Lundi 28 septembre 2009
J'en suis sûre maintenant : un jour, quelqu'un m'a montrée du doigt en disant : "elle, on va en faire une blogueuse heureuse". Pourquoi moi, je ne sais, mais heureuse je le suis sans croire à la chance qui m'a fait successivement recevoir un magnifique SLAT (de la part de Fashion) qui m'accompagne à chaque fois que je vais travailler, un mug (de la part d'Erzebeth) que je ne savais pas qu'il en existait de si superbes, et aujourd'hui une pochette à livres qui a soulevé l'enthousiasme général à la maison.


C'est à Celsmoon que je dois ce sympathique cadeau, Celsmoon qui prétend débuter en couture... Moi qui ai déjà débuté cinquante fois dans l'art de coudre des boutons et de faire des ourlets, je peux vous dire qu'elle peut dès maintenant envisager une réorientation professionnelle. Cette pochette est tout simplement charmante, à l'image de la couturière. Merci Celsmoon d'avoir si gentiment pensé à moi, je suis très touchée de cette attention.

Bon, et pour noël, je vous rassure, ça va être simple, je ne veux qu'un seul cadeau : une Mini Cooper. Oui, j'ai des goûts modestes et simples, c'est ce qui fait mon charme... D'avance, merci !

Par Yspaddaden - Publié dans : Le blog et la blogueuse
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Samedi 26 septembre 2009
George vit avec Nina à Brooklyn. Ils pourraient former un couple comme les autres, sauf que George est homosexuel et Nina enceinte d'un certain Howard qu'elle ne veut pas pour père de son enfant. C'est à George qu'elle demande de l'aider pour élever le bébé. Même si son métier d'instituteur de maternelle lui procure une grande aisance avec les jeunes enfants, George n'est pas du tout prêt à endosser une telle responsabilité . D'ailleurs, il n'est prêt pour aucune responsabilité et c'est bien son problème. La trentaine, il refuse de s'engager dans une relation durable avec Joley, son petit ami avec lequel il vivait avant d'emménager avec Nina. Et ce bébé, va-t-il accepter de s'en occuper ? Et Howard, est-il juste qu'il soit ainsi écarté de la vie de son enfant ? Et ce Paul qu'il rencontre lors d'une escapade dans le Vermont et qui a l'air de s'attacher à lui, faut-il lui résister ?

Toujours à se poser des questions sans jamais y répondre, à s'inquiéter de son apparence, à ne pas trop s'impliquer dans quoi que ce soit, George est aussi attendrissant qu'énervant. C'est une sorte d'adolescent très tardif qui voudrait tirer le meilleur de la vie, sans les tracas. Il m'a fait souvent penser aux personnages de Nick Hornby. Sauf que George est homosexuel, comme l'auteur, et que ça donne une touche d'humour en plus. D'ailleurs humour et légèreté sont les maîtres-mots de ce roman, une comédie de la fin des années 80 qui a acquis avec le temps un certain charme rétro (pas de téléphone portable, ni de CD ni de DVD).
L'homosexualité du héros n'apparaît jamais comme une difficulté, il s'assume totalement (pas de traumatisme adolescent) et ça ne pose aucun problème à ses amis. Le problème de George, c'est plutôt de grandir, de prendre des responsabilités et de s'engager dans la vie. Quand il doit prendre une décision, sa technique est toujours la même : "Le seul projet qui se dessinait nettement dans ma tête pour les mois à venir consistait à rester au lit et à lire d'énormes romans victoriens en mangeant des cacahuètes. Cela ne m'aiderait pas à payer le loyer, mais me permettrait au moins d'oublier les diverses catastrophes qui se mettaient en travers de ma route."

Du coup, on peut peut-être s'agacer à le voir tergiverser, et s'apitoyer sur son sort et certaines situations sont de fait un peu longuettes. Mais l'humour de McCauley prend le dessus et même si on lui mettrait bien deux ou trois coups de pieds aux fesses, on s'attache à George comme à un homme fragile tout soudain rattrapé par les difficultés de la vie.

Ce film a été adapté au cinéma en 1998 par Nicholas Hytner

Le billet de Karine:)

L'objet de mon affection
3.5
Stephen McCauley traduit de l'américain par Philippe R. Hupp
10/18, 1997
ISBN : 978-2-264-02174-8 - 382 pages - 7,40  €

The Object of my Affection, parution aux Etats Unis : 1987
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Jeudi 24 septembre 2009
Il m'arrive de déposer des avis chez Amazon. Ce sont en général des condensés des billets de ce blog. Par le plus grand des hasards je suis tombée hier sur le billet que Pierre Assouline consacre au livre de Vincent Message, Les Veilleurs, chroniqué sur ce blog le 27 août dernier. Et que vois-je dans les commentaires du billet d'Assouline ? Mon avis déposé sur Amazon, intégralement, et signé "L'Amazonie" sans aucun lien soit vers mon blog, soit vers la page Amazon.
Je me dis 1/ si j'avais voulu donner mon avis sur le blog de Pierre Assouline, je l'aurais fait moi-même 2/ si quelqu'un a jugé mon avis assez intéressant pour l'y rapporter, la moindre des choses aurait été d'y faire figurer mon pseudo, le fin du fin, d'y mettre un lien sur mon blog.
J'ai laissé un com étonné à Pierre Assouline qui s'est noyé (le com, pas Assouline, j'espère !) dans la mer de commentaires (qui pour certains frôlent le vide absolu et sont sans rapport avec le livre en question) sur ce billet. Bien sûr, lui-même n'y est pour rien, ce que je trouve déplacé c'est que quelqu'un se permettre de copier-coller l'avis des autres sans en indiquer la source.
Mais bon, nous vivons dans une jungle, ça n'est pas nouveau...

Edit du 24 septembre, vers 18 heures : suite au conseil de Laurence, j'ai laissé un message aux modérateurs du blog de Pierre Assouline via le module "Alerter". Le commentaire de "L'Amazonie" copiant-collant le mien a disparu. C'est une bonne chose, j'aurais juste aimé qu'on me prévienne, mais bon...
Par Yspaddaden - Publié dans : Le blog et la blogueuse
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Mardi 22 septembre 2009
Voici un auteur français qui écrit des polars à l'américaine. Où est l'intérêt me direz-vous puisque les Américains font ça très bien. Et surtout que les Français se sentent toujours obligés d'en faire des tonnes pour donner le ton quand ils ont envie de vendre leurs petites enquêtes. Ici rien de tout ça : ou Stéphane Michaka a vécu aux Etats Unis, ou il a beaucoup lu de polars américains, ou bien encore, c'est un bon écrivain.

De nos jours au Metropolitan Opera de New York. Un homme s'écroule sur la scène pendant une représentation de La Flûte enchantée. Tué de trois balles dans le corps, il vient de tomber de la loge privée de Sondra Carnegie, redoutable critique d'opéra, descendante du grand Carnegie.
"- ... ça ne répond pas chez elle. Ni chez son père.
- Son père ?
- Saul Carnegie. Le Saul Carnegie.
-  Qui est-ce ?
- Son père.
- Merci pour la précision. Je reformule : qui est Saul Carnegie ?
- Un milliardaire. Assez âgé, je crois. Sondra Carnegie est son unique héritière.
- Le Carnegie Hall, c'est à eux ?
- Pas plus que l'aéroport JFK n'est aux Kennedy. Mais c'est la même famille.
- Quoi ? Les Carnegie sont parents des Kennedy ?"
Je trouve que cet auteur a le sens du dialogue...

A la sortie du Met, la police arrête un certain Mike Lagana, un ancien confrère reconverti en détective de la finance. Et amant de Fran Markowitz, substitut du procureur assassinée quelques années plutôt et dont Bob Tourneur, chef des inspecteurs au NYPD était amoureux. Pour Bob pas de doutes : Mike a tué le type tombé du balcon et il va le prouver. Après pas mal d'accrocs à la procédure, il commence à interroger son ancien rival et partenaire. Qui se met à lui raconter son histoire, comment Sondra l'a engagé pour enquêter sur la mort de sa mère, une soprano au succès mitigé décédée des années auparavant d'un prétendu excès de médicaments.
Si l'interrogatoire se déroule en un huis-clos de quelques heures, c'est que l'auteur vient du monde du théâtre et qu'avant d'être un livre, cette histoire fut une pièce. D'où les dialogues percutants et efficaces. Mais il est allé heureusement bien plus loin qu'une simple adaptation, en faisant de la ville de New York un personnage omniprésent, avec surtout ses différentes classes sociales, de la très haute fortune Carnegie aux repris de justice qui tentent de se réinsérer. Et tout ça sans faire dans le cliché, dans une intrigue qui tient bien la route (la façon dont le passé des personnages est effeuillé petit à petit est très prenante), avec un flic vraiment teigneux, raciste, détestable, alcoolique, mais intéressant dans ses contradictions. Et l'opéra, pour une fois, ça nous change du jazz...

Une interview de l'auteur sur Bibliosurf et l'avis d'Alain. Un grand merci à Emmyne qui m'a donné envie de lire ce livre et me l'a même prêté.

La fille de Carnegie
3.5
Payot & Rivages (Rivages/Noir n°700), 2008
ISBN : 978-2-7436-1853-7 - 566 pages - 10.50 €
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Samedi 19 septembre 2009

Le peintre Michael Boone a connu son heure de gloire il y a quelques années. Mais depuis, le divorce, l'interdiction de voir son fils, la perte de ses meilleures toiles et la prison ont fait de lui un has been sans toit. A sa sortie de prison, malgré son envie de rester à Sydney, le voilà faisant office de gardien d'une propriété d'un de ses plus grands admirateurs (en fait l'amant de son ex-femme), à Bellingen, Nouvelle-Galles-du-Sud, fin fond de l'Australie. Et toujours, définitivement accroché à ses basques, son frère Hugh. Pas banal ce frère, une force de la nature, dont la taille du cerveau est exactement inversement proportionnelle à celle de ses biceps : un simple d'esprit, pas vraiment dangereux mais parfois effrayant.

Quand Marlene débarque chez les Boone, elle n'est pas le moins du monde effrayée. Elle cherche le voisin qui parait-il possède un tableau de Jacques Leibovitz, très célèbre peintre décédé dont elle a épousé le fils. Il va rapidement s'avérer qu'elle connaît toutes les ficelles du monde de l'art, qu'elle plaît à Hugh et que Michael est raide dingue amoureux d'elle. Mais peu de temps après sa visite, le fameux voisin est cambriolé et Michael accusé du vol de la toile de Leibovitz. Il a la police de l'Art sur le dos et un inspecteur tatillon qui lui prend une de ses propres toiles pour expertise, celle qui estime être son dernier chef d'oeuvre. Si Marlene remue ciel et terre pour qu'il la récupère, on se demande bien si c'est vraiment pour les beaux yeux du peintre amoureux...


C'est Mango qui m'a donné envie de lire ce livre dont la quatrième de couverture a achevé de me convaincre : « C'est l'histoire hilarante d'un peintre australien passé de mode et déjanté et de son frère handicapé mental. » Hilarante... je n'irai pas jusque là, même si les récits croisés de Michael et de son frère ne manquent pas d'humour, notamment parce que Hugh y paraît souvent bien plus clairvoyant que son frère dont il souligne les travers avec beaucoup d'à-propos.

Je n'ai cependant pas été totalement séduite par ce livre dont on se sait pas vraiment où il va même si on devine peu à peu qu'une grosse arnaque est en cours sous le regard naïf et admirateur de Michael. Je me suis tout de même ennuyée, aussi bien en Australie qu'à Tokyo et New York. Peut-être faut-il être plus intéressé par l'art que je ne le suis pour apprécier pleinement ce roman. Et puis j'aurais aimé quelques notes de bas de page pour éclaircir certaines allusions australiennes car c'est un pays dont j'ignore tout.

Me voilà donc assez déçue pour ma première incursion dans l'univers de cet auteur qui a déjà reçu deux fois le Booker Price (Oscar et Lucinda, Véritable histoire du gang Kelly).


Haut vol : histoire d'amour

Peter Carey traduit de l'anglais (Australie) par Elisabeth Peelaert

Christian Bourgois, 2007

ISBN : 978-2-267-01903-2 – 357 pages – €


Theft : A Love Story, parution en Australie : 2006

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Jeudi 17 septembre 2009

Je connais très mal le roman policier français et m'aventure rarement en ces territoires. C'est Dominique qui m'a donné envie de découvrir Claude Amoz grâce à ce roman, son premier, qui n'a rien à voir avec mes habituels enquêteurs britanniques, ni même avec les quelques américains que j'ai pu fréquenter. D'ailleurs d'enquêteurs, il n'y en a pas ici, ou du moins pas à proprement parler.

En effet, Antoine Worbe n'a rien d'un flic, au contraire, c'est looser bien de chez nous, un gars qui n'aime rien et dont l'unique chance, si on peut l'appeler ainsi, a été de gagner un séjour d'une semaine dans les vignobles du Macônais. Le voilà donc qui débarque chez les Renaison, viticulteurs de père en fils. Il y a Georges, le père qui manifeste un goût prononcé pour les jeunes filles et dont la femme est dans le coma depuis seize ans, âge de son fils cadet Jean, né handicapé mental. Bernard l'aîné est marié à Line, ils ont un bébé, et la grand-mère Marie veille sur tout ce monde.

Dès qu'il arrive, Antoine sent une présence dans cette maison, il fait de drôles de rêves, entend des bruits la nuit, peut-être une voix de femme. Et très vite, il fait le lien avec l'histoire de Marine, jeune auto-stoppeuse de seize ans qui l'année précédente est venue faire les vendanges chez les Renaison et qui depuis a disparu. Ne serait-elle pas séquestrée dans le caveau, là où le raisin attend de se transformer en vin ? Sur un coup de tête, pour se donner une contenance, Antoine fait croire qu'il est commissaire de police. Bien des langues locales vont se délier et lui donner leur avis sur l'histoire de Marine disparue.


Claude Amoz mêle adroitement les fils de cette histoire avec les délires familiaux d'Antoine, fils de pasteur qui garde des souvenirs très partiels de son enfance. Il découvre que Marine était fille de pasteur elle aussi et que comme sa nièce bien aimée, Joelle, elle avait un goût prononcé pour le dessin. Ses rapports avec sa nièce sont d'ailleurs très ambigus, comme si lui, l'homme de quarante-sept ans, se reposait sur cette gamine de seize ans. De fugues en disparitions, Antoine va reconstruire son passé, comprendre son enfance et découvrir ce qui s'est passé un an plus tôt lors de la fête des vendanges.

J'ai trouvé les fils de cette histoire très bien emmêlés et démêlés et le dénouement bien ficelé (hormis l'incroyable présence d'une religieuse en deux endroits stratégiques de l'histoire). C'est à une double quête que Claude Amoz convie son lecteur, celle de Marine mais aussi celle d'Antoine sur les traces de lui-même. L'ambiance est celle de la France rurale, avec ses médecins de campagne, ses libidineux refoulés et ses secrets de famille. C'est assez lourd, mais convaincant et la trame psychologique est vraiment crédible.


Le caveau

3.5 

Claude Amoz

J'ai Lu (policier n°5741), 2000

ISBN : 2-290-30767-X – 222 pages - indisponible dans cette édition

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Mardi 15 septembre 2009

J'ai tout rangé mes livres ! J'en ai profité pour lister vraiment tous ceux que je n'ai pas lus. Alors oui, d'accord, chez moi, il y a un peu plus à lire que les  listés... Par exemple, il y a ceux de monsieur Ys (oui, je lui prête mes étagères, j'ai bon coeur) et ceux de mon autre moi (ben oui, il n'y aurait pas assez d'une page Overblog...). Disons qu'il y a là la littérature générale, les romans policiers et ceux que, dans un moment d'inconscience, certaines d'entre vous m'ont prêté.
L'ensemble est assez hétéroclite, certains doivent même sembler assez étranges, mais ils sont le reflet de mes longues et variées années d'études (successivement : espagnol, lettres modernes et histoire médiévale).

J'ai quand même trouvé quelques merveilles que je ne pensais pas avoir et croisé des livres que peut-être j'ai lus mais qui ne m'ont laissé aucun souvenir.

Pour certains, j'ai malheureusement peu d'espoir, comme Voyage au bout de la nuit, L'oeuvre au noir et Le roi des Aulnes. Commencés plusieurs fois chacun, je n'en ai jamais vu le bout, mais je recommencerai parce que ces échecs-là me déplaisent.

Ils sont donc aujourd'hui, 15 septembre 2009, 138 à attendre leur tour, bien sagement. Voici la page qui leur est consacrée.

En ces temps de dégraissage de PAL, je m'en vais donc faire un effort, qui, en toute logique, devrait commencer par l'interdiction absolue de fréquenter les librairies...

J'en profite pour rappeler à qui de droit que cette année, nous n'avons pas pu jouer au jeu de la PAL, et ça, c'est bien dommage...

Edit du 16 septembre, 7h 30 : c'est reparti pour une nouvelle édition du jeu de la PAL et c'est chez Fashion, bien sûr !
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Dimanche 13 septembre 2009

C’est l’histoire d’un homme mort, Alejandro Bevilacqua. Et d’un autre, journaliste, qui voudrait savoir qui il a été, Jean-Luc Terradillos. Ce dernier s’adresse donc à différentes personnes qui l’ont connu pour faire son portrait : un ami malgré lui, Alberto Manguel, une maîtresse, Andrea, un ancien camarade de prison, le Goret, et Tito Gorostiza.
Chacun croit connaître Bevilacqua et pourtant chacun en fait un portrait très différent. Ce que tout le monde sait, c’est qu’il a publié un roman Éloge du mensonge, qu’il tenait caché mais qu’Andrea a découvert et fait publier à son insu. Alors, écrivain de génie Bevilacqua ? Ce n’est qu’à la lecture des quatre portraits proposés que Terradillos, et donc le lecteur, sera à même de se faire une idée précise de la personnalité de cet émigré Argentin venu cacher sa vie dans la mère patrie, à savoir l’Espagne.

Ce roman, composé de chapitres disparates quant au ton puisque les narrateurs sont différents, se présente comme un roman policier où le lecteur est partie prenante. C’est en effet à lui de composer le portrait de Bevilacqua, de dénouer le vrai du faux en dessinant peu à peu une image qui pourrait fort bien n’être qu’un pâle reflet.

 

Pas de doute que Manguel aime jouer avec son lecteur et pour cela, tous les niveaux sont bons, dans le texte lui-même mais aussi au-delà (Genette serait aux anges !). Dès le départ, on s’amuse assez à lire le texte d’un certain Alberto Manguel qui n’est pas présenté sous son meilleur jour. D’autres références sont explicites et ancrent le roman dans la réalité (comme les liens entre Bevilacqua et l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas). Puis d’autres achèvent de troubler le lecteur, comme ce Jean-Luc Terradillos qui signe le texte d’accueil sur le site d’Alberto Manguel

Jeu de piste, jeu de lettres et malins plaisirs : il se pourrait bien que Manguel nous signale ainsi que la vie, comme la littérature, n’est que fables et faux semblants et qu’au moment où l’on croit avoir compris, on est encore dans l’erreur. Rien n’est jamais acquis, ni dans la vie, ni dans les livres.

 

Ce livre est donc un plaisir pour tout amateur de livres labyrinthiques. J’aurais été plus enthousiaste encore si ce Bevilacqua, malgré toutes ses faces cachées, avait été un personnage un peu plus passionnant. J’ai admiré la manière dont Manguel emberlificote son lecteur, un peu moins la tonalité globale du livre axée sur le destin d’intellectuels argentins fuyant la dictature militaire. Buenos Aires, Madrid, Poitiers, trois ports d’attache de ces personnages que je n’ai finalement pas appréciés plus que ça. Les portraits des personnages secondaires sont trop brefs pour qu’on s’y intéresse vraiment et l’atmosphère de ces villes trop rapidement esquissée pour qu’on devine la vie qui les habite.

 

Malgré ma grande admiration pour le Manguel essayiste (Une histoire de la lecture, Dictionnaire des lieux imaginaires – où j’ai trouvé le pseudo de mon blog), je reste assez mitigée sur ce roman qui pour être brillamment construit, n’a pas la truculence et la verve sud-américaines que j’attendais.

 

Tous les hommes sont menteurs

3

Alberto Manguel traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco

Actes Sud, 2009

ISBN : 978-2-7427-8506-3 – 199 pages – 19 €

 

Todos los hombres son mentirosos, publication en Espagne : 2008

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Vendredi 11 septembre 2009
Miss Charity est un roman pour la jeunesse. Je ne sais pas s'il plaira aux adolescent(e)s, mais pour ma part, j'ai été séduite. Des adolescentes, j'en ai deux à la maison (une TVless et une Moonrise) qui ont ouvert ce livre ensemble et lu le premier dialogue (juste cinq lignes après le début) : "Maman, lisant : quelle est la principale fin de la vie humaine ? - Moi, récitant : c'est de connaître Dieu". Après un "Ah, ouais d'accord..." blasé et commun, leur lecture s'est arrêtée là... Il faut dire que la chose pèse cinq cent soixante deux pages et un kilo deux cent cinquante. Et pour finir côté séduction, ce roman est essentiellement composé de dialogues disposés sur la page comme jadis ceux de la comtesse de Ségur...
Étant un peu plus tolérante qu'une adolescente, et déjà tentée par maints billets élogieux, je me lançais dans l'aventure le coeur léger et le bras musclé.

Tout commence alors que Charity n'est encore qu'une enfant. Née en 1870, elle est la fille unique de parents très lointains qui pourtant vivent sous le même toit qu'elle : un père qui lui adresse un mot par an et une mère uniquement préoccupée par ce qui est convenable. Charity passe tout son temps avec sa bonne dans sa nursery jusqu'à un âge très avancé. Pendant que ses propres cousines, qui ne sont pourtant pas des dévergondées, lient toutes sortes d'amitiés, l'enfant, puis la jeune fille ne connaît que la compagnie des petits animaux qu'elle accumule dans sa chambre : souris, rats, oiseaux, lapins, crapauds... une belle ménagerie qu'elle commence très tôt à peindre à l'aquarelle. Bientôt, elle se rend à l'évidence : les animaux l'intéressent beaucoup plus que toutes ces jeunes filles qui minaudent et intriguent et ces femmes qui s'évanouissent à tout bout de champ et cultivent leurs nerfs.
En grandissant, Charity devient une femme radicalement différente, une femme qui va gagner sa vie (au grand dam de sa mère) en vendant des livres illustrés pour enfants.

C'est la vie de la célèbre Beatrix Potter  que Marie-Aude Murail romance ici  avec beaucoup de légèreté et de romanesque. La société victorienne est vue de l'intérieur, dans toute son imbécile rigueur féminine. Mais elle n'en fait pas une révolutionnaire, juste une femme différente qui trouvera malgré tout une place grâce à une grande force de caractère et une ouverture d'esprit qui se moquent du qu'en-dira-t-on. Elle est donc forcément solitaire cette jeune fille et originale puisqu'elle ne cherche pas de riche mari, ne fréquente pas les bals et se soucie avec grandeur d'âme de son prochain.

Les illustrations de Philippe Dumas qui nous rappellent le trait de Beatrix Potter sont un atout incontestable de ce roman avec lequel j'ai passé un agréable moment. Par contre, quels jeunes lecteurs il séduira, je ne sais pas...

Je dénonce celles qui m'ont tentée : Flo, Brize, Leiloona et Fashion

Miss Charity
3.5
Marie-Aude Murail
L'Ecole des Loisirs, 2009
ISBN : 978-2-211-08925-8 - 562 pages - 24,80 €
Par Yspaddaden - Publié dans : Jeunesse
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Mardi 8 septembre 2009

Avant même le début de son roman, Gabrielle Wittkop annonce la couleur : « pour la ville des miroirs, une écriture comme faite de miroirs brisés dont chaque fragment offre un nouveau regard sur l'écorce des choses. Cette écorce recèle un noyau, elle est le véhicule qui mène jusqu'à lui, puisque seule la perception permet la compréhension et Condillac eut bien raison de le dire. » Et d'évoquer la peinture de La Tour, Vermeer, Goya ou Tiepolo. Autant dire que pour la plongée dans la Venise du XVIIIe siècle, je m'attendais à une construction savante jonchée de références picturales et intellectuelles. Et j'ai été déçue, cette histoire-là est beaucoup moins brillante que ce que je croyais, bien qu'il soit fort possible que je sois passée à côté de quelque chose...


Malgré un superbe titre, l'intrigue est maigrissime : Alvise Lanzi a enterré quatre femmes en trente ans, toutes mortes dans de longues souffrances qui n'ont pas l'air naturel. Y a-t-il eu meurtres ? Pas d'enquêtes, juste la description de ces femmes, comme autant de pantins et à la fin, la révélation. Une description de Venise telle qu'on se l'imagine : les moeurs légères, voire dépravées, les fêtes, les tractations...


Un maquereau vit d'une nonne professe de soixante-dix-sept ans. Un prêtre badine à la fenêtre avec une catin qui lui donne de grands coups d'éventail sur le nez. Les pauvres trafiquent de leurs enfants en bas âge, par contrat libellé devant notaire. Si l'on ne joue pas sa propre défroque, quitte à rentrer nu, on peut toujours jouer sa femme. Les dossiers de l'Inquisition regorgent d'avertissements et de recommandations pour « débordements juvéniles, violences, séductions, commerces scandaleux, offenses conjugales, dissipations insensées... ». Les denrées sont hors de prix, la misère est extrême.


Gabrielle Wittkop affirme que ses personnages ne sont que des marionnettes, et c'est un fait : ils apparaissent et disparaissent comme sur une scène et sans que le lecteur ne comprenne leur rôle dans cette histoire puisque tout est dans la scène finale, venue tout expliquer. Sauf que cette histoire ne revêt que peu d'intérêt, tous ces gens évoluant trop superficiellement pour que l'on ait envie de savoir vraiment ce qui les motive. Loin dans le temps et dans l'espace, loin sur une scène de théâtre dont ils ignorent le public, masqués ils évoluent, obscurs ils demeurent. Et étrangers aux passions qu'ils sont censés incarner alors qu'une telle époque devrait donner lieu, selon moi, à un bouillonnement de sentiments, de conflits et de vie.


Sérénissime assassinat

2.5

Gabrielle Wittkop

Verticales, 2001

ISBN :2-84235- 020-4 – 121 pages - 11,50 € (existe en poche)


 

Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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