’amour, des histoires surgies de nulle part, jaillies de l’obscurité, qui suscitaient des gémissements et de petits rires d’abandon absolu, et dont l’auditeur subjugué, sous le charme, consentait à une vie entière de sujétion et d’humiliation. Mary murmura son intention d’acheter les services d’un chirurgien pour faire amputer Colin des bras et des jambes. Elle le garderait dans une pièce de son appartement et l’utiliserait uniquement comme objet sexuel, le prêtant parfois à des amies. » Je vous laisse découvrir ce qui vient à l’esprit de Colin en matière d’invention, c’est encore pire. Le plus étrange de tout cela c’est que le lecteur ne comprend pas pourquoi ce couple plutôt banal bascule soudain dans des fantasmes aussi trash. C’est après que tout se met en place, quand ils retournent chez Robert et Caroline malgré leur étrange comportement (Robert n’a cessé de prendre Colin en photo depuis son arrivée à Venise et donc bien avant leur rencontre).
Je ne dévoilerai pas la fin qui nous plonge dans le macabre et la folie. Malheureusement, l’incroyable perversité du couple Robert-Caroline arrive bien trop tard. Les soixante dernières pages sont à ce sujet captivantes, mais il y en a eu cent cinquante avant qui n’en finissaient pas.  Bien sûr, McEwan travaille l’ambiance et excelle à créer une atmosphère d’ennui, de sexe et d’étouffement. Mais à mon avis, le jeu pervers intervient trop tard pour sauver complètement le livre.

Expérience encore une fois peu concluante sur les premiers écrits de McEwan : je crois que je vais finalement m’en tenir à ses romans les plus récents.

Ce livre a donné lieu à une adaptation cinématographique en 1991 : Etrange séduction de Paul Schrader avec Christopher Walken, Rupert Everett, Natasha Richardson et Helen Mirren.

Un bonheur de rencontre
Ian McEan traduit de l’anglais par Jean-Pierre Carasso
Gallimard (Folio n°3878), 2003
ISBN : 2-07-042161-9 – 216 pages – 4,80 € 

The Comfort of Strangers, parution en Grande-Bretagne : 1981

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Mercredi 2 avril 2008

A cause du titre, je pensais lire un polar en lien avec l’histoire des Magdalènes. Il n’en est rien. Ce roman, sous-titré « Une enquête de Jack Taylor », est en fait un épisode supplémentaire dans la vie de cet ex flic irlandais. Je n’ai pas lu les deux premières enquêtes, mais il en dit suffisamment pour comprendre que ce type a perdu tous ses repères avec ceux qu’il aimait. Tout le livre n’est qu’une lente dérive entre alcool, drogues et cigarettes, avec Galway en personnage secondaire. Quand le truand Bill Cassell demande à Taylor de retrouver Rita Monroe qui a aidé sa mère à sortir du couvent des Magdalènes, l’épisode fait vraiment figure de micro événement. D’ailleurs Taylor s’en soucie si peu que ce n’est même pas lui qui va la retrouver. Il va s’intéresser bien plus à l’affaire qu’un certain Terry Boyle lui met entre les mains : son père aurait été assassiné par sa seconde femme, Kirsten, que Jack trouve vraiment à son goût.    
Pas de doute, le personnage de Jack Taylor est un hommage aux privés américains dans toute leur grandeur : le gars froid, solitaire, porté sur l’alcool et tout ce qui peut lui faire oublier en général, avec un passé aussi lourd que le pays tout entier. Un héros douloureux, dont les errements nocturnes et autres délires éthyliques m’ont quand même un peu lassée…         
Mais Jack Taylor, c’est aussi l’Irlande d’aujourd’hui dans une grande ville où se croisent dealers et touristes. Galway et ses bars louches, ses rues sombres… : merci le développement économique !      
Les Magdalènes sont donc loin des préoccupations de Bruen, qui en profite cependant pour régler leurs comptes à tous les curés irlandais saturés de fanatisme et de bêtise. Frustrée comme je l’étais, je me suis donc tournée vers le film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, et là, vraiment, j’ai été émue par l’histoire de ces filles esclaves de couvents dont le dernier a fermé en 1996, c’est-à-dire hier.

Á l’origine conçus pour des prostitués, ces établissements ont finalement accueilli des femmes jugées immorales par la très catholique Irlande : des filles mères, on s’en doute, mais aussi des filles violées (des victimes donc) et d’autres « moralement en danger », comme la Bernadette
(Nora-Jane Noone) du film qui a pour principal défaut d’être bien trop jolie. La souffrance et la solitude de ces filles sont terribles, rejetées par leur propre famille, elles n’ont personne. Le personnage de Crispina (Eileen Walsh), fille simplette à qui on a enlevé son enfant, est complètement bouleversant, c’est à pleurer et c’est magnifique.

Si je n’ai pas trop aimé le livre de Ken Bruen, c’est surtout parce que j’attendais autre chose, mais vous trouverez un avis quasi dithyrambique chez Yvon


Le martyre des Magdalènes
Ken Bruen traduit de l'anglais par Pierre Bondil
Gallimard (Série Noire), 2006
The Magdalen Martyrs, publication en Irlande : 2003 

par Yspaddaden publié dans : A discuter
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