C’est Amanda qui m’a donné envie de lire ce livre, bien contre son gré puisqu’elle ne l’a pas apprécié. Mais que voulez-vous, je suis comme ça, je me laisse
parfois tenter par des choses un peu à part. Car on peut dire que ce livre ne peut laisser indifférent tant il est évidemment provocateur, violent et sexuel.
Marie, trente-cinq ans a un amant, Eli, homme marié et père de famille, intellectuel brillant. L’amour qu’elle lui porte lui a ôté toute volonté au point de faire ce tout qu’il veut et d’anéantir sa raison : elle est sa chose, soumise et aimante. Marie découvre un jour qu’Elie a une autre maîtresse et décide de le tuer, sans pour autant cesser de l’aimer. Elle choisit de l’empoisonner peu à peu au trioxyde en lui confectionnant d’exquis petits plats. De dorade en petits pains, de tartare de saumon en épaule d’agneau, lentement Eli s’empoisonne.
La passion jusqu’à la folie, la jouissance dans la violence, Tiffany Tavernier n’y va pas de main morte avec les scènes de sexe explicites, à deux ou en solitaire. Mais difficile de ne pas nommer ce dont on parle : la passion annihilante, l’amour destructeur, le sexe comme unique moteur d’une relation. Car Marie n’a que le sexe pour retenir Eli, il ne vient que pour ça et elle n’a pas d’autres moyens pour le retenir que d’accepter tous ses fantasmes. Une fois Eli parti, elle est seule avec son amour.
On pourra, comme Amanda, trouver ça malsain, je trouve ça plutôt émouvant. Cruel, extrême, mais émouvant. Perdre la raison par amour c’est être faible, fragile, perdu et quelque part, pitoyable. Car cette femme ne s’appartient plus, elle appartient pleinement et entièrement à l’amour qui la dévore, la pousse ailleurs, loin d’elle-même, des autres femmes (lectrices que nous sommes), et enfin de la société toute entière en commettant un meurtre.
Le style très froid de Tiffany Tavernier colle très bien au propos, même s’il n’est pas toujours fluide car plombé de répétitions, de phrases courtes et de dialogues mal tournés. La description de Marie tout à ses recettes est de beaucoup plus convaincante, variée, précise, détaillée : on croirait sentir l’odeur des petits plats qu’elle confectionne avec amour et trioxyde…
C’est émotionnellement violent, sexuellement très explicite et certainement dérangeant . Mettre en lumière ce que l’on préfèrerait garder dans l’ombre, ce dont on préfèrerait ne pas entendre parler est toujours un exercice difficile, réussi ici, et qui peut ne pas soulever l’enthousiasme.
Comme moi, Cuné a aimé.
Á table !
Tiffany Tavernier
Seuil, 2008
ISBN : 978.2.02.097703.6 – 138 pages – 14,50 €
Pour un premier swap, vraiment, ce
fut un coup de maître. C'est en effet avec le plus grand plaisir que je me suis plongée dans ce roman de Théophile Gautier qui, même si après lecture, ne peut être qualifié de roman de cape et
d'épée, m'a permis de retrouver les joies et plaisirs d'une magnifique langue française.
Lorsque Maria rencontre Eva pour la première fois, le coup de foudre est immédiat : elle tombe instantanément amoureuse de cette jeune femme magnifique qui se révèlera très
énigmatique. Premier mystère : serait-elle, par miracle, elle aussi homosexuelle ? Malheureusement non, la belle Madrilène a même un fiancé, le beau Carlos auquel elle envoie des cartes
lors de leur séjour forcé à Rome puis leurs vacances en amoureuses à Venise. Car malgré ses pratiques hétérosexuelles, Eva tombe sous le charme de Maria le jour même de leur rencontre et ainsi
débute une relation que le lecteur suit du point de vue de Maria, la lesbienne affirmée et bien dans sa peau mais asservie par la toute fraîche Eva qui tourbillonne, fanfaronne et brise les
cœurs. Qui est-elle ? Que fait-elle quand elle n’est pas avec Maria ? Veut-elle vraiment rompre avec son fiancé pour ne se consacrer plus qu’à son nouvel amour ? Eperdument
amoureuse, Maria va découvrir des sentiments nouveaux, en particulier la jalousie, pour arriver à comprendre enfin qui est cette étrange et envoûtante jeune femme.
Ce livre m’a été envoyé dans le cadre de l’opération Masse critique : merci à
Voici un livre bien difficile
à présenter tant il est tout en suggestions et impressions. Il n’y a guère d’histoire à proprement parler, mais l’évocation d’une adolescence en Indochine dans les années 30. Et des bribes
familiales, extrêmement noires : « Jamais bonjour, bonsoir, bonne année. Jamais merci. Jamais parler. Jamais besoin de parler. Tout reste, muet,
loin. C’est une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès aucun. Chaque jour nous essayons de nous tuer, de tuer. Non seulement on ne se parle pas mais on ne se regarde
pas. » A l’origine, une mère autoritaire, exigeante, sans amour pour sa fille et aveuglément dévouée au fils aîné, un bon à rien dévoré d’opium. Et la misère aussi, le malheur d’avoir
tout perdu dans les colonies après la mort du père, sauf la fierté d’être Français.
si le livre de Marguerite Duras est centré sur cette famille si dure fondée sur la haine mutuelle, le film
de Jean-Jacques Annaud (1992), que j’ai eu envie de voir après cette lecture, se concentre sur l’histoire d’amour entre la jeune fille et le beau, très beau Chinois (Tony Leung Ka Fai). Annaud
avait envie de filmer des corps dans la moiteur asiatique et il ne s’en est pas privé. Son film est une grande réussite esthétique : les images sont magnifiques, les corps sculptés, cernés
par la caméra qui nous restitue avec charme leur langueur. Tout est appel aux sens dans ce film : le bruit, les couleurs et la sensualité.




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