Dimanche 13 septembre 2009
C’est l’histoire d’un homme mort, Alejandro Bevilacqua. Et d’un autre,
journaliste, qui voudrait savoir qui il a été, Jean-Luc Terradillos. Ce dernier s’adresse donc à différentes personnes qui l’ont connu pour faire son portrait : un ami malgré lui, Alberto
Manguel, une maîtresse, Andrea, un ancien camarade de prison, le Goret, et Tito Gorostiza.
Chacun croit connaître Bevilacqua et pourtant chacun en fait un portrait très différent. Ce que tout le monde sait, c’est qu’il a publié un roman Éloge du
mensonge, qu’il tenait caché mais qu’Andrea a découvert et fait publier à son insu. Alors, écrivain de génie Bevilacqua ? Ce n’est qu’à la lecture des quatre portraits proposés que
Terradillos, et donc le lecteur, sera à même de se faire une idée précise de la personnalité de cet émigré Argentin venu cacher sa vie dans la mère patrie, à savoir
l’Espagne.
Ce roman, composé de chapitres disparates quant au ton puisque les narrateurs sont
différents, se présente comme un roman policier où le lecteur est partie prenante. C’est en effet à lui de composer le portrait de Bevilacqua, de dénouer le vrai du faux en dessinant peu à peu
une image qui pourrait fort bien n’être qu’un pâle reflet.
Pas de doute que Manguel aime jouer avec son lecteur et pour cela, tous les niveaux
sont bons, dans le texte lui-même mais aussi au-delà (Genette serait aux anges !). Dès le départ, on s’amuse assez à lire le texte d’un certain Alberto Manguel qui n’est pas présenté sous
son meilleur jour. D’autres références sont explicites et ancrent le roman dans la réalité (comme les liens entre Bevilacqua et l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas). Puis d’autres achèvent de
troubler le lecteur, comme ce Jean-Luc Terradillos qui signe le texte d’accueil sur le site d’Alberto Manguel.
Jeu de piste, jeu de lettres et malins plaisirs : il se pourrait bien que
Manguel nous signale ainsi que la vie, comme la littérature, n’est que fables et faux semblants et qu’au moment où l’on croit avoir compris, on est encore dans l’erreur. Rien n’est jamais acquis,
ni dans la vie, ni dans les livres.
Ce livre est donc un plaisir pour tout amateur de livres labyrinthiques. J’aurais
été plus enthousiaste encore si ce Bevilacqua, malgré toutes ses faces cachées, avait été un personnage un peu plus passionnant. J’ai admiré la manière dont Manguel emberlificote son lecteur, un
peu moins la tonalité globale du livre axée sur le destin d’intellectuels argentins fuyant la dictature militaire. Buenos Aires, Madrid, Poitiers, trois ports d’attache de ces personnages que je
n’ai finalement pas appréciés plus que ça. Les portraits des personnages secondaires sont trop brefs pour qu’on s’y intéresse vraiment et l’atmosphère de ces villes trop rapidement esquissée pour
qu’on devine la vie qui les habite.
Malgré ma grande admiration pour le Manguel essayiste (Une histoire de la
lecture, Dictionnaire des lieux imaginaires – où j’ai trouvé le pseudo de mon blog), je reste assez mitigée sur ce roman qui pour être brillamment construit, n’a pas la truculence et la
verve sud-américaines que j’attendais.
Tous les hommes sont
menteurs
3
Alberto Manguel traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra
Carrasco
Actes Sud, 2009
ISBN : 978-2-7427-8506-3 – 199 pages – 19 €
Todos los hombres son mentirosos, publication en Espagne :
2008
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