Un auteur norvégien ? Pourquoi pas ? Avec un livre drôle, un personnage atypique, une écriture originale : je prends. Oui mais quand un livre drôle ne fait pas rire,
il est vite ennuyeux et c'est bien ce qui s'est passé. Je ne pensais même pas arriver au bout et finalement, j'ai poursuivi jusqu'à la fin l'histoire de bric et de broc de ce type de vingt cinq
ans, un original un peu dérangé qui s'interroge continuellement sur le temps, les gens, la société et le monde. Mais pas de façon générale, non , plutôt dans des petits détails qui n'intéressent
que lui : « pour une raison que j'ignore, je soupçonne que je sais trop de choses sur des choses dont il est stupide de savoir beaucoup de choses. » Les choses qu'il ne comprend pas suscitent en lui des abysses de réflexion, par exemple concernant Internet : « Un lieu qui n'est pas ici mais
partout, et simultanément toujours dans un autre lieu. Et personne parmi nous pour pouvoir s'y trouver, dans cet autre lieu. En tout cas physiquement. » Finalement, son frère l'interroge : « Il demande si j'ai jamais songé penser moins. Je réponds que j'y songe tous les jours, mais que ce n'est pas si
facile. » Vous constaterez qu'on tourne pas mal en rond...
Pourtant parfois, quand il en a marre de penser, le narrateur a de saines occupations, il frappe dans sa balle : « Ces jours derniers, je n'ai guère fait autre chose que frapper. J'ai frappé du matin au soir. C'est une activité d'une immense monotonie qui me remplit de joie. Les pensées s'arrêtent. Je suis débordant de reconnaissance envers Brio [la marque du ballon] » : passionnant, non ?
On aura deviné que ce jeune homme, inoccupé, agoraphobe, enculeur de mouches est atteint de troubles obsessionnels compulsifs et que ses petites manies sont la base de l'humour d'Erlend Loe. Sauf que moi, il m'ennuie. Autre manie qu'il a par exemple : faire des listes. La liste de ce qu'il possède et de ce qu'il ne possède pas, celle des choses qui l'enthousiasmaient quand il était enfant, des animaux qu'il a vus, de ce qu'il trouve grand et long à New York. C'est lassant plutôt que drôle.
Je reconnais volontiers une grande originalité de style à l'auteur, tant dans le flux de pensée de son héros que dans les collages non littéraires dont le roman est parsemé, mais bon, impossible de me prendre au jeu.
Cuné non plus n'a pas trouvé ça très drôle,
alors que Papillon et Allie ont été plus sensibles au charme naïf de ce personnage
atypique.
On notera que ce livre a reçu le 3ème Prix européen des jeunes lecteurs
Naïf. Super.
Erlend Loe traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
10/18, mars 2005
ISBN : 2-264-03843-8 – 263 pages - 7,90 €
Naiv. Super, publication en Norvège : 1996
Jusqu'à présent, je n'avais passé que de bons moments avec Arto Paasilinna : Le fils du dieu de l'orage, La douce empoisonneuse, Petits suicides entre amis, de très bons
moments d'humour souvent grinçant et de dépaysement garanti. Et me voilà déçue pour la première fois avec ce roman qui est pourtant son plus connu.
Il va falloir que je prenne
des gants pour ce billet, je le sens, car Paul Auster est un écrivain sacré pour bien des blogueurs (peut-être plutôt des blogueuses…).
Et si Emma Bovary,
avant de mourir, avait murmuré à l'oreille de son médecin : « Assassinée, pas suicidée
Grey est une jeune femme bizarre, différente. Le lecteur apprend à la découvrir très
progressivement aussi ne faut-il pas trop en dire sur son compte. Disons qu'elle a été élevée dans un cercle très fermé (pas d'école, pas d'ami) qui ne lui a pas permis de discerner le bien du
mal. On sait qu'elle a très jeune été enfermée dans un hôpital, peut-être un asile, sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'il est question d'automutilation. Au début du roman, elle
débarque à Tokyo dans l'intention de rencontrer Shi Chongming, professeur d'université spécialisé dans la médecine chinoise, jadis linguiste. Elle veut absolument voir un film qu'il est le seul à
détenir, montrant les atrocités commises par les soldats japonais lors de la prise de Nankin, alors capitale chinoise, en 1937. Elle a vendu tout ce qu'elle avait en Angleterre pour venir au
Japon voir ce film qui l'obsède, sans que le lecteur sache pourquoi. Mais l'universitaire la chasse et la voilà errant dans Tokyo, puis accueillie par un jeune Américain, Jason, qui lui trouve un
emploi d'hôtesse dans un club pour hommes : « allumer les cigarettes, verser du whisky, veiller à ce que les hommes ne soient jamais à court d'amuse-gueule, et les distraire. Pas de
sexe. Rien que de la conversation et de petites flatteries. » Le club est fréquenté par des yakuzas impitoyables, dont un certain Fuyuki, vieillard sans âge chaperonné par une
inquiétante nurse. Sous prétexte de médecine chinoise, Shi Chongming promet à Grey de lui montrer son film si elle parvient à voler à Fuyuki son secret de longévité.

Ayant bien apprécié
Délire d’amour et Expiation de Ian McEwan, j’ai décidé de « remonter » son œuvre. 

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