Mardi 1 avril 2008

Voici mon premier Tag, qui parle des premières fois, il me vient de Pom :  

Premier job :  j'étais monitrice dans une colonie de vacances du côté de Pornic. J'ai attrapé une pleurésie. Que des mauvais souvenirs ;

Première voiture : c'était ce qu'on appelle une caisse, une Lada rouge, tout en angles ;

Première page de scrap/ page Web : scrap renvoie, je pense, à travaux manuels... et je ne sais rien faire de mes dix doigts, ni dessiner, ni cuisiner, ni coudre un bouton... Alors si je cherche une de mes dernières réalisations personnelles, hormis ce blog, c'est la photo numérique qui me vient. Celle-ci représente Fudge, un an (et toutes ses dents). C'était la deuxième fois que j'appuyais sur le bouton d'un appareil photo numérique (la première fois, on ne voyait que mes chaussons, ça ne vaut vraiment pas le coup...). Ça m'a coûté dix minutes à attendre que mademoiselle se réveille et baille...


Premier voyage : qui dit "voyage" dit étranger... Si l'on exclue les vacances familiales et les voyages scolaires, mon premier voyage à l'étranger a eu pour destination l'Angleterre. J'adore ce pays, cette langue, les Anglais, leur musique, leurs livres, et même leur cuisine quand je suis bien lunée. Leur météo un peu moins, mais bon, c'est compris avec ;

Premier baiser :

Away with your fictions of flimsy romance,
Those tissues of falsehood which Folly has wove;
Give me the mild beam of the soul-breathing glance,
Or the rapture which dwells on the first kiss of love
.

Lord Byron, First kiss of love, 1806

L'implacable règlement de ce tag précise que je dois à mon tour taguer six personnes. Ce sera : Saxaoul, Sylire, Karine, Emmyne, Allie et Cuné

 

par Yspaddaden publié dans : Le blog et la blogueuse
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Lundi 31 mars 2008

McCormack.jpg

Quel étrange livre que celui-là. J’avoue que j’aurais abandonné s’il ne faisait partie de mon Challenge 2008

Une femme, Rachel Vanderlinden a un jour ouvert sa porte à un homme qui prétendait être son mari. Bien entendu, elle sait qu’il n’en est rien mais le fait entrer et fait comme si. Ils vont vivre trois ans ensemble, avoir un enfant (Thomas), avant qu’il ne se fasse tuer en Europe, durant la Première Guerre Mondiale. Jamais durant ces années de vie commune Rachel n’a demandé à cet homme qui il était réellement. Á l’article de la mort, elle avoue à son fils que son mari n’était pas son père (ou que son père n’était pas le vrai Rowland Vanderlinden, c’est pareil) et lui demande cependant de le retrouver pour qu’elle sache ce qu’il est devenu et surtout pour savoir qui était l’inconnu qui a pris sa place. Mais Raoul Vanderlinden était anthropologue et il est parti vivre loin, très loin du Canada. Pour Thomas, un long voyage commence qui va le mener jusque l’archipel des Motamuas, quelque part dans le Pacifique.

Cette histoire est le récit principal, qui nous est conté par un narrateur écrivain qui n’est autre que le voisin de Thomas Vanderlinden devenu vieux qui lui raconte son périple. Il a rencontré quantité de gens qui lui ont raconté quantité d’histoires qui allongent à n’en plus finir celui de la quête du non père… je ne sais pas si je suis claire. Bref, il faut en arriver à la page 257 pour savoir ne serait-ce que le nom de celui qui s’est jadis présenté à la porte de Rachel en se faisant appeler Rowland Vanderlinden. C’est un peu long… et l’auteur s’en amuse quand il fait dire à Thomas : « Je mets tellement de temps à les réunir [Rachel et l’inconnu] que vous devez vous dire que je ne veux pas qu’ils se retrouvent. Je ne m’amuse pas à préserver le suspense. C’est juste que dans la vie, comme dans les livres, il faut passer par un certain nombre de préliminaires avant que les personnages se rencontrent. Alors encore un peu de patience…. » Je crois ne pas en avoir eu assez…

Alors bien sûr, on peut se laisser prendre aux différents portraits évoqués dans ce périple, aux multiples paysages, peuplades et aventures de ces innombrables protagonistes qui n’ont pas tous, loin de là, à voir avec l’histoire principale. Certaines m’ont charmée, comme celle du ver de Guinée que je vous rapporte : « C’est un parasite qu’il a dans le corps. Un ver – un ver de Guinée […]. Ils grandissent à l’intérieur de leur victime jusqu’à atteindre un mètre vingt, environ. Parfois, ils transpercent la peau et pointent la tête dehors. Si on réussit à les entourer autour d’une brindille, ils ne peuvent plus se retirer. Mais il faut de la patience. Á chaque fois que la tension se relâche, il faut tourner un peu, puis encore un peu. C’est le même principe que pour remonter un poisson avec une ligne qui n’est pas très solide. Si on tire trop fort, le ver casse et c’est fichu. Il reste à l’intérieur et continue de grandir. On peut mettre des semaines voire des années à l’extraire. Il arrive qu’au moment même où un ver est presque sorti, un autre montre le bout de son nez. Il y a des gens qui passent toute leur vie à essayer de s’en débarrasser. » Appétissant, vraiment, et très représentatif des coutumes incroyables dont le narrateur parsème ça et là son récit.

Mais pour quelques histoires aussi succulentes que celle-ci, beaucoup trop de longueurs à mon goût.

D’autres que moi ont cependant succombé à l’invitation au voyage, par exemple  Jules –  Papillon Gaducha

 

L’épouse hollandaise

Eric McCormack traduit de l’anglais par Sabine Porte

Le Seuil (Points n°P1658), 2007 – Edition originale : Christian Bourgois, 2005

ISBN : 978-2-7578-0141-3 - 331 pages - 7 € 

 

The Dutch Wife, parution au Canada : 2002

par Yspaddaden publié dans : A discuter
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Samedi 29 mars 2008
Janicot.jpg

Je n’arrive pas encore à savoir si je dois passer ce livre par la fenêtre ou le mettre à la poubelle…

C’est Clarabel qui m’a donné envie de me plonger dans ces 100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner. Car il a tout pour plaire ce livre qui en cache cent autres, comme si je n’avais rien à lire…

Quel que soit votre mal, Stéphanie Janicot a un remède : Sa Majesté des Mouches à celle qui pense qu’elle élève mal ses enfants (sous entendu : il y a bien pire), Le comte de Monte Cristo à tous ceux qui rêvent de vengeance et Bartleby aux fainéants congénitaux qui n’arrivent pas à se lever le matin. Et vous, Caliméro en puissance qui « croyez que quand un pigeon s’oublie, c’est forcément sur votre crâne, que si quelqu’un doit se ramasser sur une peau de banane, ce sera forcément vous », eh bien lisez  Le cercle du karma de Kunzang Choden, car le docteur Janicot a lu autre chose que les classiques.

Voilà, je parcours, je vais d’un chapitre à l’autre, je rigole bien. Et puis je tombe sur « Index des livres cités », le numéro douze étant Lolita d’Ivan Nabokov… Je vais voir à la page en question et je constate que l’immense Vladimir y est toujours prénommé Ivan et j’en conclus que Stéphanie Janicot ne connaît pas le prénom de Nabokov. Bon, ben tant pis, on ne peut pas connaître plus de cent livres et le prénom de leurs auteurs respectifs… Et puis je me souviens de la remarque de Clarabel, que je cite "Le personnage fétiche de Jane Austen (p.80) ne se prénomme pas Marc, mais Fitzwilliam Darcy". Bon, bon, bon... deux coquilles, ça commence à faire beaucoup et à semer le doute sur le reste. Je continue cependant parce que je me dis qu'on ne peut pas connaître plus de cent livres et le prénom de leurs héros respectifs…

C’est donc le sourire un peu moins rayonnant que j’entame le chapitre intitulé « J’ai abandonné mon enfant ». Je cite : « Vous êtes dans cette douloureuse situation de n’avoir pu élever vous-même votre enfant. Vous l’avez donc laissé entre les mains de son père, ou bien vous l’avez fait naître sous X, enfin peu importe : le résultat est que vous n’avez pas vu votre enfant grandir et que cela vous est une source de grande souffrance ». Quelqu’un peut-il me dire s’il faut rire ou pleurer ? Je n’ose même pas commenter le fait que dans un tel cas, madame Janicot conseille de lire Dalva de Jim Harrison…

Et ce n’est pas fini ! J’arrive, consternée, au chapitre intitulé « J’ai été violée » : « Vous avez été victime d’un acte de barbarie, agressée, violentée, ou pire violée. Les mots vous manquent pour en parler. En y pensant, vous en tremblez encore. Vous tentez de banaliser votre mal, de minimiser votre peur, votre traumatisme. Peut-être même vous sentez-vous coupable de ce qui est arrivé. C’est courant ». Si vous voulez savoir ce que le « docteur » Janicot préconise dans ce cas-là, allez-y voir vous-même parce que moi, ça me dégoutte. Sachez au moins, que si vous avez été victime d’inceste, c’est le roman de Christine Angot du même nom qui vous est conseillé...

Il y a ici un mélange de registres qui dépasse ma compréhension. On peut certes s’amuser d’histoires de maris trompés, de patrons trop collants ou même de la dépressionnite aiguë ambiante. Mais madame de Rênal n’existe pas et Amélie Nothomb a choisi de raconter ses déboires nippons sur le mode humoristique et sa vie lui appartient. Comment peut-on mettre sur le même plan la réalité la plus sordide et la fiction ?

À la question « Peut-on rire de tout ? » je réponds non, bien que je pense que le propos ici n’est pas de faire rire, enfin j’espère… Mais alors quoi ?

Stéphanie Janicot se livre à un jeu littéraire très amusant, plaisant même. On a envie de jouer aussi, d’ajouter un titre ou deux à la liste déjà longue. Mais pour moi, elle n’a pas su rester dans les limites du jeu, elle est allée trop loin. Mais bon sang, croit-elle vraiment que la lecture d'un livre, aussi bon soit-il, peut-être d’un quelconque réconfort à une femme qui a accouché sous X ?

 

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner

Stéphanie Janicot

Albin Michel, 2008

ISBN : 978-2-226-18081-0 – 226 pages – 15 €


par Yspaddaden publié dans : A discuter
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Vendredi 28 mars 2008

chasseurs-de-dragons-affiche.jpgZoé est une petite fille qui lit beaucoup. Son héros préféré : le chevalier gothique qui n’a peur de rien et surtout pas des dragons. Leur cri de guerre à tous deux : « Je ne te crains pas gros moche, mon cœur est pur comme de l’eau d’roche ! » Oui, mais le monde de Zoé part en chaussette : ses parents sont morts du choléra, elle a été recueillie par son très vieil oncle aveugle et méchant qui a perdu tous ses chevaliers à la chasse aux dragons. Et à présent que l’heure du réveil du dragon Bouffe Monde est éminente, qui va sauver le monde, hein ? Il se lamente le vieux dans sa forteresse : « Où sont mes gens, ma garde, mes joueurs de fifre ? », mais il n’y a plus personne. Ou presque.
Parce que non loin de là se battent Lian-Chu et Gwizdo, « deux gueux mal dégrossis ». Enfin, c’est plutôt Lian-Chu qui se bat et Gwizdo qui le regarde faire, l’encourage, et essaie de récolter des sous en arnaquant les paysans, pour de très piètres résultats. Quand ils apprennent qu’un vieux très riche est prêt à payer cher pour être débarrassé du dragon Bouffe Monde avant son réveil, ils n’hésitent pas, ils foncent. Ils la sentent bien leur bicoque tranquille au bord de l’eau qu’ils rêvent de s’acheter depuis toujours, depuis qu’ils ont grandi ensemble à l’orphelinat du havre des orphelins.

Bon évidemment, quand ils apprennent qu’ils vont devoir se rendre à l’ouest, au-delà de la fin du monde, leur enthousiasme en prend un coup. Mais bon, si l’un a du bagout, l’autre a de l’honnêteté et un besoin pressant de crédibilité. Les voilà partis avec Zoé et leur drôle de chien Hector, à la chasse au dragon.


Et on ne s’ennuie pas une minute, croyez-moi. D’abord parce que tous ces personnages sont épatants, drôles et convaincants. Lian-Chu avec son torse d’haltérophile et ses jambes épaisses comme des allumettes, Gwizdo qui voudrait jouer les chefs, Zoé qui n’arrête pas de parler. Ces deux-là commencent par ne pas se supporter (« Et si on l’abandonnait dans la forêt, hein, la chasse aux  dragons, c’est par pour les p’tites filles »), mais Zoé ne manque pas d’humour et n’est pas prête à se laisser faire sans ruser. Les réparties entre eux font mouche. Drôle également le bizarre chien Hector, qui la ramène tout le temps, les moutons et la philosophie même de l’histoire. Tout cela ne se prend pas vraiment au sérieux, en témoignent les lapins bleus qui flottent à la fin dans le décor et l’arme fatale de Lian-Chu, qui n’est autre que… mais chut, c’est sa botte secrète ! J’aime bien cet humour qui fait rire tout simplement grâce au comique de situation, aux personnages (l’occupation préférée du gros balèze est le tricot…) et aux réparties  rigolotes.


Et en plus d’être drôle, ce film est beau. Les décors sont tout simplement magnifiquement oniriques : des tours, des chapiteaux, des pilastres, des cathédrales entières errent dans l’espace à la dérive. Le grand chemin vers l’ouest évoque la grande muraille de Chine, entourée de brume et de végétation improbable. C’est un monde en décomposition où l’on ne croise plus que des chevaliers fous et des créatures effrayantes. Créatures qui ne sont  d’ailleurs pas en reste côté animation réussie, comme la nuée rouge de chauves-souris tueuses qui s’agrègent pour former un monstre vraiment affreux et méchant.

Renseignements pris ensuite sur le Net, j’apprends que ce film s’inspire d’un dessin animé diffusé sur France 3 (connais pas, j’ai pas la télé), déjà adapté en BD chez Delcourt sur scénario de Laurent Turner et dessin de Matthieu Venant. Je connaissais cette BD, très drôle d’ailleurs, mais dont le graphisme n’arrive pas à la cheville du film.

Vous trouverez ici une excellente analyse de ce film et ici  le site du film


Vraiment, si vous avez une heure vingt devant vous, allez-y, c’est épatant !

 

Chasseurs de dragons, Guillaume Ivernel & Arthur Qwak (2008)

Avec les voix de Patrick Timsit, Vincent Lindon, Marie Drion

Durée : 1h 22 – Sortie : 26 mars 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Mercredi 26 mars 2008

Faulks.jpgMême quand on lit beaucoup, il est tout de même assez rare d’avoir l’impression de tenir entre les mains un grand livre. Cette impression ne m’a pas quittée durant la lecture de cet imposant roman qui retrace l’histoire de deux hommes qui veulent découvrir les secrets du cerveau pour soigner les malades mentaux, au tournant des XIXème et XXème siècles.


Tout commence en 1880 sur une plage de Deauville : Thomas, l’Anglais, rencontre Jacques, le Français. Ils discutent tous deux et se rendent rapidement compte qu’ils ont le même objectif : s’occuper des malades mentaux pour « établir de manière irréfutable la manière dont fonctionne l’esprit humain ». Si tous deux se passionnent pour le cerveau humain, ils prennent des voies différentes : alors que Thomas choisit après ses études de médecine de commencer à travailler dans ce que l’on appelait alors un asile d’aliénés dans lequel on se contente de surveiller et où pratiquement aucun médicament n’est prescrit, Jacques suit les cours du professeur Charcot à la Salpetrière. Alors qu’à l’époque, « la plupart des étudiants achevaient leurs études à l’Ecole de médecine en quatre ou cinq ans sans avoir jamais mis les pieds dans une salle d’hôpital », Jacques dissèque les cadavres.

Forts de leurs diverses expériences, les deux hommes se retrouvent à trente ans et partent ensemble ouvrir la clinique de leurs rêves en Carinthie, près de Vienne. Jacques a épousé Sonia, la sœur de Thomas et tous trois fondent leurs espoirs sur le « Scloss Seeblick » pour comprendre les méandres du cerveau. Pourtant, les raisonnements des deux hommes ne tardent pas à emprunter des voies différentes. Thomas ne jure que par Darwin et sa théorie de l’évolution. Il cherche les germes de la folie dans ses lamelles histologiques car pour lui, les troubles nerveux dont souffrent ses patients font suite à des lésions organiques. Pour Jacques au contraire, le corps rend compte des dérèglements de l’esprit. Il met sur pied une théorie qu’il nomme résolution psychomatique ou psychophysique alors que du côté de Vienne, un groupe de médecins élabore des théories tout à fait révolutionnaires en matière de traitement des troubles nerveux.

Le mot de psychanalyse n’apparaît cependant pas avant la page 386 et le nom de Freud ne sera jamais prononcé.


C’est dire si l’intérêt du roman tient aux parcours des deux médecins qu’une même passion va éloigner. L’histoire progresse il est vrai lentement, au gré des expériences souvent fortes des deux amis et de l’évolution de leur vie personnelle qui joue également un rôle important dans ce roman puisqu’elle tient quasiment lieu d’intrigue dans ce roman historique qui a pour trame la recherche médicale. Les personnages sont très précisément campés. Par exemple, il est clair que Jacques s’est engagé dans le soin aux malades mentaux car son propre frère Olivier a lentement sombré dans la folie. Devenu médecin, il n’aura de cesse d’essayer de guérir son frère et non de simplement le faire vivre dans de meilleures conditions, comme s’efforçaient alors de le faire les bons aliénistes.  On suit également avec force détails l’échec du premier mariage de Sonia car il permet au lecteur de comprendre son attitude face aux recherches de son second mari. La femme de Thomas vient naturellement prendre sa place dans ce paysage familial mais non sans heurts : elle fut la première et malheureuse expérience de Jacques en matière de résolution psychophysique, ou d’interprétation des symptômes physiques  par les traumatismes de sa vie passée.


Je me suis toujours intéressée à la psychanalyse, à son émergence et aux romans qui mettent en scène des fous car les méandres du cerveau humain sont passionnants. Thomas et Jacques sont, à leur manière, des aventuriers, des pionniers d’une science balbutiante et risquée. Il est captivant de voir comment chacun avance, qui dans les pas de Darwin, qui dans ceux de Charcot, et comment à force d’échecs et d’erreurs se construit cette branche passionnante de la médecine qui se fonde sur l’homme et non sur les médicaments. Passionnante également l’opposition farouche d’une grande partie du corps médical devant ce qu’il prend pour une inquisition indécente des malades, ou pire, un jeu obscène cherchant à forcer l’intimité.


On pourra certainement trouver des longueurs à cet imposant roman. Par exemple, on y apprend dans le détail ce que mange un patient qui suit une cure de repos, le fonctionnement du funiculaire de la seconde clinique ouverte par les deux associés, le déroulement d’une craniotomie (attention aux âmes sensibles !) ou d’une autopsie (idem). Pour ma part j’ai dévoré avec enthousiasme et sans une once d’ennui ces six cents pages pour quarante ans de vies extrêmement stimulantes. Il se lit comme un roman d’aventure scientifique sur les pas d’Esquirol, de Charcot, en un temps où l’on s’interroge sur les soins (chirurgicaux ou médicaux) à donner aux maladies psychiatriques, les seules pour lesquelles la médecine est impuissante. « Mais je suis convaincu [déclare Jacques] que nous sommes sur le point de résoudre cette question, et qu’une fois cela accompli, nous pourrons expliquer l’ensemble du comportement humain d’une manière radicalement nouvelle. Il n’y a jamais eu jusqu’ici une période plus stimulante dans l’histoire de la science et de la connaissance humaine. »
Cette grande période attendait son grand livre : le voilà !


Et en plus, c'était ma lettre F au Challenge ABC 2008 : quelle chance !
 

Pour un interview de l’auteur (qui ne va pas tarder à être mondialement connu car il a écrit la suite des aventures de James Bond, à paraître en France en mai 2008)   


L'Empreinte de l'homme
Sebastian Faulks traduit de l'anglais par Pierre Ménard
Flammarion, 2008-03-24

ISBN : 978-2-0806-9034-0 – 602 pages – 23 €

 

Human Traces, parution en Grande-Bretagne : 2005

 

par Yspaddaden publié dans : Indispensables
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Lundi 24 mars 2008

besson.jpgUn homme, Thomas Sheppard, rentre chez lui après cinq ans de prison. Il a été condamné pour ne pas avoir pu sauver son fils de huit ans mort en mer lors d’une sortie en bateau. Sa maison est vide, les habitants le regardent de travers, lui envoient des lettres anonymes, et lui se souvient. Grâce à Rajik, le Pakistanais, lui aussi étranger au village, puis à Betty la petite vendeuse, il se remémore sa vie de couple (un lent naufrage), la sortie en mer, le procès puis sa vie en prison. Et peu à peu, le lecteur en apprend plus : l’enfant n’était pas son fils, il le savait mais n’a jamais rien demandé à sa femme ; il a jadis souhaité la mort de l’enfant qui n’est pas mort en tombant à l’eau comme il l’a toujours affirmé ; il a rencontré quelqu’un en prison.

Ce livre devrait être émouvant, mais je sors de cette lecture plus agacée qu’émue. Dès les premières lignes, je m’étonne : pourquoi Philippe Besson a-t-il ressenti le besoin d’implanter son histoire en Cornouailles ? Il est aussi Anglais que moi, ça se sent tout de suite et la Bretagne aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ou même la Corse. Mais vraiment pas la Cornouailles, vraiment pas. Moi qui y suis allée, je n’ai rien retrouvé dans ce livre qui me rappelle la magnificence des paysages, l’odeur de la mer et de l’arrière-pays, la gentillesse des gens et les mouettes, mazette, les mouettes ! Et bien  sûr, l’indispensable touche british, totalement absente ici. Un peu de vent, la pluie et les bateaux, un ferry qui croise au loin, et voilà la Cornouailles. C’est ce qu’on appelle faire couleur locale…

Donc, ça commençait mal… J’ai alors essayé de m’intéresser à la psychologie du narrateur, à son histoire, puisque c’est ce qui importe dans ce roman, l’intrigue étant inexistante. Qui est vraiment cet homme ? A-t-il tué le gosse ? Prémédité sa mort ? Eh bien, je suis restée indifférente du début à la fin, car ce type est froid, sans profondeur malgré tous les efforts de l’auteur. Celui-ci nous agite sous le nez la part sombre de Thomas Sheppard, son côté inavouable qui devrait faire de lui un héros maudit et ambigu « Un jour, cela a été clair, d’une incroyable clarté : quelqu’un devait mourir. Par la mort, nous serions enfin en mesure d’en finir ».

Il aimerait bien Philippe Besson que l’on entre dans l’intimité de cet homme, qui ne reste qu’un personnage tant ses grosses ficelles font grincer la machine : le monologue intérieur me fatigue, toutes ces virgules pour imiter le flot de la pensée, ces phrases courtes et vides, parfois moches, me donnent le tournis. Exemple de phrase moche : « Du coup, je suis séduit que Betty s’entête à faire comme si elle n’entendait rien et à me rendre ma monnaie sans s’occuper du sang qui sèche sur mes mains à moi. » Si ça c’est un style, alors ce n’est pas pour moi.

Je n’ai pas été émue une seconde par l’histoire de cet homme (à l’inverse de Betty la potiche qui sert de faire-valoir au narrateur) : s’il a envie, au sortir de prison, de retourner s’enterrer dans son cimetière pseudo cornouaillais, grand bien lui fasse.

Le seul avantage de ce livre, c’est qu’il est court : on se fait rapidement une idée et on passe à autre chose.

 

Un instant d’abandon

Philippe Besson

Julliard, 2005

ISBN : 2-260-01681-2 – 213 pages – 18 €

par Yspaddaden publié dans : A éviter
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Dimanche 23 mars 2008

Sept-missionnaires.jpgCet album est le quatrième volume d’une collection intitulée « Sept » : « 7 missions, 7 équipes de 7 hommes décidés à réussir, 7 histoires complètes à découvrir dans une collection d’exception », dixit l’éditeur, évidemment. Dirigée par Chauvel, elle s’inspire directement des sept samouraïs et présente l’avantage de donner successivement la main à des dessinateurs et scénaristes de talent. C’est Ayroles qui se colle au scénario (déjà scénariste de De cape et de crocs et de Garulfo : que des bons souvenirs), et Luigi Critone à l’illustration, vraiment prometteur.

Nous sommes en Irlande au IXeme siècle. Les quelques monastères locaux sont régulièrement pillés par les hordes de Vikings venues du Nord. Devant l’indifférence du Haut Roi, un certain sire abbé estime qu’il serait bon d’envoyer à ces pillards quelques missionnaires afin qu’ils s’ouvrent à la vraie foi. Oui mais en Irlande, l’heure n’est plus au martyre et personne n’a envie de se faire trucider par ces Fomoirés. Et si on y envoyait les pires des moines, ceux dont la simple liste des péchés est un blasphème : simonie, nicolaïsme, thaumaturgie, incontinence, ivrognerie, débauche, sodomie, tapage, rixe, faux et usage de faux…L’abbé rusé leur laisse le choix : les Vikings ou la mort sur le bûcher. Et voilà nos joyeux moines devenus missionnaires, voguant vers les démons du Nord !  Et leur action évangélisatrice va être à la hauteur de nos attentes…

Encore une grande réussite d’Ayroles, car, il n’y a pas à dire, on rit du début à la fin. Ces moines paillards sont vraiment très drôles, chacun avec son défaut (un péché capital par moine) et le scénario fait mouche. Exemple : au moment de prier avant de mourir, chacun exprime un vœu : « N’est-il pas coutume d’offrir un dernier repas aux condamnés » (frère Goban, le paillard), « Chez certaines peuplades, on leur octroie une nuit d’étreinte avec de pulpeuses hétaïres » (le luxurieux frère Lugan bien sûr) et ainsi de suite. Plaines d’Irlande, mer du Nord, villages vikings, le périple des moines prend des allures d’épopée pas tout à fait mystique.

page-4.jpgEn plus d’un scénario épatant, Luigi Critone donne à cette BD des illustrations magnifiques. Le trait est précis, tout en rondeur et les couleurs de Lorenzo Pieri sont splendides, chaleureuses et lumineuses. Le dessin parle souvent de lui même et souvent il fait rire, par exemple avec la représentation du dernier repas des moines qui reprend la Cène.

Cette BD se lit vraiment avec grand plaisir et on aurait bien pris quelques pages de plus en compagnie de ces évangélisateurs hors normes.








Sept missionnaires
Alain Ayroles (scénario), Luigi Critone (dessin), Lorenzo Pieri (couleurs)
Delcourt, 2008
ISBN : 978-2-7560-0643-6 - 56 pages - 13,95 €

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Vendredi 21 mars 2008

Le-Montespan.jpgMonsieur de Montespan… Voilà un nom auquel on ne peut pas penser sans sourire, le malheureux ! Et pourtant, le brave homme n’a vraiment pas mérité ça. C’est ce dont on se persuade à la lecture de ce roman, consacré à l’un des nombreux oubliés de l’Histoire.

Tout commence pourtant si bien : deux jeunes gens du même âge, qui se rencontrent, s’aiment et s’épousent, ça n’est pas si courant pour l’époque. Ils sont heureux, batifolent jour et nuit, et dépensent en cinq mois la rente annuelle de monsieur. C’est que madame aime les sorties et le grand monde et que son amoureux de mari ne peut rien lui refuser. Résultat : ils jouent chez eux au reversi avec des haricots en guise d’écus, s’éclairent à la chandelle de suif de mouton et se planquent pour échapper aux créanciers. Foin de la pauvreté, le marquis est heureux : « Je suis plus pauvre que jamais mais j’ai ton cou, tes bras lestes et frivoles et la caresse, nuit et jour, de ta parole. Je suis riche de tes yeux. Je ne vis qu’en ton essence. Je suis riche de tes baisers sans nombre, la seule opulence, crois-moi, et que me fait que le temps soit sombre s’il fait soleil chez nous. » 
Qui ne saurait se satisfaire d’un tel amour ? Madame de Montespan bien entendu. Pendant vingt ans, elle va satisfaire tous les désirs de Louis XIV,  lui donner moult enfants, et traîner son mari plus bas que terre quand celui-ci viendra clamer son infortune à la face du monde. Son infortune et son amour, car, nous démontre Jean Teulé, monsieur de Montespan a aimé son infidèle de femme jusqu’au tombeau, sans jamais faillir, faiblir ou renoncer à la récupérer. Avec obstination et courage, il a montré son mécontentement à Sa Majesté, par exemple en parant son carrosse repeint en noir (signe du deuil de son amour) d’une paire de bois de cerf on ne peut plus éloquente… C’est qu’à l’époque, « il faut avoir une marque du sang échauffé, le cerveau modelé d’une autre manière que le commun des hommes, pour oser, dans cette universelle ruée vers la servitude la plus rampante, élever la tête au-dessus des dos courbés et accuser l’idole en face. »

Il n’est donc jamais pitoyable ce personnage, ce cocu royal. Il est fier, attendrissant et profondément humain. Et surtout, il est amoureux de sa femme ! Il l’aime comme un amant, comme au premier jour, il l’aimera toute sa vie.

Ce n’est pas un rêve, mais un roman rempli d’anecdotes qu’on croirait inventées tant ce marquis a poussé vraiment loin la provocation envers le Roi Soleil.

 

Après le Moyen Age, le XIXeme siècle, on sent bien que Jean Teulé a pris du plaisir à s’immerger dans cette époque et dans cette langue, ô combien colorée. 
Cependant, si la lecture de ce roman est plaisante, elle n'est, à mon avis, pas inoubliable. D'une part, je n’accroche pas vraiment au style de l'auteur qui passe du raffiné au très vulgaire en l’espace de quelques lignes, pour faire sourire sans doute et qui donne naissance au qualificatif de truculent pour le décrire. Truculent certes, mais aussi vulgaire. D'autre part, Jean Teulé aime trop son Montespan. Du coup, le portrait de madame en devient vraiment trop chargé : la marquise qui laisse mourir sa fille de dépit, la marquise qui accomplit la fellation royale tous les jours à seize heures pipantes, la marquise se livrant à des messes noires avec égorgements de nourrissons. Que n'accepterait-elle pas, la misérable, pour rester là où elle est ? On a bien compris qu'elle ne mérite par l'amour d'un homme aussi généreux que Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan.  
Réhabilitation d'un homme formidable par un admirateur inconditionnel : même d'une seule teinte, le portrait est agréable à lire.
 

Pour une interview vidéo de Jean Teulé c'est ici

 

Le Montespan

Jean Teulé

Julliard, 2008

ISBN : 978-2-260-01723-3 – 333 pages – 20 €

par Yspaddaden publié dans : A discuter
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Mercredi 19 mars 2008

morgennes.jpg« Le proverbe du vilain nous enseigne que chose qu’on dédaigne vaut souvent mieux qu’on ne le pense. » Cette citation de Chrétien de Troyes mise en exergue à ce roman reflète exactement ma démarche, inspirée par la (bonne) volonté de comprendre. Á l’instar de Romain Sardou ou Guillaume Muso, David Camus fait partie de ces « petits jeunes » qui marchent du tonnerre, qui vendent des milliers de livres dès leur premier essai tout en restant méprisés d’un bon nombre de personnes. Je suis tombée sur David Camus, j’aurais pu en choisir un autre, mais bon, celui-là est le petit-fils du grand Albert, ça vaut le coup de s’y arrêter, non ?

Eh bien non… Et je m’en vais vous expliquer pourquoi, à mon humble avis bien sûr.

Tout d’abord, sachez que si ce livre est le second tome d’un cycle intitulé Le Roman de la Croix, l’éditeur précise que « chaque volume peut être lu indépendamment des autres. Et dans n’importe quel ordre ». Ça tombe bien, je n’avais pas l’intention de lire le premier, Les Chevaliers du Royaume.

Au début de cet épais roman, l’histoire de Morgennes nous est contée à la première personne par un certain Chrétien de Troyes, trouvère de son état. Il a bien connu Morgennes, avant même que lui-même ne soit connu et reconnu. Tout commence par la naissance de notre héros, comme il se doit. Et comme Morgennes est un être exceptionnel, il ne peut pas naître comme tout le monde. Alors que sa mère est prise de douleurs, on se rend compte qu’elle porte deux enfants mais qu’un seul pourra passer. Que fait le rebouteux ? Il découpe en morceaux l’un des bébés, à même la matrice et sans césarienne… qu’on m’explique, je ne visualise pas bien l’opération. Mais bon, Morgennes voit le jour, les parents sont heureux, une petite sœur naît (je vous le fais court) et un jour, ils sont tous massacrés par de méchants Templiers en chemin pour Jérusalem, car si le père est chrétien, la mère est juive. Je vous le donne en  mille : Morgennes, unique survivant, jure de se venger.

Il rencontre Chrétien de Troyes et tous deux vont rouler leur bosse sur bien des chemins. Je vous le fais court à nouveau : Saint-Pierre de Beauvais où Morgennes entre dans les ordres, Constantinople, Jérusalem, Le Caire… Morgennes se fait acteur avec la troupe du Dragon blanc mais voudrait devenir chevalier. Amaury lui promet l’adoubement s’il parvient à tuer un vrai dragon, et voici notre héros parti à la recherche du royaume du prêtre Jean où, dit-on, on rencontre encore les derniers spécimens de ces créatures mythiques. Il ne croise que du beau monde sur sa route notre héros : Amaury, roi de Jérusalem, Manuel Comnène, empereur des Grecs, basileus de Constantinople, Nur al-Din, sultan de Damas, Saladin, et le petit Poucet devenu grand et supérieur de l’abbaye Saint-Pierre de Beauvais…

On perd Chrétien de Troyes de vue à plusieurs reprises et le récit passe à la troisième personne, tandis que mon attention s’envole au fur et à mesure des tractations entre tous ces grands qui se disputent Jérusalem, l’Égypte…etc. Un petit regain d’intérêt quand Morgennes doit délivrer Guyane, la fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Chirkouk le Borgne, puis j’arrête tout page 425, accablée, mais pas mécontente d’être arrivée jusque là.

Alors qu’y a-t-il de si terrible là-dedans ? Du ridicule et de l’incohérence. Exemple : Morgennes a une mémoire hors du commun, « en vérité, elle était si extraordinaire qu’il arrivait à reconnaître dans la rotondité d’un strato-cumulus l’enfant d’un cumulo-nimbus passé l’année précédente »… Encore pire : Morgennes, n’écoutant que son courage, affronte à lui tout seul les troupes de Nur al-Din pour permettre aux Templiers d’intervenir : « la foudre en tombant n’aurait pas causé plus de surprise que Morgennes lorsqu’il s’abattit sur les premières tentes du campement. Poussant sa monture jusqu’à ses dernières limites, il s’en fit une arme »…etc. puis quelques pages plus loin, le même Morgennes affirme au puissant mégaduc (sic) Coloman : « Mais je ne suis jamais monté à cheval ! ». Ils sont combien chez Robert Laffont à relire les manuscrits ???

Que dire, que penser ? Que c’est une expérience qu’il fallait tenter et que je sais aujourd’hui personnellement que tout ça, c’est du vent, un ensemble de recettes, de thèmes dans l’air du temps qu’on met dans un saladier jusqu’à en faire un brouet insipide qu’on assaisonne d’épices (un nom connu, une belle couverture) pour en masquer l’odeur. Ce que je ne comprends toujours pas, c’est comment il peut s’en vendre autant… 

 

Morgennes
David Camus

Robert Laffont, 2008

ISBN : 978-2-221-10482-8 – 584 pages – 21 €

par Yspaddaden publié dans : A éviter
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Lundi 17 mars 2008

sans-un-cri.gifJ’ai lu ce livre dans le cadre de l’appel à lecture de Chiffonnette pour le Saint Patrick’s Day : lisons irlandais ! Il était dans ma PAL depuis déjà quelques temps et si l’auteur, Siobhan Dowd est née à Londres, ses parents sont irlandais et l’histoire se passe dans le village de Coolbar, comté de Cork, dans les années 80. Suite à la mort de sa mère, Shell, quinze ans, doit s’occuper de son petit frère et  de sa petite sœur. Elle doit également éviter les coups et cris de son père, complètement perturbé par la mort de sa femme : il n’a plus de travail, passe ses journées à faire des collectes pour les pauvres (dont il détourne une bonne partie de l’argent) et ses soirées au pub. « Quelles que soient ses activités charitables, son père était mauvais comme la gale et suçait le sang des autres. Il avait un petit noyau noir ratatiné à la place du cœur. »

Arrive au village le jeune père Rose qui, disons-le ainsi, fait rêver Shell. Certainement ne le laisse-t-elle pas indifférent puisque le jeune prêtre va traverser, en arrière-fond du roman, une crise de vocation. Beaucoup plus prosaïquement, Shell plait aussi au jeune Declan Ronan, tombeur de filles. Pourquoi Shell repousserait-elle ce garçon, elle que son accoutrement misérable et sa timidité ont toujours laissée à l’écart des autres jeunes de son âge ? Elle succombe donc aux charmes du garçon, se fâchant ainsi avec sa meilleure amie Bridie qui sortait avec lui sans le lui avoir dit. Inévitablement, quelques mois plus tard, Shell se rend compte qu’elle est enceinte. Elle essaie de se leurrer, ne dit rien à personne, et un jour, Ronan disparaît : il est parti aux États-Unis, quittant l’Irlande, « ce trou noir, ce putain d’immense trou noir. »

On n’échappe pas dans ce roman pour adolescents au refrain misère, alcool et pommes de terre (j’espère d’ailleurs que grâce à ce Saint Patrick’s Day littéraire je vais enfin découvrir des livres irlandais drôles…). Mais Siobhan Dowd a l’immense mérite de nous épargner tout misérabilisme. Cette jeune Shell ne se morfond pas dans le malheur, elle ne lutte pas en suant et pleurant ou en se mordant les poings. Non, elle est une jeune fille pleine de vie qui vit au jour le jour avec ses rêves, le souvenir de sa mère et la chaleureuse présence de ses frère et sœur. Pas de pathos non plus dans la conduite du père qui ne donne pas lieu à des descriptions sans fin sur les ravages de l’alcool. Pareil pour le poids de la religion catholique qui, pour être omniprésente, n’est pas une chape caricaturée à l’excès. Tout ça est donc plutôt positif.

Par contre, j’ai trouvé quelques longueurs à ce roman, surtout dans sa première partie, car la vie de Shell est tout de même bien monotone et l’action ne commence vraiment qu’à la naissance de son bébé page 215. Dès lors, les personnages se révèlent vraiment (les voisins, le père) et l’intrigue s’accélère car il va y avoir enquête policière : deux bébés ont été trouvés morts au village. L’auteur ménage bien son suspense, au point que le lecteur se demande s’il sait vraiment bien ce qui s’est passé ou s’il a été abusé : intéressant. Quand on sait que cette histoire est tirée de faits divers réels (dixit la quatrième de couverture), on se dit que la malheureuse jeune fille a dû endurer le pire de la part de la police et des voisins.

Voilà, je ne suis pas complètement enthousiasmée par cette lecture, mais pas déçue non plus. J’ajoute quelques précisions sur l’auteur, pêchées sur le site des éditions Gallimard : Siobhan Dowd a écrit des nouvelles et des articles avant de publier Sans un cri, son premier roman, qui recueille les honneurs de la critique et lui permet d'être élue parmi les vingt-cinq « auteurs du futur » par The Gardian. Malheureusement, en août 2007, à quarante sept ans, elle décède d'un cancer du sein.

L'avis de Book'in

Sans un cri
Siobhan Dowd traduite de l’anglais par Cécile Dutheil de la Rochère

Gallimard Jeunesse (Scripto), 2007

ISBN : 978-2-07-057335-6 – 357 pages – 13 €

 

A Wift Pure Cry, parution en Grande Bretagne : 2006

Pour une liste des lectures irlandaises, cliquez ici
 

par Yspaddaden publié dans : Jeunesse
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