Mercredi 4 juin 2008

Que dire sinon que je m’attendais à un livre drôle et que je n’ai pas ri, ou très peu… Humour très noir précise la quatrième de couverture, ça tombe bien, j’adore. Et puis tiens, comme je suis un peu fainéante ce soir, je vous en copie/colle le résumé : « Un homme s'éveille dans un cercueil. Il ne se souvient de rien. Suffoquant, en proie à l'angoisse et à la soif, il trouve un téléphone portable dans la poche de son pantalon. Commence alors une terrible odyssée immobile pour réussir à sortir de la tombe. »
Voilà, Franck Vernet a été enterré par erreur, et par chance avec son portable. Il téléphone à toutes sortes de gens, mais quels qu’ils soient, il les méprise. Il faut dire que ce Franck Vernet est un artiste, un intellectuel supérieur qui n’aime que lui et crache son ressentiment à la face du monde tandis qu’il agonise… Il méprise le monde entier, sa femme, les femmes, ses prétendus amis, ses voisins, les artistes en général, les écrivains… et je ne suis pas loin de penser que Blanc se cache juste derrière lui… Car comment Henri-Frédéric Blanc, auteur, fait parler ses personnages : le déménageur appelé à l’aide : « Ho, vous n’allez pas me faire la leçon du haut de votre cercueil ? J’ai d’autres chattes à fourbir que de solutionner les erreurs d’enterrement. » Vous constaterez que c’est très drôle et que le syndrôme du travailleur manuel vulgaire à petit QI a encore sévi...
Pourtant, le malheureux Franck est une victime incomprise : « Le déménageur fait partie de ceux qui m’ont perdu à la colo. Ils ne m’ont pas perdu en faisant quelque chose contre moi, mais en ne faisant rien pour moi. Ou si peu. De gentils indifférents qui donneraient un mouchoir en papier au Christ en croix. Une demi-miette d’amour à celui qui a fait tout pour tous. Ils s’estiment quittes envers la justice en offrant à l’opprimé un grain de pitié, un brin de gentillesse, ou leur puante sympathie. » Mais qui aurait envie d’aider un type pareil ? Six pieds sous terre, mort ou pas, c’est là qu’il est le mieux ! Tout le monde en prend pour son grade, monsieur le macchabée revendique, et moi je fatigue au bout d’un moment. Car ce type est vraiment puant et il faut être très fort pour construire un roman, aussi court soit-il, autour d’un sale type.


Alors bien sûr, j’ai quand même quelques fois souri  car Blanc a l’imagination comique : Franck s’imaginant ressuscité : « Franck se voyait sortir de terre et participer à la gloire des rendus à la vie, il dansait avec sa grand-tante folle le cha-cha-cha de la resurrection tandis que Dieu, enfin au mieux, déclenchait de grandioses feux d’artifices et que des anges tournaient des broches où grésillaient andouillettes et saucisses. » Blanc manie aussi le jeu de mots avec aisance : Franck rêvant d’en finir au plus vite : « Attraper un de tes lacets pour t’étrangler avec ? Tu as déjà essayé septantouze fois, tu sais bien que ce n’est pas possible, tu n’as pas accès à tes pieds ! Fais une réclamation, fonde une association des enterrés vivants qui revendiquent le droit de prendre leur pied ! »


Mais l’auteur en fait trop, tant en invectives, mépris et jeux de mots, et j’en ai eu rapidement assez.
Tamara elle, a beaucoup aimé ce livre, qu’elle m’a donné envie de lire.

 

Sous la dalle

Henri-Frédéric Blanc

Le Serpent à Plumes, 2004

ISBN : 2-75380-010-3 – 192 pages – 6,50 €

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Lundi 2 juin 2008

Il va falloir que je prenne des gants pour ce billet, je le sens, car Paul Auster est un écrivain sacré pour bien des blogueurs (peut-être plutôt des blogueuses…).

J’avais un bon souvenir, quoi qu’assez lointain, de Mr. Vertigo et un roman tournant autour du cinéma muet américain des années 30 me tentait bien. J’ai toujours comme référence La conspiration des ténèbres de Theodore Roszak, le Roman en la matière, à mon humble avis.


Me voilà donc suivant les traces du malheureux David Zimmer, universitaire en sursis depuis qu’il a perdu femme et enfants dans un accident d’avion. Alors qu’il cuve sévèrement son chagrin, il tombe par hasard sur un vieux film comique d’Hector Mann, virtuose du cinéma muet, porté disparu depuis 1929. Il ne reste de son œuvre qu’une grosse dizaine de films que Zimmer décide de voir, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Zimmer s’immerge dans l’œuvre d’Hector Mann pour échapper à une mort certaine par l’alcool. Puis il écrit un livre, une somme définitive sur cette œuvre. Quelques temps après la parution, il reçoit une incroyable lettre de la femme d’Hector Mann qui lui écrit que celui-ci est vivant et qu’il l’attend pour lui montrer des films réalisés après sa disparition et qui seront détruits dans les vingt-quatre heures suivant sa mort. Or, Mann est très malade, quasi agonisant. C’est sous la menace d’une arme qu’il se rendra auprès du mourant et qu’il se fera raconter son incroyable destin suite à sa disparition en 1929.


En lisant ce résumé, j’aurais certainement envie de lire ce livre. Malheureusement, il est, à mes yeux, interminable, et j’ai eu vraiment du mal à en venir à bout. Longue, très longue la dépression de Zimmer ; longs, beaucoup trop longs les résumés de tous les films d’Hector Mann dans les moindres détails et sans lien avec l’intrigue principale.

Je n’ai absolument pas marché dans le jeu de double intrigue et d’histoires en miroirs si bien décrits par Papillon et Clochette.

Je n’ai absolument pas retrouvé ici ce que l’on a coutume d’appeler « la magie du cinéma », si habilement mise en œuvre dans le roman de Roszak. Je suis restée extérieure à cette histoire qui m’a vraiment déçue.

Je sens que je ne vais pas me faire des copines sur ce coup-là…n’est-ce pas Florinette ?
Ouf ! Sentinelle n'a pas été conquise non plus !

Le livre des illusions
Paul Auster traduit de l'américain par Christine Le Boeuf
LGF (Le Livre de Poche n°30146), 2007
ISBN : 978-2-253-10953-2 - 379 pages - 7,50 €

The Book of Illusions, parution aux Etats-Unis : 2002

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Vendredi 30 mai 2008

Voici un livre bien difficile à présenter tant il est tout en suggestions et impressions. Il n’y a guère d’histoire à proprement parler, mais l’évocation d’une adolescence en Indochine dans les années 30. Et des bribes familiales, extrêmement noires : « Jamais bonjour, bonsoir, bonne année. Jamais merci. Jamais parler. Jamais besoin de parler. Tout reste, muet, loin. C’est une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès aucun. Chaque jour nous essayons de nous tuer, de tuer. Non seulement on ne se parle pas mais on ne se regarde pas. » A l’origine, une mère autoritaire, exigeante, sans amour pour sa fille et aveuglément dévouée au fils aîné, un bon à rien dévoré d’opium. Et la misère aussi, le malheur d’avoir tout perdu dans les colonies après la mort du père, sauf la fierté d’être Français.

Alors la jeune fille de quinze ans dit oui au beau jeune homme riche qui vient la chercher en limousine à la sortie du lycée. Oui à l’homme qui lui parle d’amour, qui la regarde, qui la fait devenir femme. Oui à celui qui la sort de son enfer familial. Car si le livre de Marguerite Duras est centré sur cette famille si dure fondée sur la haine mutuelle, le film de Jean-Jacques Annaud (1992), que j’ai eu envie de voir après cette lecture, se concentre sur l’histoire d’amour entre la jeune fille et le beau, très beau Chinois (Tony Leung Ka Fai). Annaud avait envie de filmer des corps dans la moiteur asiatique et il ne s’en est pas privé. Son film est une grande réussite esthétique : les images sont magnifiques, les corps sculptés, cernés par la caméra qui nous restitue avec charme leur langueur. Tout est appel aux sens dans ce film : le bruit, les couleurs et la sensualité.

Le film est d’autant plus émouvant que Marguerite Duras a participé au scénario du film alors qu’elle était extrêmement malade et très vieille, forcément très éloignée de la magnifique jeune actrice (Jane March) qui lui prête ses traits.

Une fois passé l’étonnement d’entendre tous ces gens parler anglais, le spectateur est saisi par ces deux amants étranges, à la fois torrides et froids, proches dans leurs deux solitudes. Envouté également par la voix grave de Jeanne Moreau qui lit de longs passages du texte de Duras (en anglais...). 
Je vous colle un extrait qui traduit bien à mon avis cette ambiance. La qualité n’est pas extraordinaire mais on devine la beauté des images… et la chaleur des relations entre les protagonistes…

 

 

L'Amant sélectionné dans Cinéma et Courts métrages

L'amant

Marguerite Duras

Editions de Minuit, 1984

ISBN : 2-7073-0695-9 - 146 pages - 10 €

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Mercredi 28 mai 2008

Et si Emma Bovary, avant de mourir, avait murmuré à l'oreille de son médecin : « Assassinée, pas suicidée ». Et si ces quelques mots ayant fait leur chemin, avaient déclenché une contre-enquête chargée de faire la lumière sur ce mystère. Et si Flaubert n'en avait rien su, ou avait travesti l'histoire telle qu'elle s'est réellement déroulée au printemps 1846 à Yonville-l'Abbaye, Seine Inférieure ?

Philippe Doumenc nous convie à un jeu littéraire qui a déjà fait ses preuves. Parmi mes meilleurs souvenirs citons L'autre voyage de Phileas Fogg de Philip José Farmer qui s'inscrit très intelligemment et avec beaucoup d'humour et de rocambolesque dans les blancs du Tour du monde en quatre-vingts jours. Plus récemment il y a eu aussi Qui a tué Roger Ackroyd ? de Pierre Bayard, érudit et réjouissant décorticage du meilleur roman d'Agatha Christie.

Je suis bien moins convaincue par l'essai de Philippe Doumenc, mais je me dois de préciser que ma lecture de Madame Bovary remonte à fort longtemps, une quinzaine d'année au moins. J'avais cependant l'intrigue et les personnages en tête avant ma lecture, et je suis allée piochée un résumé très complet sur Internet afin de me remettre en tête le déroulement chronologique des faits.

Même si Madame Bovary est une institution littéraire, ou quasi, il est je pense permis d'avoir une opinion sur son héroïne. Est-elle une bourgeoise qui s'ennuie ? Une mal baisée qui se languit ? Une dépressive suicidaire ? Pour moi, c'est une jeune femme qui se découvre destinée à une petite vie, qui la refuse et projette sur deux hommes ses légitimes espoirs de bonheur. Mais ces deux là sont des médiocres, chacun à leur façon et les trop grandes aspirations d'Emma noieront ses rêves mort-nés. Vison féminine ? Certainement. Philippe Doumenc ne voit pas du tout les choses de cette façon, libre à lui bien sûr, mais je n'adhère pas. Pour lui, Emma est une sorte de nymphomane inassouvie, une dévergondée irresponsable qui pour éponger ses dettes va jusqu'à se faire cet exécrable monsieur Homais, laid, suffisant, la médiocrité fait homme, la virilité mise en berne. Avec son bonnet grec et son visage « quelque peu marqué de petite vérole » et qui « n'exprimait rien que la satisfaction de soi-même », le pharmacien d'Yonville est l'antithèse même du rêve romanesque qui dévore Emma Bovary. Et Philippe Doumenc ne s'arrête pas là, il prête à la jeune femme bien d'autres aventures improbables et libidineuses conduites par sa seule vénalité et que je ne vous raconterai pas pour ne pas vous gâcher le plaisir, si vous en éprouvez à la lecture de ce roman.

Cette déception m'a certainement fait passer à côté des subtilités et trouvailles de ce court roman qui s'approprie des personnages, les fait évoluer pour tisser une autre trame, une autre Emma... qui n'est pas la mienne.

 

D'autres avis sur ce roman : Yohan sur Biblioblog, Papillon, déçue aussi et Clochette

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary
Philippe Doumenc
Actes Sud, 2007
ISBN : 978-2-7427-6820-2 - 186 pages - 18 €

par Yspaddaden publié dans : A discuter
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Lundi 26 mai 2008

Joachim et ses parents vivaient heureux, très heureux dans leur petite maison éloignée du monde avec leur bonheur pour unique raison d'être. Jusqu'au jour où trois ombres apparaissent en haut de la colline, trois ombres qu'on a beau chasser, elles reviennent toujours. Joachim interroge ses parents sur ces ombres mais eux n'ont que trop bien compris ce que signifie leur présence. Le père décide de leur échapper et d'emmener son fils loin de leur nid, très loin, au-delà des mers. Il n'est rien que ce père ne ferait pour le sauver et commence alors un long voyage contre l'inéluctable destin.

Cyril Pedrosa choisit de ne jamais dire qui sont ces ombres, comme si révéler leur identité précipiterait le destin du petit garçon. Mais le lecteur comprend tout de suite qui elles sont et que le combat du père contre la mort de son fils est vain. Mais le regard que porte sur lui l'auteur est extrêmement tendre et touchant. Sur un sujet aussi difficile que la mort d'un enfant, Pedrosa parvient à ne pas faire dans le larmoyant. Il a choisi pour cela la forme d'un conte fantastique sombre, mais paradoxalement d'une grande vitalité, cette vitalité des derniers instants passés ensemble. Le dessin est très gai et dynamique malgré le noir et blanc, car les personnages sont expressifs. La bouille du gosse est particulièrement réussie, de même que les marins.

Grâce à une BD de 268 pages, Pedrosa peut nous entraîner dans une aventure humaine dense et cependant très intime et nous guider du rire aux larmes sans jamais aucun pathos. Le registre fantastique lui permet de rester dans le non dit et d'échapper aux scènes tragiques.

Finalement, on sort très ému par ce père qui tente tout pour son fils, qui est prêt à donner sa vie pour lui, mais de sa vie la mort ne veut pas. Il va falloir qu'il accepte de vivre sans lui, sans ce petit bout d'homme si réjouissant, qu'il vive encore, pour lui, pour les autres, pour « tenir debout. Rester du côté des vivants

Très beau, très émouvant : incontournable.

L'avis de Philippe

Trois ombres
Cyril Pedrosa
Delcourt (Shampooing), 2007
ISBN : 978-2-7560-0470-9 - 268 pages - 17,50 €

par Yspaddaden publié dans : Bande dessinée
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Vendredi 23 mai 2008

Autant le dire tout de suite, je suis une fan de Mick Jagger. Pas des Rolling Stones (je ne connais pas tous leurs albums ni toutes leurs chansons par coeur), non vraiment de Mick Jagger qui représente pour moi le charme fait homme. Ben oui, personne n'est parfait. Alors un film de Scorsese sur les Stones, c'est pour moi : deux heures de déhanchements en gros plan, je ne pouvais pas rater ça ! Et franchement, je n'ai pas été déçue car malgré ses soixante ans passés, il le fait encore bien. Et même qu'il sourit de temps en temps ! C'est formidable !


Comme mon propos manque un peu d'arguments, voici quelques détails moins pulsionnels et plus techniques... Scorsese, fan des Stones, s'offre un petit bonheur, qui à mon avis, n'a pas dû être qu'une partie de plaisir. Car ce sont les Stones qui commandent et pas lui, alors Marty t'es bien gentil, mais tu vas pas gêner le public avec tes caméras. Et puis attention, ne pas utiliser n'importe quelle lumière valable au cinéma car le principe de base est simple : "We can't burn Mick Jagger ", of course !
 


Première chanson : « I can't be Satisfed », puis « Under my Thumb » et la salle s'embrase enfin au rythme de « She was Hot ». Et nous, pauvres spectateurs qui devons rester assis dans nos fauteuils de cinéma dans une ambiance pareille !
Quelques archives, trop peu, viennent rompre le rythme et faire autre chose de ce film qu'un concert filmé. Et l'éternelle question : « Vous comptez chanter encore longtemps ? » et le jeune Mick au visage angélique de répondre en 1964 : « Maybe one year more »... Et on leur repose la question en 74, 84, 94, 2004 : les Stones sont éternels, bon sang !

Et côté forme, comment se portent les Stones ? Eh bien Mick a toujours bon pied bon oeil, et comme on a réussi à sortir Charlie Watts de son sarcophage, c'est qu'il y a de l'espoir. Keith Richards et Ronnie Wood n'ont toujours pas changé de coiffeur, mais le principal, c'est qu'ils assurent toujours autant.
Ils s'adjoignent quelques alliés bienvenus : Buddy Guy, Jack White et Christina Aguilera (superbe voix, mais qu'est-ce qu'elle est blonde !).


Allez, je vous colle la bande annonce : this is rock'n'roll !

 


L'avis d'Alain

Shine a Light, Martin Scorsese, 2008
Avec Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood, Charlie Watts
Durée :  2 h 20 - Sortie nationale : 16 avril 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Mercredi 21 mai 2008

Voilà un billet bien difficile après une lecture assez pénible. Je n'avais lu et entendu que du bien de ce roman de Mo Hayder, son meilleur paraît-il, en tout cas le premier que je lis et j'en sors vraiment déçue.
Grey est une jeune femme bizarre, différente. Le lecteur apprend à la découvrir très progressivement aussi ne faut-il pas trop en dire sur son compte. Disons qu'elle a été élevée dans un cercle très fermé (pas d'école, pas d'ami) qui ne lui a pas permis de discerner le bien du mal. On sait qu'elle a très jeune été enfermée dans un hôpital, peut-être un asile, sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'il est question d'automutilation. Au début du roman, elle débarque à Tokyo dans l'intention de rencontrer Shi Chongming, professeur d'université spécialisé dans la médecine chinoise, jadis linguiste. Elle veut absolument voir un film qu'il est le seul à détenir, montrant les atrocités commises par les soldats japonais lors de la prise de Nankin, alors capitale chinoise, en 1937. Elle a vendu tout ce qu'elle avait en Angleterre pour venir au Japon voir ce film qui l'obsède, sans que le lecteur sache pourquoi. Mais l'universitaire la chasse et la voilà errant dans Tokyo, puis accueillie par un jeune Américain, Jason, qui lui trouve un emploi d'hôtesse dans un club pour hommes : « allumer les cigarettes, verser du whisky, veiller à ce que les hommes ne soient jamais à court d'amuse-gueule, et les distraire. Pas de sexe. Rien que de la conversation et de petites flatteries. » Le club est fréquenté par des yakuzas impitoyables, dont un certain Fuyuki, vieillard sans âge chaperonné par une inquiétante nurse. Sous prétexte de médecine chinoise, Shi Chongming promet à Grey de lui montrer son film si elle parvient à voler à Fuyuki son secret de longévité.

Parallèlement à la vie japonaise de Grey, des extraits du journal de l'universitaire nous racontent le sac de Nankin auquel il a participé et survécu.

Le plus grand défaut du livre à mon avis est d'être extrêmement long : longues descriptions de la vie de Grey, de ses soirées au club, de ses séances d'habillage ; long récit de Shi Chongming, de ses relations avec sa femme, ses voisins. En règle générale, j'aime beaucoup les histoires de fous dans lesquelles la personnalité trouble du héros se fait jour peu à peu (je pense à Garden of Love de Marcus Malte ou Shutter Island de Dennis Lehane par exemple). Mais là, je n'ai pas du tout accroché à l'histoire de cette fille. Je crois que les éléments de son passé qui nous permettraient de compatir sont trop distillés, ils viennent trop tard pour qu'on s'attache à elle.

Bref, je n'ai pas été tenue en haleine, j'ai plutôt eu envie de refermer le livre avant la fin. Non pas parce que je prévoyais quelque chose d'insupportable, mais tout simplement par ennui. Certes, Mo Hayder connaît Tokyo et le lecteur est immédiatement immergé dans cette ville fascinante ; certes, le choix de raconter le sac de Nankin de l'intérieur par une de ses victimes nous plonge littéralement dans cet épisode tragique et méconnu. Mais ça n'a pas suffit à me captiver ni à me convaincre du grand talent de Mo Hayder pour le thriller.


Mais bien d'autres blogueurs ne sont pas du même avis que moi :
Lo, Solenn, Yueyin ; Goelen ; il n'y a que 
Gachucha pour être un peu moins enthousiaste

Tokyo
Mo Hayder traduite de l'anglais par Hubert Tézenas
Pocket, 2007
ISBN : 978-2-266-15790-2 - 473 pages - 6,80 €

Tokyo, parution en Grande-Bretagne : 2004

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Lundi 19 mai 2008

Dans un village au bout du monde, triste et gris, sombre et morne, les habitants n'ont pas vu d'animaux depuis des décennies. Ni mouche, ni poisson, ni oiseau : ils sont tous partis. Maya et Matti voudraient bien savoir pourquoi et, bravant l'interdit, s'enfoncent un jour dans la forêt profonde où ils vont certainement croiser Nehi, le démon des montagnes qui terrorise les nuits des honnêtes gens. Car « personne au village n'aurait pu apprendre aux enfants que la réalité n'est pas forcément visible, audible ou tangible, mais souvent indiscernable, impalpable, ne se dévoilant parfois fugitivement qu'à celui qui la cherche avec les yeux de l'esprit, est capable de l'entendre avec les oreilles de l'âme ou de la toucher avec les doigts de la pensée. » Maya et Matti vont donc découvrir eux-mêmes la raison de l'exil des animaux qui ont trouvé un paradis loin des pensées malsaines et du sarcasme. Car avant d'être sorcier, Nehi était un enfant juste un peu différent, bizarre, ne récoltant que mépris et rebuffades. Alors qu'il était prêt à tout pour qu'on le tolère, il n'obtint que le statut de « pitre pour amuser la galerie. » Réfugié avec les animaux loin des hommes, il a trouvé la paix.

 

Il existe quelque part un paradis réservé à quelques élus, un lieu privilégié où ont trouvé refuge rêves et rêveurs, enfants innocents et adultes différents. Dans ce conte qui peut aussi être une belle histoire pour enfants, Amos Oz écrit pour la tolérance et le rêve, pour le droit d'être différent et pour l'espoir.

Plus loin encore, on peut comprendre qu'il y a un endroit où tous les hommes quels qu'ils soient seront acceptés et trouveront leur place malgré leurs différences. Cet endroit accessible à tous n'est pourtant visible que par quelques uns, par les coeurs simples et purs et fermé à ceux qui ont contracté « la maladie du mépris et de la raillerie. » Il ne tient qu'à nous tous d'en parler « aux insulteurs, aux agresseurs, à ceux qui éprouvent un malin plaisir à faire souffrir autrui, [...] à tous ceux qui sont disposés à vous écouter » : « parlez et parlez encore sans vous décourager », préchez et alors peut-être la paix reviendra, symbolisée par l'alliance nouvelle entre les hommes et les animaux.

 

Merci à Benoît de faire voyager ce livre qui m'a permis de découvrir ce grand auteur israélien.

 

Ce livre est disponible chez Gallimard en collection jeunesse avec des illustrations de l'Allemand Georg Hallensleben.

Soudain dans la forêt profonde
Amos Oz traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen
Gallimard (5Folio n°4701), 2008
ISBN : 978-2-07-035562-4 - 125 pages - 4,20 €

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Vendredi 16 mai 2008

J'ai lu ici et là un ou deux billets mystérieux qui m'ont donné envie d'aller voir ce film. Je ne sais plus où, mais que les blogueuses soient encore une fois remerciées.

Pourtant, j'ai passé tout le film à me dire que ce type (Antoine – Albert Dupontel) était vraiment un pourri et qu'il n'y avait vraiment pas de quoi en faire un film, encore moins tout un plat. Mais bon, à la fin : chapeau ! Alors comme mes petites camarades, je ne dirai rien, juste un petit pitch pour vous donner envie si ce n'est déjà fait.

A quarante-deux ans, Antoine décide de tout plaquer : boulot, famille, amis. Et il a beaucoup à perdre car Antoine qui vit dans la banlieue ouest de Paris, possède son agence de pub, un labrador, deux beaux enfants bien sages, une superbe bagnole...etc. Il décide en plus de partir en beauté, en réglant ses comptes à tout le monde : la belle-mère qui l'exaspère, les amis hyper friqués de gauche, la femme, aimante pourtant. Tout le monde en prend plein la poire, et moi je me dis que vraiment, c'est trop facile de faire sa crise de la quarantaine, de s'apercevoir qu'on mène une petite vie, même plein de fric, et que la grande n'est pas pour demain. Trop facile, me dis-je d'être infect avec tout le monde et de partir faire le joli coeur en Irlande. Sauf que j'avais tout faux et que ce Dupontel m'a bluffée du début à la fin. Et le générique de fin, vraiment parfait.
Le film ne manque pas d'humour en plus, et démare sur les chapeaux de roue avec une tirade à la Cyrano version yaourt. 

Allez-y, c'est émouvant, très bien construit et interprété et surtout ne cherchez pas à savoir la fin. Et puis tenez, la critique d'Aurélien Ferenczi dans Télérama est tellement nulle que je ne vous la mets pas en lien. Ce monsieur va certainement trop au cinéma. Moi, je me suis laissée porter, et surprendre.

Cathulu n'a pas du tout aimé le livre, alors qu'Anne est une de celles qui m'ont donné envie d'aller voir ce film.

Deux jours à tuer, Jean Becker (2008)
Avec Albert Dupontel (Antoine), Marie-José Croze (sa femme), Pierre Vaneck (son père)
Durée : 1h 25 - Sortie nationale : 30 avril 2008

par Yspaddaden publié dans : Cinéma
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Mercredi 14 mai 2008
 
« Rien n'a de sens, je le sais depuis longtemps. Il n'y a donc rien à faire, je viens de le découvrir. » Alors Pierre Anthon, élève de quatrième dans un collège danois, décide de monter dans un arbre, tel Côme, baron du Rondeau, pour ne plus en descendre. Il passe désormais son temps à apostropher les passants en leur lançant des prunes pour leur faire comprendre que rien n'a de sens dans la vie. Ses camarades, agacés par sa conduite hors norme commencent à lui lancer des cailloux, puis lui intiment l'odre de descendre. Comme cris et menaces ne changent rien, ils décident d'amasser des objets significatifs, qu'ils glanent d'abord chez les habitants, puis parmi eux, pour lui prouver que dans la vie, bien des choses ont un sens.. Peu à peu, le « jeu » prend une tournure perverse : celui qui vient de donner désigne le donneur suivant et ce dont il devra se séparer pour grossir le mont de signification. D'abord des objets classiques comme des chaussures ou un vélo, un ballon de foot ou une canne à pêche. Puis les élèves comprennent qu'ils ont enfin l'occasion d'être mesquins, voire méchants et on demande à la petite Coréenne son certificat d'adoption, puis à la belle Rikke-Ursula ses cheveux bleus dont elle est si fière. Puis l'exercice tourne à la séance d'humiliation : le cadavre du frère de l'une, la virginité de l'autre, jusqu'au petit doigt du dernier. Le sordide mont de signification tourne au cauchemar et pourtant, comble de l'absurde et donc du non sens, il devient oeuvre d'art !

On sent bien que tout cela est très choquant et attise la polémique. On n'imagine pas des professeurs de collège proposer ce livre à leurs élèves. On les comprend et pourtant, voici un livre qui parle de cruauté à des jeunes qui n'en sont pas dénués et qui peuvent lire tout à loisir depuis longtemps Sa Majesté des Mouches. Le plus dérangeant n'est je crois pas la violence, mais le ton avec lequel les scènes les plus terribles sont rapportées : la jeune narratrice reste imperturbable, ou quasi, et ne s'émeut guère de situations que notre grand âge juge révoltantes car injustes et humiliante, portant atteinte à la dignité humaine. C'est certainement que ces jeunes ont un autre sens de la justice et un détachement inquiétant face à la violence. L'effet de groupe a également une importance considérable : l'un ne peut pas refuser de faire ce que les autres ont fait. C'est certainement ce que l'on appelle la spirale de la violence, mais c'est aussi un jeu de massacre aux charmes pervers que la narratrice ne semble pas rejeter.

On peut ressortir choqué, bouleversé, inquiet de cette lecture, mais aussi content : il est très rassurant de voir des éditeurs s'aventurer loin des bons sentiments et du préchi-précha pour adolescents qui a grands renforts de psychologie de base entendent livrer un message et aider l'ado (forcement perturbé, instable, en questionnement) à passer cette si dure période de la vie, hi, hi... On a juste ici le récit d'une adolescente, sans jugement, ni volonté d'édification. Juste la vie, ses contradictions, avec tout ce qu'elle réserve qu'on ne voudrait pas voir.

 

L'avis toujours avisé de Bertrand

 

Rien
Janne Teller traduite du danois par Laurence W.Ø
. Larsen
Panama, 2007
ISBN : 978-2-7557-0276-7 - 134 pages – 12,50€

 

Intet, parution au Danemark : 2000

par Yspaddaden publié dans : Jeunesse
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  • : 21/02/2008
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