Que dire sinon que je m’attendais à un livre drôle et que je n’ai pas ri, ou très peu… Humour très noir précise la quatrième de
couverture, ça tombe bien, j’adore. Et puis tiens, comme je suis un peu fainéante ce soir, je vous en copie/colle le résumé : « Un homme s'éveille dans un cercueil. Il ne se
souvient de rien. Suffoquant, en proie à l'angoisse et à la soif, il trouve un téléphone portable dans la poche de son pantalon. Commence alors une terrible odyssée immobile pour réussir à sortir
de la tombe. »
Voilà, Franck Vernet a été enterré par erreur, et par chance avec son portable. Il téléphone à toutes sortes de gens, mais quels qu’ils soient, il les méprise. Il faut dire que ce Franck Vernet
est un artiste, un intellectuel supérieur qui n’aime que lui et crache son ressentiment à la face du monde tandis qu’il agonise… Il méprise le monde entier, sa femme, les femmes, ses prétendus
amis, ses voisins, les artistes en général, les écrivains… et je ne suis pas loin de penser que Blanc se cache juste derrière lui… Car comment Henri-Frédéric Blanc, auteur, fait parler ses
personnages : le déménageur appelé à l’aide : « Ho, vous n’allez pas me faire la leçon du haut de votre cercueil ? J’ai d’autres chattes à fourbir que de solutionner les
erreurs d’enterrement. » Vous constaterez que c’est très drôle et que le syndrôme du travailleur manuel vulgaire à petit QI a encore sévi...
Pourtant, le malheureux Franck est une victime incomprise : « Le déménageur fait partie de ceux qui m’ont perdu à la colo. Ils ne m’ont pas perdu en faisant quelque chose contre
moi, mais en ne faisant rien pour moi. Ou si peu. De gentils indifférents qui donneraient un mouchoir en papier au Christ en croix. Une demi-miette d’amour à celui qui a fait tout pour tous. Ils
s’estiment quittes envers la justice en offrant à l’opprimé un grain de pitié, un brin de gentillesse, ou leur puante sympathie. » Mais qui aurait envie d’aider un type pareil ?
Six pieds sous terre, mort ou pas, c’est là qu’il est le mieux ! Tout le monde en prend pour son grade, monsieur le macchabée revendique, et moi je fatigue au bout d’un moment. Car ce type
est vraiment puant et il faut être très fort pour construire un roman, aussi court soit-il, autour d’un sale type.
Alors bien sûr, j’ai quand même quelques fois souri car Blanc a l’imagination comique : Franck s’imaginant ressuscité : « Franck
se voyait sortir de terre et participer à la gloire des rendus à la vie, il dansait avec sa grand-tante folle le cha-cha-cha de la resurrection tandis que Dieu, enfin au mieux, déclenchait de
grandioses feux d’artifices et que des anges tournaient des broches où grésillaient andouillettes et saucisses. » Blanc manie aussi le jeu de mots avec aisance : Franck rêvant d’en
finir au plus vite : « Attraper un de tes lacets pour t’étrangler avec ? Tu as déjà essayé septantouze fois, tu sais bien que ce n’est pas possible, tu n’as pas accès à tes
pieds ! Fais une réclamation, fonde une association des enterrés vivants qui revendiquent le droit de prendre leur pied ! »
Mais l’auteur en fait trop, tant en invectives, mépris et jeux de mots, et j’en ai eu rapidement assez.
Tamara elle, a beaucoup aimé ce livre, qu’elle m’a donné envie de lire.
Sous la dalle
Henri-Frédéric Blanc
Le Serpent à Plumes, 2004
ISBN : 2-75380-010-3 – 192 pages – 6,50 €
Il va falloir que je prenne
des gants pour ce billet, je le sens, car Paul Auster est un écrivain sacré pour bien des blogueurs (peut-être plutôt des blogueuses…).
Voici un livre bien difficile
à présenter tant il est tout en suggestions et impressions. Il n’y a guère d’histoire à proprement parler, mais l’évocation d’une adolescence en Indochine dans les années 30. Et des bribes
familiales, extrêmement noires : « Jamais bonjour, bonsoir, bonne année. Jamais merci. Jamais parler. Jamais besoin de parler. Tout reste, muet,
loin. C’est une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès aucun. Chaque jour nous essayons de nous tuer, de tuer. Non seulement on ne se parle pas mais on ne se regarde
pas. » A l’origine, une mère autoritaire, exigeante, sans amour pour sa fille et aveuglément dévouée au fils aîné, un bon à rien dévoré d’opium. Et la misère aussi, le malheur d’avoir
tout perdu dans les colonies après la mort du père, sauf la fierté d’être Français.
si le livre de Marguerite Duras est centré sur cette famille si dure fondée sur la haine mutuelle, le film
de Jean-Jacques Annaud (1992), que j’ai eu envie de voir après cette lecture, se concentre sur l’histoire d’amour entre la jeune fille et le beau, très beau Chinois (Tony Leung Ka Fai). Annaud
avait envie de filmer des corps dans la moiteur asiatique et il ne s’en est pas privé. Son film est une grande réussite esthétique : les images sont magnifiques, les corps sculptés, cernés
par la caméra qui nous restitue avec charme leur langueur. Tout est appel aux sens dans ce film : le bruit, les couleurs et la sensualité.
Et si Emma Bovary,
avant de mourir, avait murmuré à l'oreille de son médecin : « Assassinée, pas suicidée 
oachim et ses parents vivaient heureux, très heureux dans leur petite maison éloignée du monde avec
leur bonheur pour unique raison d'être. Jusqu'au jour où trois ombres apparaissent en haut de la colline, trois ombres qu'on a beau chasser, elles reviennent toujours. Joachim interroge ses
parents sur ces ombres mais eux n'ont que trop bien compris ce que signifie leur présence. Le père décide de leur échapper et d'emmener son fils loin de leur nid, très loin, au-delà des mers. Il
n'est rien que ce père ne ferait pour le sauver et commence alors un long voyage contre l'inéluctable destin.

Grey est une jeune femme bizarre, différente. Le lecteur apprend à la découvrir très
progressivement aussi ne faut-il pas trop en dire sur son compte. Disons qu'elle a été élevée dans un cercle très fermé (pas d'école, pas d'ami) qui ne lui a pas permis de discerner le bien du
mal. On sait qu'elle a très jeune été enfermée dans un hôpital, peut-être un asile, sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'il est question d'automutilation. Au début du roman, elle
débarque à Tokyo dans l'intention de rencontrer Shi Chongming, professeur d'université spécialisé dans la médecine chinoise, jadis linguiste. Elle veut absolument voir un film qu'il est le seul à
détenir, montrant les atrocités commises par les soldats japonais lors de la prise de Nankin, alors capitale chinoise, en 1937. Elle a vendu tout ce qu'elle avait en Angleterre pour venir au
Japon voir ce film qui l'obsède, sans que le lecteur sache pourquoi. Mais l'universitaire la chasse et la voilà errant dans Tokyo, puis accueillie par un jeune Américain, Jason, qui lui trouve un
emploi d'hôtesse dans un club pour hommes : « allumer les cigarettes, verser du whisky, veiller à ce que les hommes ne soient jamais à court d'amuse-gueule, et les distraire. Pas de
sexe. Rien que de la conversation et de petites flatteries. » Le club est fréquenté par des yakuzas impitoyables, dont un certain Fuyuki, vieillard sans âge chaperonné par une
inquiétante nurse. Sous prétexte de médecine chinoise, Shi Chongming promet à Grey de lui montrer son film si elle parvient à voler à Fuyuki son secret de longévité.


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