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Mercredi 4 novembre 2009
L'enthousiasme général de la blogosphère pour Jean-Philippe Blondel m'a un jour fait noter ce livre dans ma LAL, tombé dans ma PAL à Noël dernier et que je lis aujourd'hui grâce à une proposition de lecture commune de Bladelor.
Une découverte donc pour moi de cet auteur, peu médiatisé me semble-t-il, mais qui a une voix bien a lui pour traiter des drames du quotidien et de l'intimité.

A l'occasion d'une rencontre furtive, un homme d'une quarantaine d'années voit ressurgir son passé. C'est Fred, un des narrateurs, qui va nous raconter un an de sa vie avec Myriam et Thomas, eux aussi narrateurs tour à tour. On est au milieu des années 80, Fred est pion dans un collège où il rencontre Myriam, prof de dessin. Il est tout de suite séduit par la jeune femme qui semble lui porter attention. Mais Myriam est enceinte de Thomas et même si elle est troublée par le jeune homme, elle n'en est pas moins amoureuse du père de son enfant à venir. On voit se dessiner un triangle amoureux qui va prendre une tournure dramatique puisque le bébé meurt peu après sa naissance.

Je suis malheureusement restée à l'écart de ce livre. Certes, Jean-Philippe Blondel traite avec pudeur d'un thème terrible et fait entrer le lecteur, grâce à ses trois narrateurs, au coeur de la douleur. Ses mots sont sobres, aucun pathos n'est convoqué bien au contraire. Il ne fait pas dans le sentimental mais confie au flot de pensées intimes le soin de nous communiquer l'attente, l'amour, l'ambition, et surtout la douleur. Laurence dans son billet parle de la scène choc du livre et évoque ses propres sentiments au moment de sa lecture parce que cet épisode l'a ramenée à son propre vécu. J'ai tenu mes bébés moi aussi dans mes bras mais à aucun moment je n'ai ressenti la douleur de Myriam en lisant ce texte. Je n'ai pas été bouleversée avec elle, je suis restée spectatrice sans jamais partager ses émotions. C'est je crois parce que cette écriture est trop sage, à la limite de la platitude. Ces personnages manquent de tripes alors qu'on les sent vivants. Ce sont des vies entières qui se jouent dans ces quelques pages et pourtant, je n'ai pas ressenti d'enjeux. Je trouve l'écriture de Blondel trop fade, elle me semble manquer d'envergure face au drame et à la violence qu'elle met en scène.

Par contre, la seconde partie m'a semblé beaucoup plus intéressante, avec ce Fred qui essaie de trouver une place dans ce couple qui a basculé mais veut rester debout, le trouble de tous les protagonistes devant le désir interdit. Je trouve Blondel plus subtil dans l'écriture de l'ambiguïté que dans l'évocation de la tragédie humaine qu'est parfois la vie.

Les avis de Kathel, Amanda, Aifelle, Laure, Cathe, Restling et  Laurence (Biblioblog) ; et Manu, la seule déçue aussi...

Passage du gué
2.5
Jean-Philippe Blondel
Pocket, 2008
ISBN : 978-2-266-17270-7 - 306 pages - 6.90 €


Par Yspaddaden
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Jeudi 29 octobre 2009
J'ai déjà lu ce roman il y a longtemps. La seule chose dont je me souvienne c'est que c'était en septembre 1990 ; le contenu : oublié. Je replonge donc dans ce livre offert par Co lors du swap Saint Valentin, dans le cadre d'une lecture commune avec Lounima et Erzebeth.

Autant dire que je suis assez mitigée. Déçue dans un sens mais intéressée par certains aspects. Déçue parce que tout de même, en entamant la lecture de L'amant de lady Chatterley, on s'attend à un peu de gaudriole, non ? Eh bien sur ce chapitre, il me semble qu'il y a de quoi être déçu(e) car si lady Chatterley s'offre en direct quelques ébats avec son garde-chasse Oliver Mellors, ils sont d'une monotonie à toute épreuve. Il faut dire aussi qu'elle ne met pas beaucoup de coeur à l'ouvrage : "elle restait inerte, les mains posées sur le corps de l'homme en mouvement et, quoi qu'elle fît, son esprit semblait observer la scène, jugeant ridicules les coups de boutoir et grotesque l'acharnement de ce pénis pour aboutir à son petit accès d'éjaculation". Pour un début de liaison, c'est plutôt terne. Parfois il est vrai, elle se sent un peu plus concernée, mais bon, son cher Mellors ne semble connaître que la position du missionnaire, alors on la comprend un peu... Pourtant, à la fin du roman quand le scandale éclate, Mellors est calomnié par sa femme pour sa sexualité débridée... J'en conclus que D.H. Lauwrence s'en est tenu aux passages les plus soft, par crainte de la censure peut-être. Pour conclure clairement ce premier point, je dirais que L'amant de lady Chatterley, ça n'est pas le Kamasutra ! (Qu'est-ce que je vais en avoir des visites via Google !).

Ce qui est bien plus intéressant me semble-t-il, c'est l'aspect social du roman. Il se déroule après la Première Guerre mondiale alors que l'industrialisation n'a pas concrétisé les rêves de tous les Anglais. Les nantis tirent toujours leur épingle du jeu alors que les pauvres, les travailleurs, se tuent dans les mines. Pire, les mineurs qui étaient jadis d'honnêtes travailleurs se tournent vers le communisme ! Le paysage lui-même en est transformé : "Depuis l'arrivée de Connie à Wragby, ce nouveau lieu était apparu sur la terre, et les maisons modèles s'étaient emplies d'une racaille venue de partout pour braconner sur les terres de Clifford, entre autres occupations". Pour Connie, Wragby est ce "grand terrier si triste" où elle dépérit depuis que son mari est revenu infirme de la guerre. L'aristocrate s'est fait écrivain mais il dirige encore sa propriété avec autorité, une façon d'exprimer sa virilité puisqu'il ne peut plus satisfaire sa femme. D'ailleurs, sur ce point précis, il a les idées larges : "A mes yeux, ces petites aventures et ces brèves liaisons dans le cours de notre existence ne comptent pas tellement. Elles s'effacent et qu'en reste-t-il ? Où sont les neiges d'antan ? Seul compte ce qui est durable. Ce qui compte pour moi, dans mon existence, c'est sa continuité, son développement. Mais quelle importance ont les liaisons occasionnelles, surtout les liaisons sexuelles ? Si on ne leur donne pas une importance ridicule, elles passent comme l'accouplement des oiseaux, et c'est bien ainsi. Quelle importance ? Ce qui compte, c'est l'union de toute une vie, c'est vivre ensemble jour après jour, et non pas coucher ensemble une ou deux fois". Il ne s'agit pas là du discours d'un mari volage tentant de consoler sa femme, mais bien d'un aristocrate donnant à sa femme la permission d'avoir des amants. Et si l'un d'eux pouvait la mettre enceinte, ce serait parfait, il aurait un héritier pour Wragby.

Si ce livre a été longtemps censuré en Grande Bretagne et aux États Unis, la pornographie me semble être un prétexte (même si quelques scènes parfois crues pouvaient faire alors hausser les sourcils). C'était beaucoup plus d'une atteinte à la moralité qu'il s'agissait dans ce livre. Une femme qui trompe son époux, avec son consentement et avec un homme d'une classe sociale inférieure, c'est très choquant aux yeux des censeurs puritains. D'ailleurs dans le roman, le père et la soeur de Constance qui font figure de personnes très ouvertes (ils se félicitent qu'elle ait pris un amant qui la satisfasse enfin), sont scandalisés par le fait qu'elle ait choisi un garde-chasse.
Aujourd'hui, il y a me semble-t-il deux manières de lire ce livre (la version "plaisirs solitaires" étant  d'office exclue !), deux lectures qui se complètent : la décadence de l'aristocratie britannique et/ou l'éveil d'une femme à la sensualité.
Il n'en reste pas moins que ma lecture fut assez fastidieuse, alourdie par des scènes de sexe fades qui se répètent, des échanges sur la situation sociale du comté qui reviennent aussi sans cesse et finalement, une certaine monotonie.

Pour finir quand même, un passage que j'ai trouvé très beau :

"Elle apprit tant de choses au cours de cette brève nuit d'été. Elle s'était imaginé qu'une femme en mourrait de honte. Et ce fut la honte qui mourut. La honte, c'est-à-dire la peur ; cette profonde honte organique, cette très ancienne peur physique tapie dans les racines de notre corps, et que seul peut évacuer le feu de la sensualité. Voici qu'enfin elle se trouvait éveillée et mise en déroute par la chasse phallique de l'homme, menant Constance au coeur de sa propre jungle intime. Elle sut désormais qu'elle avait touché le véritable socle de sa nature profonde, et qu'elle était essentiellement impudique. Elle se réalisait dans sa sensualité nue et sans honte. Elle assistait à son triomphe, presque au point de s'en glorifier."

L'amant de lady Chatterley
3
David Herbert Lawrence traduit de l'anglais par Pierre Nordon
LGF (Le Livre de poche n°5830), 2008
ISBN : 978-2-253-05715-4 - 383 pages - 5 €

Lady Chatterley's Lover, publication en Italie (pour cause de censure) : 1928 - en Grande Bretagne : 1960
Par Yspaddaden
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Samedi 24 octobre 2009
J'abandonne ! Après trois cents pages, je jette l'éponge parce que c'est définitif, cette histoire ne m'intéresse pas. Et pourtant, quand j'ai senti que je lâchais l'affaire, j'ai relu tous ces billets dithyrambiques qui m'ont donné très envie de la lire aussi, par exemple chez  Chiffonnette ou Laure et surtout Manu. Mais rien à faire, je n'y arrive pas, d'un jour à l'autre je ne me souviens de rien et je ne trouve aucun élément pour retenir mon attention.

On a au départ trois personnages principaux. La jeune Alma Singer, new yorkaise de quinze ans, qui vit dans le souvenir de son père mort et voudrait que sa mère refasse sa vie. Un vieil homme solitaire d'origine polonaise, Leopold Gursky, qui a jadis aimé une femme dans son pays avant la guerre. Elle est partie aux Etats Unis et quand il l'a rejointe, il était trop tard, elle s'était mariée, le croyant mort. Depuis, il vit dans l'ombre de son fils qu'il n'a jamais pu reconnaître comme tel. Et puis il y a Litvinoff, un écrivain auteur de L'histoire de l'amour, ce livre que la mère d'Alma doit traduire en anglais pour un mystérieux commanditaire. Et l'héroïne de ce roman s'appelle Alma. Et l'auteur de L'histoire de l'amour ne s'appelle pas Litvitoff... ou peut-être que si, je ne le saurai jamais... Quand autour de la page deux cents les différentes narrations s'emmêlent, j'ai repris intérêt à ma lecture, avant de refermer définitivement le livre cent pages plus loin.

Pour Cocola, "c'est un roman très sensible, très triste aussi, mais très beau, incroyable" ; pour Fashion, "il met en scène des personnages extrêmement attachants" ; pour Nanou, "c'est une histoire magnifique sur la mort, le deuil, la Shoah et sur l'amour qui permet de surmonter le malheur". 
Rien de tout ça pour moi, c'est un suprême ennui qui a dominé ma lecture harassante de ce livre.

L'histoire de l'amour
2
Nicole Krauss traduite de l'américain par Bernard Hoepffner
Gallimard (Folio n°4699), 2008
ISBN : 978-2-07-03561-7 - 457 pages - 7,60 €

The History of Love, parution aux Etats Unis : 2005
Par Yspaddaden
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Lundi 19 octobre 2009
De Samuel Benchetrit, j'ai aimé le premier tome de l'autobiographie, les Chroniques de l'asphalte, mais j'ai encore plus aimé le film, J'ai toujours rêvé d'être un gangster. J'ai donc (un peu) tanné Restling qui m'a gentiment prêté son dernier roman.
On y retrouve la même tonalité que dans les Chroniques de l'asphalte puisque le narrateur est aussi un jeune garçon de banlieue qui raconte sa vie, le collège, l'immeuble, les copains. Le style est donc celui d'un gamin, en beaucoup plus poli, bien sûr :
"J'ai le manque facile, c'est un de mes problèmes. ça ressemble à l'imagination. J'imagine des choses aussi vite que les gens me manquent. Par exemle, mon frère Henry me manque souvent. C'est le roi des cons et tout, mais si je suis dans mon lit, et que c'est le soir avant de m'endormir, et qu'il est pas à la maison, et que je décide qu'il me manque, je peux me mettre à chialer."
On se fait à ce style-là, très oral, qui suit par de multiples digressions l'imagination galopante de ce gosse de dix ans.
Du coup, on a affaire à une sorte de petit Nicolas de banlieue. Sauf que le petit Nicolas avait des parents et que Charly ne vit qu'avec sa mère, et parfois son frère. Tout commence quand la police vient arrêter sa Mère pour l'emmener il ne sait où. Il va parcourir la cité à la recherche de son frère qui doit traîner quelque part avec les autres junkies de son espèce.

Plusieurs choses sonnent faux dans ce roman. D'abord, Charly Traoré est noir et ça, jamais il n'en est question dans le livre, sauf une fois pour dire que les Noirs ne préfèrent pas l'été à l'hiver... Ce petit Black a bien de la chance, jamais il ne semble en but au racisme, ni à l'école, ni dans la cité, ni ailleurs. Ce qui m'étonne tout de même... Ensuite, ce gosse est l'enfant dont on rêve tous : il bosse à l'école, il est poli avec les vieux, il adore sa mère. Il a lu Le Petit prince et L'Ile au trésor, apprécie l'oeuvre de Picasso et pique Une saison en enfer à la bibliothèque. Il ne passe pas son temps devant la télé, ni devant Internet. Ce gosse-là, je veux le rencontrer.
On va comprendre que sa mère a été arrêtée par la police parce qu'elle n'a pas de papiers. Elle est employée au noir depuis quinze ans par des gens âgés, ce qui lui permet quand même de faire les magasins pour s'acheter un canapé, d'emmener son fils au cinéma et au restaurant tous les samedis soirs. Ils n'ont pas l'air du tout d'être dans la gêne financièrement, ce qui est tant mieux pour  eux mais difficilement crédible à mes yeux.

Même si les tours sont moches, si les seringues jonchent le pavé et que les sans-papiers sont arrêtés, cette histoire tient plus du conte que de la réalité. Il est gentil ce gosse qui aime tant sa Mère si dévouée, mais le livre est un peu décevant. Quand je lis ici et là que ce livre est un témoignage de la vie dans les cités, je me dis que ces lecteurs-là devraient aller y faire un tour...

Voici la vidéo de la première partie d'une interview de Samuel Benchetrit à la Fnac. Il y déclare que tout ce que les médias renvoient de la vie dans les banlieues c'est rien que des mensonges et que d'ailleurs, il n'y a pas moins de meurtres et de violence en banlieue que dans la 16e arrondissement de Paris. Ah bon...



Sachez que ce livre fait l'objet d'une opération "Satisfait ou remboursé" de la chaîne Virgin. Etonnant... Ils doivent penser que les gens vont aimer, et de fait, je n'arrive pas à trouver d'avis négatifs sur ce livre, donc voici les billets de LVE, Valérie et Restling que je remercie pour le prêt.

Le coeur en dehors
2.5
Samuel Benchetrit
Grasset, 2009
ISBN : 978-2-246-73181-8 - 296 pages - 18 €

Par Yspaddaden
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Vendredi 2 octobre 2009
Je cherche depuis un certain temps la meilleure façon de débuter ce billet, et je tourne autour sans trouver. Au mieux, ça donnerait : c'est l'histoire d'un type qui met cinquante ans à mourir dans un hôtel. Pas très engageant comme tournure et pourtant, c'est bien ça.

Le baron, Sicilien n'ayant jamais quitté son île, est condamné par la mafia à vivre reclus jusqu'à la fin de ses jours dans une suite du Grand Hôtel et des Palmes (je n'ai pas réussi à me faire à ce nom étrange) à Palerme. Alors que peut-il se passer, d'autant plus que durant les dix premières années, il ne sort pas de sa chambre ? Rien, il ne se passe rien, ou si peu : quelques femmes de passage, des rencontres avec des hommes célèbres (dont on ne saura rien), des envies de mort qui n'aboutissent jamais car la vie s'accroche au Baron. Et lui devenu vieux raconte cette vie monotone, un sursaut de passion, puis plus rien, et moi, je m'ennuie... Enfin pas vraiment parce que ce livre n'est pas très long, mais je tourne les pages sans éprouver d'intérêt pour ce personnage dont finalement, on ne sait pas grand-chose.
Sans doute se dégage-t-il de ces pages un certain charme un peu vieillot, une classe vieille école incarnée par cet homme d'un autre temps qui n'a pas suivi la course du monde. Mais je trouve son discours un peu vain.

J'ai par ailleurs apprécié la qualité de fabrication de ce livre, mais quand même, dix-sept euros pour cent quatre-vingt-sept pages, c'est cher...

C'est Leiloona qui a proposé ce livre pour la chaîne qui a su charmer Restling, Blue Grey, Argantel, Emmyne, alors que Yohan est un peu plus réservé.

Palermo solo
2
Philippe Fusaro
La Fosse aux Ours, 2007
ISBN : 978-2-912042-89-7 - 187 pages - 17 €
Par Yspaddaden
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Samedi 19 septembre 2009

Le peintre Michael Boone a connu son heure de gloire il y a quelques années. Mais depuis, le divorce, l'interdiction de voir son fils, la perte de ses meilleures toiles et la prison ont fait de lui un has been sans toit. A sa sortie de prison, malgré son envie de rester à Sydney, le voilà faisant office de gardien d'une propriété d'un de ses plus grands admirateurs (en fait l'amant de son ex-femme), à Bellingen, Nouvelle-Galles-du-Sud, fin fond de l'Australie. Et toujours, définitivement accroché à ses basques, son frère Hugh. Pas banal ce frère, une force de la nature, dont la taille du cerveau est exactement inversement proportionnelle à celle de ses biceps : un simple d'esprit, pas vraiment dangereux mais parfois effrayant.

Quand Marlene débarque chez les Boone, elle n'est pas le moins du monde effrayée. Elle cherche le voisin qui parait-il possède un tableau de Jacques Leibovitz, très célèbre peintre décédé dont elle a épousé le fils. Il va rapidement s'avérer qu'elle connaît toutes les ficelles du monde de l'art, qu'elle plaît à Hugh et que Michael est raide dingue amoureux d'elle. Mais peu de temps après sa visite, le fameux voisin est cambriolé et Michael accusé du vol de la toile de Leibovitz. Il a la police de l'Art sur le dos et un inspecteur tatillon qui lui prend une de ses propres toiles pour expertise, celle qui estime être son dernier chef d'oeuvre. Si Marlene remue ciel et terre pour qu'il la récupère, on se demande bien si c'est vraiment pour les beaux yeux du peintre amoureux...


C'est Mango qui m'a donné envie de lire ce livre dont la quatrième de couverture a achevé de me convaincre : « C'est l'histoire hilarante d'un peintre australien passé de mode et déjanté et de son frère handicapé mental. » Hilarante... je n'irai pas jusque là, même si les récits croisés de Michael et de son frère ne manquent pas d'humour, notamment parce que Hugh y paraît souvent bien plus clairvoyant que son frère dont il souligne les travers avec beaucoup d'à-propos.

Je n'ai cependant pas été totalement séduite par ce livre dont on se sait pas vraiment où il va même si on devine peu à peu qu'une grosse arnaque est en cours sous le regard naïf et admirateur de Michael. Je me suis tout de même ennuyée, aussi bien en Australie qu'à Tokyo et New York. Peut-être faut-il être plus intéressé par l'art que je ne le suis pour apprécier pleinement ce roman. Et puis j'aurais aimé quelques notes de bas de page pour éclaircir certaines allusions australiennes car c'est un pays dont j'ignore tout.

Me voilà donc assez déçue pour ma première incursion dans l'univers de cet auteur qui a déjà reçu deux fois le Booker Price (Oscar et Lucinda, Véritable histoire du gang Kelly).


Haut vol : histoire d'amour

Peter Carey traduit de l'anglais (Australie) par Elisabeth Peelaert

Christian Bourgois, 2007

ISBN : 978-2-267-01903-2 – 357 pages – €


Theft : A Love Story, parution en Australie : 2006

Par Yspaddaden
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Dimanche 13 septembre 2009

C’est l’histoire d’un homme mort, Alejandro Bevilacqua. Et d’un autre, journaliste, qui voudrait savoir qui il a été, Jean-Luc Terradillos. Ce dernier s’adresse donc à différentes personnes qui l’ont connu pour faire son portrait : un ami malgré lui, Alberto Manguel, une maîtresse, Andrea, un ancien camarade de prison, le Goret, et Tito Gorostiza.
Chacun croit connaître Bevilacqua et pourtant chacun en fait un portrait très différent. Ce que tout le monde sait, c’est qu’il a publié un roman Éloge du mensonge, qu’il tenait caché mais qu’Andrea a découvert et fait publier à son insu. Alors, écrivain de génie Bevilacqua ? Ce n’est qu’à la lecture des quatre portraits proposés que Terradillos, et donc le lecteur, sera à même de se faire une idée précise de la personnalité de cet émigré Argentin venu cacher sa vie dans la mère patrie, à savoir l’Espagne.

Ce roman, composé de chapitres disparates quant au ton puisque les narrateurs sont différents, se présente comme un roman policier où le lecteur est partie prenante. C’est en effet à lui de composer le portrait de Bevilacqua, de dénouer le vrai du faux en dessinant peu à peu une image qui pourrait fort bien n’être qu’un pâle reflet.

 

Pas de doute que Manguel aime jouer avec son lecteur et pour cela, tous les niveaux sont bons, dans le texte lui-même mais aussi au-delà (Genette serait aux anges !). Dès le départ, on s’amuse assez à lire le texte d’un certain Alberto Manguel qui n’est pas présenté sous son meilleur jour. D’autres références sont explicites et ancrent le roman dans la réalité (comme les liens entre Bevilacqua et l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas). Puis d’autres achèvent de troubler le lecteur, comme ce Jean-Luc Terradillos qui signe le texte d’accueil sur le site d’Alberto Manguel

Jeu de piste, jeu de lettres et malins plaisirs : il se pourrait bien que Manguel nous signale ainsi que la vie, comme la littérature, n’est que fables et faux semblants et qu’au moment où l’on croit avoir compris, on est encore dans l’erreur. Rien n’est jamais acquis, ni dans la vie, ni dans les livres.

 

Ce livre est donc un plaisir pour tout amateur de livres labyrinthiques. J’aurais été plus enthousiaste encore si ce Bevilacqua, malgré toutes ses faces cachées, avait été un personnage un peu plus passionnant. J’ai admiré la manière dont Manguel emberlificote son lecteur, un peu moins la tonalité globale du livre axée sur le destin d’intellectuels argentins fuyant la dictature militaire. Buenos Aires, Madrid, Poitiers, trois ports d’attache de ces personnages que je n’ai finalement pas appréciés plus que ça. Les portraits des personnages secondaires sont trop brefs pour qu’on s’y intéresse vraiment et l’atmosphère de ces villes trop rapidement esquissée pour qu’on devine la vie qui les habite.

 

Malgré ma grande admiration pour le Manguel essayiste (Une histoire de la lecture, Dictionnaire des lieux imaginaires – où j’ai trouvé le pseudo de mon blog), je reste assez mitigée sur ce roman qui pour être brillamment construit, n’a pas la truculence et la verve sud-américaines que j’attendais.

 

Tous les hommes sont menteurs

3

Alberto Manguel traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco

Actes Sud, 2009

ISBN : 978-2-7427-8506-3 – 199 pages – 19 €

 

Todos los hombres son mentirosos, publication en Espagne : 2008

Par Yspaddaden
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Mardi 8 septembre 2009

Avant même le début de son roman, Gabrielle Wittkop annonce la couleur : « pour la ville des miroirs, une écriture comme faite de miroirs brisés dont chaque fragment offre un nouveau regard sur l'écorce des choses. Cette écorce recèle un noyau, elle est le véhicule qui mène jusqu'à lui, puisque seule la perception permet la compréhension et Condillac eut bien raison de le dire. » Et d'évoquer la peinture de La Tour, Vermeer, Goya ou Tiepolo. Autant dire que pour la plongée dans la Venise du XVIIIe siècle, je m'attendais à une construction savante jonchée de références picturales et intellectuelles. Et j'ai été déçue, cette histoire-là est beaucoup moins brillante que ce que je croyais, bien qu'il soit fort possible que je sois passée à côté de quelque chose...


Malgré un superbe titre, l'intrigue est maigrissime : Alvise Lanzi a enterré quatre femmes en trente ans, toutes mortes dans de longues souffrances qui n'ont pas l'air naturel. Y a-t-il eu meurtres ? Pas d'enquêtes, juste la description de ces femmes, comme autant de pantins et à la fin, la révélation. Une description de Venise telle qu'on se l'imagine : les moeurs légères, voire dépravées, les fêtes, les tractations...


Un maquereau vit d'une nonne professe de soixante-dix-sept ans. Un prêtre badine à la fenêtre avec une catin qui lui donne de grands coups d'éventail sur le nez. Les pauvres trafiquent de leurs enfants en bas âge, par contrat libellé devant notaire. Si l'on ne joue pas sa propre défroque, quitte à rentrer nu, on peut toujours jouer sa femme. Les dossiers de l'Inquisition regorgent d'avertissements et de recommandations pour « débordements juvéniles, violences, séductions, commerces scandaleux, offenses conjugales, dissipations insensées... ». Les denrées sont hors de prix, la misère est extrême.


Gabrielle Wittkop affirme que ses personnages ne sont que des marionnettes, et c'est un fait : ils apparaissent et disparaissent comme sur une scène et sans que le lecteur ne comprenne leur rôle dans cette histoire puisque tout est dans la scène finale, venue tout expliquer. Sauf que cette histoire ne revêt que peu d'intérêt, tous ces gens évoluant trop superficiellement pour que l'on ait envie de savoir vraiment ce qui les motive. Loin dans le temps et dans l'espace, loin sur une scène de théâtre dont ils ignorent le public, masqués ils évoluent, obscurs ils demeurent. Et étrangers aux passions qu'ils sont censés incarner alors qu'une telle époque devrait donner lieu, selon moi, à un bouillonnement de sentiments, de conflits et de vie.


Sérénissime assassinat

2.5

Gabrielle Wittkop

Verticales, 2001

ISBN :2-84235- 020-4 – 121 pages - 11,50 € (existe en poche)


 

Par Yspaddaden
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Mercredi 2 septembre 2009
C'est pour me réconcilier avec Paul Auster après ma triste lecture du Livre des illusions, que j'ai choisi ce livre. Le but n'est pas vraiment atteint sans pour autant que je sois totalement déçue.
Ce roman se présente comme une lettre qu'Anna Blume écrit à un homme qu'elle a aimé. Environ quatre ans auparavant, elle a quitté son pays par bateau pour rejoindre la ville, là où son frère William, journaliste, l'a précédée et dont elle est sans nouvelle. On ne saura jamais où se situe cette ville, c'est de l'intérieur qu'Anna la décrit.

Anna, à peine vingt ans, arrive pleine d'espoir, mais elle se rend vite à l'évidence : elle va devoir apprendre à survivre, à être plus forte que les autres. Les gens doivent se battre pour conserver un logement, pour trouver à manger et de quoi se vêtir. Le vol est la règle, on dépouille même les morts. Elle va rencontrer diverses personnes avec lesquelles elle va vivre et même attendre un enfant.  Mais la misère est partout, les gens dorment dans les rues et les plus beaux idéaux se fracassent contre la sordide réalité.
Les descriptions d'Anna sont d'une tristesse noire et chaque parenthèse de relatif bonheur est suivie de drames.

Il ne s'agit pas d'un roman post apocalyptique, à l'image de La route de Cormac McCarthy par exemple, puisqu'il n'est dit nulle part que la fin du monde a eu lieu. Il s'agit plutôt d'un État totalitaire, complètement fermé dont on ne peut plus sortir une fois entré, un État qui a eu une idéologie, une politique mais qui s'est effondré sous la dictature ; ailleurs, là où vit le correspondant d'Anna par exemple, tout est encore possible. J'ai beaucoup pensé à Cuba en lisant ce livre, mais ce n'est que mon point de vue.

J'ai trouvé ce texte assez long. Il s'apparente au genre de la dystopie (contre utopie) qui a donné lieu à des textes par ailleurs bien plus stimulants. En choisissant de faire de son roman une longue lettre, Paul Auster opte pour la description, sans pratiquement aucun dialogue. Le lecteur n'a donc que les yeux d'Anna pour imaginer la ville ce qui en fait un texte relativement monotone.

L'avis de Keisha, dont c'est le Paul Auster préféré.

Le voyage d'Anna Blume
3
Paul Auster traduit de l'anglais (américain) par Patrick Ferragut
Actes Sud, 1989
ISBN : 2-86869-415-2 - 201 pages - 18 € (existe en poche)

In the Country of Last Things, parution aux États Unis : 1987
Par Yspaddaden
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Lundi 24 août 2009
Ecrivain irlandais, Colum McCann choisit le New York des années 70 comme cadre de son dernier roman. L'Amérique de Nixon, du scandale du Watergate, de l'après Vietnam. Autant dire l'Amérique des perdants, des blessés, des survivants. Pour l'évoquer, McCann brosse quelques portraits, des hommes et des femmes le plus souvent brisés par la vie et dont les destins vont se croiser. Le fil conducteur entre eux, c'est celui tendu par un funambule entre les Twin Towers ; autant dire un fil entre hier et aujourd'hui.

Je n'avais jamais lu de roman de Colum McCann et j'ai été vraiment déçue, au point de ne pas achever ce livre. Le premier portrait qu'il brosse, celui d'un prêtre du Bronx venu d'Irlande pour soulager les plus paumés est le seul qui m'ait un tant soit peu intéressée. Le suivant est celui d'une mère dont le fils est mort au Vietnam. Pour garder la tête hors de l'eau, elle rencontre d'autres mères qui ont perdu un fils, des femmes socialement très en dessous de sa condition. Le style de ce portrait m'a agacée en deux pages, phrases très courtes, nominatives, voire moins :
"Suffit. Assez. Prendre ce plateau. Ne pas tout gâcher. Superbe, le sourire de Gloria. Magnifiques, les fleurs.
On.
Y.
Va"
J'ai beaucoup de mal à lire ce genre de texte.

On rencontre dans le troisième chapitre le couple qui a provoqué un accident dans le premier, d'anciens artistes qui ont brûlé la vie par les deux bouts, détestables, et dont la femme s'humanise en touchant la misère du Bronx.
Puis une deuxième partie qui s'ouvre sur l'interminable entraînement du funambule et continue par le personnage d'un jeune adolescent qui photographie les tags new-yorkais, puis une bande de types, informaticiens qui piratent les réseaux téléphoniques et appellent Manhattan pour se faire raconter la progression du funambule : c'est sans fin...
On passe trop vite d'un personnage à un autre pour les comprendre vraiment, ils restent des inconnus dans un monde qui les broie. Et puis je n'aime pas ce style, je le trouve très lassant. Quand vient le tour de la mère de la prostituée morte dans le premier chapitre, j'abandonne, pages 285 :
"A dix-sept ans, j'avais un corps qu'Adam il aurait largué Eve. Une bombe, que j'étais. De la première bourre, sans déc. Tout à la bonne place. Des jambes d'un kilomètre de long, un cul à prier Dieu. Adam, il aurait dit :
- Eve, je me barre, ma chérie.
Et Jésus, quelque part au ciel, il aurait ajouté :
- Adam, t'as une veine de cocu."
Se mettre dans la peau d'une prostituée noire américaine des années 70 quand on est un écrivain irlandais blanc aujourd'hui n'est pas donné à tout le monde, en tout cas pas à Colum McCann. Cette écriture est trop clinquante, trop outrée et quel que soit le personnage qu'il incarne, je n'adhère pas...

Que cherche Colum McCann ? Faire un portrait de l'Amérique des perdants, des immigrés victimes du système, d'un pays bigarré et cosmopolite bâti sur la peine, l'exploitation, la misère des petites gens ? Je ne sais pas. Pour moi, tout est beaucoup trop démonstratif et systématique. La grande Histoire d'un côté, les destins de la foule de l'autre et juste un funambule pour les relier, autant dire un exploit éphémère au-dessus du vide. Si le funambule arrive à traverser alors peut-être y a-t-il un avenir pour l'Amérique après le Vietnam, après Nixon... S'il fait des pirouettes au-dessus du vide qu'est devenue l'Amérique, c'est qu'il y a un moyen de se moquer du rien, du non sens, des espoirs perdus... Et aujourd'hui que les tours ne sont plus, de quel fol exploit l'Amérique a besoin pour rêver encore... C'est bien tenté, mais c'est raté...

Et que le vaste monde poursuive sa course folle
2
Colum McCann traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre
Belfond, 2009
ISBN : 978-2-7144-4506-3 - 435 pages - 22 €

Let the Great World Spin, publication aux Etats Unis : 2009
Par Yspaddaden
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