Après ma lecture de Un Juif pour l'exemple, je savais que j'allais relire
Jacques Chessex. L'homme médiatique ne me plaît pas beaucoup, mais son écriture est vraiment saisissante, très belle, comme le montrent les premières pages de ce court roman que l'on peut lire
ici. Elles décrivent avec une précision aussi poétique qu'assassine les moeurs désolées du Haut-Jorat vaudois au tout début du XXe
siècle : misère intellectuelle et sexuelle qui ne pouvait qu'engendrer des crimes aussi terribles que ceux rapportés ici.
En ce glacial mois de février 1903, une jeune fille de vingt ans a été enterrée. Peu de jours après, sa tombe est
ouverte et son corps profané de manière ignoble : violé, tailladé et même dévoré par endroits. La presse du monde entier se fait l'écho de ce crime qui se répète par deux fois à quelques semaines
d'intervalle. La population s'émeut, les esprits s'échauffent mais les recherches restent vaines. Un homme pourtant est bientôt arrêté, puis relâché faute de preuves, puis arrêté à nouveau, en
flagrant délit de viol, d'une femme bien vivante toutefois. Le coupable présumé s'appelle Charles Augustin Favez, une vingtaine d'années, parfait représentant d'une population dégénérée. Violent,
quasi abruti, coupable de bestialité sur les vaches de son patron, peut-être devint-il nécrophage et nécrophile, Jacques Chessex n'est pas totalement affirmatif.
Le plus intéressant n'est en effet pas de savoir si Favez était bien le vampire de Ropraz. Si, comme il le fera
pour Un Juif pour l'exemple, Jacques Chessex plonge dans les annales sordides de son pays, ça n'est pas pour faire la lumière sur des crimes odieux mais bien, me semble-t-il, pour faire
oeuvre de sociologue, pour analyser le passé de son pays, décrire des pratiques pour comprendre des populations. Car coupable ou pas, Favez fut avant tout "la victime d'une ruralité
misérable", d'une région où "l'alcool, l'inceste et l'illettrisme sont des plaies ataviques". Violé et battu dès son plus jeune âge, qu'est-ce que Favez pouvait espérer de la vie ?
Quelle place le Haut-Jorat réservait-il à sa victime ? Car si Chessex dénonce les crimes odieux et les corps profanés, il exprime également sa compréhension voire même sa compassion car Favez
n'est pas né monstrueux, il l'est devenu.
"... il a quatre ans, peut-être cinq, des gens qu'il ne connaît pas et qui lui font tout de suite peur. C'est
un hameau perdu dans les collines, des ravins, après Vucherens, l'homme le prend sur ses genoux et le force à baisser sa culotte pour lui enfoncer sa grosse chose. Tais-toi Favez, personne ne
t'entend. On est seuls ici toi et moi, Charles Favez, petit pauvre, il y a toi et moi et tu vas me donner ton petit trou comme hier soir, comme ce matin. Tourne-toi, Favez. Allez, à quatre
pattes, Charles Favez..."
On pourra reprocher à Chessex de ne pas avoir écrit un roman ; de fait, ce livre tient plus de la chronique. C'est
à mon avis le style qui convient à cette histoire vraie, les faits parlant d'eux-mêmes sans qu'il y ait besoin de rajouter une part de romanesque ou d'imaginer la psychologie de certains
personnages.Et aussi insupportables que soient certaines descriptions, on lit ce texte qui capte la
curiosité morbide du lecteur écoeuré et pourtant captivé.
J'ai d'ores et déjà réservé La confession du pasteur Burg à la bibliothèque et je vous engage à aller
faire un tour sur le blog de Yoshi qui organise un challenge Jacques Chessex, une façon de rendre hommage à cet
écrivain récemment disparu.
J'ai enfin pu voir cette petite merveille grâce à une escapade parisienne. Parce qu'ici, dans ma pauvre province, ce n'est que films français psychologisants et block busters
américains en v.f. Je ne sais même pas si ce film s'est donné quelque part en v.o. dans la région Centre...
Les thèmes sont simples, universels et traités sur un mode à la fois comique et tragique : la solitude, l'amitié, la marginalité...
Mary est une petite fille australienne. Elle n'est pas belle, pauvre et très solitaire.
Elle tombe un jour sur l'annuaire de New york et choisit un nom au hasard, celui de Max Horovitz auquel elle décide d'écrire. Max reçoit sa lettre et c'est le début d'une grande amitié entre ces
deux solitaires. Car Max est seul lui aussi, mais pour d'autres raisons. La quarantaine passé, il est obèse et quasi simple d'esprit, souffrant du syndrome d'Asperger qui lui rend pénible toute
relation sociale. Il ne sait pas gérer ses émotions, encore moins les exprimer en public. Sa relation épistolaire avec Mary va bouleverser sa routine et provoquer des crises qui ne seront pas
sans répercussions sur la petite fille, puis sur la femme qu'elle va devenir. Car cette amitié est faite de nombreuses incompréhensions.
De très belles scènes ponctuent ce film extrêmement touchant. Par exemple quand Mary envoie ses larmes à Max qui lui a avoué ne pas pouvoir pleurer. Beaucoup de scènes très drôles aussi
(notamment autour du poisson rouge de Max). Le film mêle en permanence ces deux registres, ce qui permet au spectateur de prendre de la distance, en particulier avec le quotidien quasi sordide de
la petite fille (elle est sans cesse moquée, sa mère est alcoolique et elle doit travailler). On trouve dans ce film une thématique très proche de celles des films de Tim Burton : un intérêt pour
les petits gens, ceux d'en bas, les oubliés du monde, mes marginaux, les presque fous, traité avec un détachement humoristique salutaire.
Ces deux êtres fragiles sont bien loin des personnages à la Disney Pixar : ils sont aussi cabossés physiquement que psychologiquement et pourtant, le spectateur s'attache irrésistiblement à eux.
Le ton est enfantin, l'animation en pate à modeler aussi, mais les sujets traités sont graves. Ces tristes existences sont traversées par la grâce légère de l'animation qui permet de
montrer le malheur sans apitoyer, bien au contraire, même si la fin est extrêmement triste.
C'est au final un film triste et drôle, mélancolique, un peu dingue.
La bande annonce montre bien toute la beauté de ce film, et allez donc faire un tour sur le site du film
Peu de temps avant, j'ai vu sur le blog de Lily le court métrage pour lequel Adam Elliot a décroché un Oscar en 2004. Il s'appelle "Harvie
Krumpet". Tout à fait le même univers de marginaux et de solitaires.
Mary et Max d'Adam Elliot
Avec les voix de : Toni Colette, Philip Seymour Hoffmann et Barry Humphries
Sortie nationale le 30 septembre 2009 - Durée : 1h 32
Au
début des années 30 en Alabama, état du sud des États-Unis. Scout est une petite fille qui aimerait bien être un garçon, elle court, se bat et porte des salopettes, comme son frère Jem, de quatre
ans son aîné. Tous deux sont élevés par leur père Atticus Finch car leur mère est morte alors que Scout avait deux ans.
Atticus est avocat et se voit obligé de défendre Tom Robinson accusé de viol par Mayella Ewell. Tom est Noir, Mayella est Blanche et pour Atticus c'est donc une cause perdue d'avance. Mais il est
persuadé de l'innocence de Tom et malgré l'hostilité d'une grande partie de la population, il met toute son honnêteté et sa verve au service de son client. Mais Scout ne comprend pas : on insulte
son père en disant qu'il aime les Noirs, en tout cas c'est pour l'insulter que les gens le lui disent. Scout et Jem vont devoir apprendre que la justice n'est pas toujours du côté de la vérité et
que les préjugés raciaux sont les plus forts.
D'emblée, le lecteur développe une grande tendresse pour cette famille : les enfants sont plein de vie et le père exemplaire. Il fait ce qu'il peut pour les élever, mais surtout pour leur montrer
ce qui est bon et juste, pour qu'ils marchent toujours la tête haute et n'aient jamais honte de leurs actes. C'est dur pour eux de comprendre car la société dans laquelle ils vivent est basée sur
l'infériorité des Noirs. Les Noirs sont menteurs, voleurs, fainéants, et la parole d'un Blanc, aussi mauvais soit-il, prévaudra toujours. Atticus est donc un homme hors norme qui surmonte ces
préjugés de classe pour faire triompher la justice. Mais il est encore long le chemin à parcourir dans cet état du Sud pour qu'un homme soit uniquement jugé sur des faits et non sur sa
couleur de peau.
Il y a deux partie distinctes dans ce livre. D'abord le quotidien des enfants qui s'amusent à se faire peur avec la maison de leur mystérieux voisin, Boo Radley, qui vont à l'école et admirent
leur père en s'efforçant de lui obéir. Pendant ce temps, on ne sait rien de Tom Robinson, ni ce dont on l'accuse vraiment, ni la position d'Atticus. Puis débute le procès et le lecteur découvre
en même temps que Scout qui sont les accusateurs, les Ewell, autant dire des dégénérés, et Tom, si fier, si intègre.
J'ai trouvé cette première partie assez longue, plus de deux cents pages sur le quotidien de ces enfants. C'est quand démarre le procès que le roman prend vraiment tout son intérêt, en dévoilant
les faits et les protagonistes dans leur ignominie ou leur grandeur.
Le film de Robert Mulligan (Du silence et des ombres,
1962) est construit exactement de la même façon : une bonne heure où on vit le quotidien de cette famille, puis le procès et ses conséquences. Le roman insiste beaucoup plus sur l'indigence des
Ewell. On ne voit pas dans le film leur lieu de vie, mais Harper Lee le décrit très bien. Il est fait d'alcool et de pauvreté et surtout d'une promiscuité qui ne peut conduire qu'à ce genre de
crime. On comprend donc que malgré tout, les Ewell ne sont pas les grands méchants de cette histoire. Ils sont eux aussi victimes, victimes de la Grande Dépression qui suivit la crise de 1929. La
pauvreté chronique des états du Sud n'a fait qu'attiser les haines raciales et sans les excuser, l'auteur nuance ainsi le portrait des protagonistes.
Gregory Peck est bien sûr impeccable dans le rôle d'Atticus (qui lui valu un Oscar), d'une grande sobriété. Il se bat seul contre tous pour Tom Robinson et pour ses enfants. Ces derniers ne sont
certes pas toujours aussi bien mis qu'ils le devraient, mais il préfère leur enseigner le chemin de l'honnêteté et de la conscience plutôt que les bonnes manières (qui semblent avoir d'ailleurs
définitivement fuient Scout).
Si l'action du livre se déroule au début des années 30, le livre (et le film) sort aux États-Unis alors que des affrontements très violents ont lieu à l'occasion de l'abolition des lois Jim
Crow (lois sudistes basées sur le principe du "separate but equal"). La Ségrégation est partout présente dans ce livre, notamment au sein de l'Eglise puisque Noirs et Blancs ne
fréquentent pas les mêmes. Toujours dans l'idée de nuances, j'ai trouvé très forte la scène où Jem et Scout vont assister à l'office dans une église noire où ils ne sont pas du tout bien
accueillis.
En choisissant une narratrice enfant, Harper Lee se coupe de la possibilité d'explication du contexte, elle nous livre les faits bruts, tels qu'ils arrivaient. Mais avec des scènes comme
celles-ci ont comprend très bien la tension qui régissaient alors les relations entre ces deux communautés.
Mais de l'auteur, on ne sait rien puisqu'elle n'a écrit que ce roman, prix Pulitzer en 1961, avant de disparaître de la scène littéraire. Un article ici.
Revoilà déjàDonald Harstad sur ce blog ! En effet, après ma lecture enthousiaste de 5 octobre, 23h 33, il me fallait rapidement renouveler l'expérience et cette fois avec son
dernier livre. Et il se passe à Londres cette fois, que du bonheur !
Voilà donc Carl Houseman, shérif adjoint du comté de Nation, Iowa, USA, délégué dans la capitale britannique où une colocataire de sa fille Jane a été enlevée. C'est dire si le quotidien de ce
type bon pour la retraite va être chamboulé. Relativement bien accueilli par New Scotland Yard, il ne peut cependant pas participer officiellement à l'enquête. C'est donc par la tangente que les
événements vont le rattraper et qu'il va devoir, bien malgré lui, courir vite, se battre et descendre dans les sous-sols de Londres au moment de la visite du président Bush.
Dans cette enquête, le lecteur en sait bien plus que Houseman et que les flics eux-mêmes. En effet, dès le début du roman, on sait qui a enlevé Emma Schiller : il s'agit d'un groupuscule de
terroristes amateurs, le Mouvement réformiste londonien pour la libération de Khaled al-Fawwaz et Ibrahim Eidarous à la tête duquel se trouve un professeur d'université tout ce qu'il y a de plus
britannique, à l'occasion amant de la disparue. Ce que ces fantoches ne savent pas, c'est que cet enlèvement n'est qu'une manoeuvre de diversion dans un attentat de bien plus grande envergure qui
vise la famille royale.
En débutant le roman, je n'ai d'abord pas été emballée par ce contexte de jihad et de terrorisme, n'étant pas vraiment attirée par ce genre de sujet. Et une boulette sur les dates au début du
roman m'a aussi agacée (c'est bien dommage de trouver des coquilles comme celle-là chez un tel éditeur...). Mais une fois encore, Carl Houseman a eu raison de mes premières réticences tant c'est
un flic original par son côté attachant et débonnaire. De plus ici, l'humour fonctionne bien avec le côté pittoresque de l'Américain qui sort de son trou de deux mille habitants en comptant les
chiens, et débarque à Londres. Évidemment, comme nous, la conduite à gauche lui donne des sueurs froides mais, fait notable, il apprécie la cuisine. Il écrit d'ailleurs à sa femme : "bonne
nourriture et pas encore de pluie", et vante même les mérites du café ! Pas de doute, il faut être Américain pour apprécier la gastronomie britannique à sa juste valeur ! Quelques scènes
cocasses aussi, comme par exemple quand Houseman prend le métro pour la première fois et lit sur le visage de l'employé qui lui en explique le fonctionnement : "sois patient, c'est un
Américain" ! Ce même Américain qui s'étonne du système de caméras de surveillance omniprésent dans la capitale britannique : "Si on essayait ça aux États-Unis, la ligue des droits de
l'homme ferait des convulsions"...
Les lecteurs francophones peuvent donc désormais lire six enquêtes du shérif Houseman. L'éditeur semble avoir choisi de toujours mettre un chiffre dans le titre français, j'avoue que je ne sais
pas pourquoi dans ce tome-là... Mais c'est en tout cas une très bonne idée de faire voyager ce héros si peu héroïque et de le confronter à des sujets aussi actuels. Son regard d'Américain
réfléchi n'est pas innocent.
Elles l'ont déjà lu aussi (quel succès ce Houseman !) : Amanda, Cathulu, Cuné
6 heures plus tard 3.5
Donald Harstad traduit de l'anglais (américain) par Gilles Morris-Dumoulin
Le Cherche Midi, 2009
ISBN : 978-2-7491-1446 - 342 pages - 19 €
Plongée immédiate et sans filet dans la vie tumultueuse du roi Henry VIII, (1491-1547) connu pour être l’instaurateur de l’anglicanisme en Angleterre suite au schisme avec
Rome, mais aussi celui qui inspira la légende de Barbe Bleue car il fut homme à femmes, légitimes ou pas, et en fit tuer plusieurs. Le malheur de sa vie fut qu’il voulut à tout prix un fils pour
lui succéder, mais l’Histoire allait se charger de faire de lui le père d’une des plus grandes reines qui fut jamais : Elizabeth Iere.
Quand commence cette première saison, Henry est bel et bien marié depuis de longues années à Catherine d’Aragon,
fille des très catholiques souverains d’Espagne. Bien sûr, ça ne l’empêche par d’aller fricoter à droite à gauche et d’engendrer quelques bâtards, éventuellement masculins mais dont aucun ne
survivra. Le Royaume est sans cesse en conflit plus ou moins déclaré avec la France et l’Espagne, François Ier étant tantôt un allié, tantôt un ennemi, au même titre que Charles Quint d’ailleurs.
Les alliances entre ces trois-là se font et se défont et les guerres se succèdent. Si Henry VIII tient effectivement en main son pays, l’homme de l’ombre de s’appelle Wolsey, le cardinal et
chancelier Wolsey, détesté du plus grand nombre mais fin comme une belette.
C’est donc vers lui que Henry VIII va se tourner lorsque que le besoin de divorce va se faire impérieux. C’est que
le roi ne veut plus de sa femme. La raison officielle est simple : en l’épousant, Henry a épousé la femme de son défunt frère Arthur, et selon la Bible, c’est un péché dont Dieu le punit en
ne lui donnant pas de fils. La raison officieuse est sa dévorante passion pour la belle Anne Boleyn dont il veut faire sa femme légitime. Mais le problème est plus complexe, forcément. Car Henry
a obtenu une dispense du pape pour épouser sa belle-sœur et il faudrait donc que le pape se dédise pour annuler le mariage. Et malgré les tractations de Wolsey pour réunir un conclave sous sa
propre autorité (le pape étant prisonnier de l’empereur), l’annulation traine et Henry attend. Et Henry passe pour un gogo aux yeux du téléspectateur qui a bien compris que Anne Boleyn n’est rien
d’autre qu’une prostituée, au même titre que sa sœur, utilisée par son père pour accéder aux plus hautes gratifications. Anne qui garde les cuisses serrées pour le roi les a écartées bien des
fois avant lui…
A la fin de cette saison 1, Henry VIII n’a toujours pas divorcé. C’est dire si cette série n’est pas basée sur
l’événementiel, mais bien sur l’intimité et la psychologie des personnages tous magnifiquement incarnés.
Au premier chef bien sûr, Jonathan Rhys Meyers crève l’écran. Incomparablement plus beau que l’original, il est
loin du roi bouffi des portraits : il est jeune, dynamique, gai, nerveux, impulsif. Et surtout, il est amoureux, passionné, d’une délicatesse de jeune premier envers cette garce d’Anne.
Elle, Nathalie Dormer est tout simplement sublime, magnifiquement belle, l’air hautain et mutin, quelque chose de supérieur dans son attitude mais aussi un sourire d’ange font d’elle le
personnage ambigu par excellence qui manipule de sang-froid et cède pourtant peu à peu. Le couple est donc magnifique, jeune, convaincant et passionnel.
Rien à redire des autres acteurs : Sam Neill (le cardinal Wolsey) est formidable en maniganceur, c’est le
Raminagrobis de la fable, le gars qu’on déteste et pourtant, la mise en scène de sa mort, sur une idée vraiment excellente, lui octroie au final une portion d’humanité vraiment émouvante. Jeremy
Northam, droit dans ses bottes et dans sa religion fait un très bon Thomas More, dont le portrait n’est pas aussi uniforme qu’on aurait pu le penser. Il est bien sûr celui qui tiendra tête au
roi, celui qui ira jusqu’au bout de ses idées, l'homme intègre par excellence, et pourtant, ce martyr de la foi est un bourreau qui fait brûler en conscience les Luthériens qu’il pourchasse.
Soulignons aussi la dignité de la reine Catherine d’Aragon incarnée par Maria Doyle Kennedy qui est, face à Anne Boleyn, la retenue, l’obéissance mais aussi la détermination et
l’honneur.
Ces très bons acteurs sont superbement mis en valeur dans des décors magnifiques qui soulignent le faste de la
cour d’Henry VIII, et des costumes somptueux. Mais la peinture de la misère et de la mort est aussi très réaliste comme on le voit dans les terribles scènes de l’épidémie de suette qui fit des
milliers de morts et contraignit le roi à se claquemurer.
C’est à mon avis une bonne chose que cette série soit américano-irlandaise et non anglaise. Elle ne tourne pas à
l’exercice d’admiration, au cours d’histoire ou à la réhabilitation. Au contraire, elle confère à l’Histoire un point de vue extérieur et dépassionné. Quoiqu'il y soit beaucoup question de
passion, de sexe et d'ambition... A mon humble avis, les Anglais auraient traité cette période de façon beaucoup plus factuelle, en tout cas, il n'aurait pas fallu plus d'une saison pour qu'Henry
VIII divorce ! De plus, ce souverain n'est guère apprécié des Anglais, qui voient parfois en lui une brute, voire rien moins qu'un tyran. Ici, c'est le jeune roi impétueux et amoureux que l'on
voit et vraiment, je ne vois pas comment on pourrait ne pas l'aimer !
Comme l'explique Suzannah
Lipscomb, historienne, chaque pays, chaque période, voire chaque réalisateur a sa propre image d'Henry VIII, la plus traditionnelle restant celle de Barbe Bleue. Pourtant, le jeune Henry de
cette série correspond bien au portrait qu'en fait Bernard Cottret dans son Histoire de l'Angleterre : "Henry VIII frappa d'abord par sa familiarité. Voire par son caractère
débonnaire et bon enfant. [...] Henry VIII fut enjoué, complice et dispendieux [...] homme complet selon l'idéal renaissant, à la fois cultivé ou du moins affectant de l'être, et sensible aux
questions théologiques et aux intérêts supérieurs de la chrétienté. [Il] aimait la liesse, les joutes viriles, les banquets et les tournois. Et bien entendu la chasse, sous toutes ses formes,
sous tous ses aspects."
En tout cas pour moi désormais, Henry VIII c'est Jonathan Rhys Meyers !
Le trailer ci-dessous est le générique, pas trouvé mieux
The Tudors - Saison 1 : 3 DVD, 10 épisodes - Merci à Isil
pour le prêt !
Après Comme une tombe, l'enthousiasmant premier volume des aventures du
commissaire Roy Grace de Bristol, Sussex, me voilà plongeant dans le second avec plaisir. Un rythme un peu pépère au départ, à l'image du héros, vieux flic solitaire, mais pas porté sur la
bouteille, pour une fois. Non lui, il ne pense qu'à sa femme Sandy qui a disparu des années auparavant sans laisser la moindre trace. Ils nageaient dans le bonheur, tout allait bien et hop, elle
disparaît de la surface du monde. Blessé, désespéré, Grace s'est mis à fréquenter des médiums pour tenter de retrouver sa trace, ou d'entrer en contact avec elle, même via l'au-delà... mais
rien. Cette fois, c'est le corps d'une jeune femme qui est retrouvé dans un champ, lardé de coups de couteau et sans tête, un scarabée enfoncé dans
l'anus. Parallèlement à l'enquête de Grace, qui va devoir assurer car la précédente lui a conféré une sacrée mauvaise réputation, le lecteur suit Tom Bryce, un commercial, qui trouve un CD oublié
dans le train et malheureusement, le regarde. Il assiste au meurtre d'une jeune femme avant que le disque dur de son ordinateur ne rende l'âme non sans lui avoir délivré le message suivant : il
ne doit parler de ce qu'il a vu à personne sous peine de représailles sur sa famille au moins aussi terribles que le contenu du CD. Et l'intrigue prend de la vitesse, entre les errements amoureux de Grace avec une belle thanatopracteur, le rythme de boulot inhumain, et un club
de snuff movies carrément glauque. Grace a cette fois affaire à de vrais criminels, avec réseaux pédophiles et sites internet ultra protégés ; autant dire que son équipe va être malmenée
et que le lecteur amateur d'enquêtes réalistes sera servi. En effet, l'auteur s'attache beaucoup au quotidien des enquêteurs à travers Grace, leurs démarches, leurs nuits écourtées, leurs espoirs
de promotion (ou pas). Et tout ça sans alourdir l'intrigue, qui accélère le rythme progressivement jusqu'à vous embringuer sans espoir de retour avant la fin. Il est vrai qu'on se doute que tout
ça va bien finir pour tout le monde (sauf les méchants) sans trop de dégâts autres que matériels. Les rebondissements ne sont pas vraiment surprenants, mais la mayonnaise prend, surtout grâce à
l'alternance des points de vue qui fait pénétrer le lecteur à l'intérieur de chaque personnage. Alors si l'intrigue n'est pas aussi originale que dans Comme une tombe, on suit encore le commissaire Grace dans ses recherches et dans
son quotidien de flic ordinaire à la personnalité de plus en plus consistante. Il faut quand même souligner que le sujet des snuff movies (films d'assassinats et de violences sans simulation avec personnes non
consentantes) est quand même vraiment glauque et peut être difficile à supporter.
La mort leur va si bien 3.5 Peter James traduit de l'anglais par Raphaëlle Dedourge Panama, 2007 (existe en poche) ISBN : 978-2-7557-0173-9 - 451 pages - 22 €
Looking good dead, parution en Grande-Bretagne : 2007
L'enthousiasme général de la blogosphère pour Jean-Philippe Blondel m'a un jour fait noter ce livre dans ma LAL, tombé dans ma PAL à Noël dernier et que je lis aujourd'hui
grâce à une proposition de lecture commune de Bladelor. Une découverte donc pour moi de cet auteur, peu médiatisé me semble-t-il, mais qui a une voix bien a lui pour
traiter des drames du quotidien et de l'intimité.
A l'occasion d'une rencontre furtive, un homme d'une quarantaine d'années voit ressurgir son passé. C'est Fred, un
des narrateurs, qui va nous raconter un an de sa vie avec Myriam et Thomas, eux aussi narrateurs tour à tour. On est au milieu des années 80, Fred est pion dans un collège où il rencontre Myriam,
prof de dessin. Il est tout de suite séduit par la jeune femme qui semble lui porter attention. Mais Myriam est enceinte de Thomas et même si elle est troublée par le jeune homme, elle n'en est
pas moins amoureuse du père de son enfant à venir. On voit se dessiner un triangle amoureux qui va prendre une tournure dramatique puisque le bébé meurt peu après sa naissance.
Je suis malheureusement restée à l'écart de ce livre. Certes, Jean-Philippe Blondel traite avec pudeur d'un thème
terrible et fait entrer le lecteur, grâce à ses trois narrateurs, au coeur de la douleur. Ses mots sont sobres, aucun pathos n'est convoqué bien au contraire. Il ne fait pas dans le sentimental
mais confie au flot de pensées intimes le soin de nous communiquer l'attente, l'amour, l'ambition, et surtout la douleur. Laurence dans son billet parle de la scène choc du livre et évoque ses propres sentiments au moment de sa
lecture parce que cet épisode l'a ramenée à son propre vécu. J'ai tenu mes bébés moi aussi dans mes bras mais à aucun moment je n'ai ressenti la douleur de Myriam en lisant ce texte. Je n'ai pas
été bouleversée avec elle, je suis restée spectatrice sans jamais partager ses émotions. C'est je crois parce que cette écriture est trop sage, à la limite de la platitude. Ces personnages
manquent de tripes alors qu'on les sent vivants. Ce sont des vies entières qui se jouent dans ces quelques pages et pourtant, je n'ai pas ressenti d'enjeux. Je trouve l'écriture de Blondel trop
fade, elle me semble manquer d'envergure face au drame et à la violence qu'elle met en scène.
Par contre, la seconde partie m'a semblé beaucoup plus intéressante, avec ce Fred qui essaie de trouver une place
dans ce couple qui a basculé mais veut rester debout, le trouble de tous les protagonistes devant le désir interdit. Je trouve Blondel plus subtil dans l'écriture de l'ambiguïté que dans
l'évocation de la tragédie humaine qu'est parfois la vie.
"Jeudi 5 octobre - 23h 33. Je crois pouvoir dire que tout a commencé ce jour-là, à cette heure précise. Je peux l'affirmer aujourd'hui. Je n'ai rien
soupçonné sur le moment". Eh bien pour moi, tout a commencé par un billet de Cuné. J'ai tout de
suite inscrit ce livre dans ma LAL et je l'ai cherché dans les trois bibliothèques où je suis inscrite, d'occas chez Gibert... rien. Et puis voilà Amanda qui remet ça dernièrement, elle qui a un goût très sûr en matière de polars. Et
heureusement, elle a eu pitié de moi...
Cette enquête est la quatrième de Carl Houseman (peu importe si on n'a pas lu les autres), shérif adjoint dans le
comté de Nation, Iowa. Ce jeudi-là, il intervient chez une femme terrorisée qui a vu à sa fenêtre (du deuxième étage !) un homme lui faire signe. Description de l'homme : "un sujet mâle de
race blanche, avec des dents !". Plus de peur que de mal pour la plaignante, mais peu après, son petit ami est retrouvé mort le crane fracassé et une horrible blessure au cou. Peu après,
Houseman est envoyé au Manoir où le corps d'une jeune femme est retrouvé quasi exsangue dans sa baignoire. Malgré un couteau près d'elle, Houseman et son équipe soupçonnent bientôt le meurtre, en
raison d'une blessure terriblement profonde à la gorge. Les autres habitants du Manoir ne tardent pas à lâcher le morceau : la riche propriétaire est amie avec un certain Dan Peel, vampire de son
état. Ils en sont persuadés, pour s'être livrés avec lui à quelques séances bien sanglantes... Mais Houseman et ses collègues ne croient pas aux vampires et vont donc devoir mettre la main sur ce
type, certes hors du commun, mais bien humain, croient-ils...
Et on suit Houseman et son équipe pas à pas sans pouvoir décrocher un instant. Ce shérif adjoint au bon sens
chevillé au corps est un enquêteur efficace et hyper réaliste, et ça n'a rien d'étonnant puisque Donald Harstad a lui-même été shérif et utilise les enquêtes qu'il a menées pour écrire ses
livres. Rien ne sonne donc faux dans le quotidien de Houseman, sa privée inexistante, les prises de bec avec ses collègues, les codes utilisés pour les échanges radios et les mille bâtons dans
les roues qu'au moindre faux pas une horde d'avocats est susceptible de glisser dans les pattes d'enquêteurs en délicatesse avec les lois des différents états. Et c'est un vrai casse-tête
!
Harstad ne nous épargne aucun détail mais n'en profite pas pour autant pour nous infliger des monceaux de cadavres
et des scènes sanglantes à foison. C'est certainement ce qui joue aussi en sa faveur : Harstad n'en fait pas trop et tout reste donc crédible et terriblement réaliste. Ce qui fait qu'on frissonne
en pensant que des dingues comme Dan Peel existent certainement quelque part... Mais en dehors de ce caractère "documentaire", ce polar est tout à fait captivant, le suspens est très bien mené et
je suis restée scotchée toute une journée à ces pages, cherchant à en savoir plus sur ces bizarres habitants du Manoir, sa propriétaire, et le fameux vampire...
5 octobre, 23 h 33 4 Donald Harstad traduit de l'anglais par Gilles Morris-Dumoulin Seuil (Points n°P2042), 2008 ISBN : 978-2-7578-0899-3 - 440 pages - 7,80 €
J'ai déjà lu ce roman il y a longtemps. La seule chose dont je me souvienne c'est que c'était en septembre 1990 ; le contenu : oublié. Je replonge donc dans ce livre offert par
Co lors du swap Saint Valentin, dans le cadre d'une lecture commune avec Lounima et Erzebeth.
Autant dire que je suis assez mitigée. Déçue dans un sens mais intéressée par certains aspects. Déçue parce que tout de même, en entamant la lecture de L'amant de lady Chatterley, on
s'attend à un peu de gaudriole, non ? Eh bien sur ce chapitre, il me semble qu'il y a de quoi être déçu(e) car si lady Chatterley s'offre en direct quelques ébats avec son garde-chasse Oliver
Mellors, ils sont d'une monotonie à toute épreuve. Il faut dire aussi qu'elle ne met pas beaucoup de coeur à l'ouvrage : "elle restait inerte, les mains posées sur le corps de l'homme en
mouvement et, quoi qu'elle fît, son esprit semblait observer la scène, jugeant ridicules les coups de boutoir et grotesque l'acharnement de ce pénis pour aboutir à son petit accès
d'éjaculation". Pour un début de liaison, c'est plutôt terne. Parfois il est vrai, elle se sent un peu plus concernée, mais bon, son cher Mellors ne semble connaître que la position du
missionnaire, alors on la comprend un peu... Pourtant, à la fin du roman quand le scandale éclate, Mellors est calomnié par sa femme pour sa sexualité débridée... J'en conclus que D.H. Lauwrence
s'en est tenu aux passages les plus soft, par crainte de la censure peut-être. Pour conclure clairement ce premier point, je dirais que L'amant de lady Chatterley, ça n'est pas le
Kamasutra ! (Qu'est-ce que je vais en avoir des visites via Google !).
Ce qui est bien plus intéressant me semble-t-il, c'est l'aspect social du roman. Il se déroule après la Première Guerre mondiale alors que l'industrialisation n'a pas concrétisé les rêves de tous
les Anglais. Les nantis tirent toujours leur épingle du jeu alors que les pauvres, les travailleurs, se tuent dans les mines. Pire, les mineurs qui étaient jadis d'honnêtes travailleurs se
tournent vers le communisme ! Le paysage lui-même en est transformé : "Depuis l'arrivée de Connie à Wragby, ce nouveau lieu était apparu sur la terre, et les maisons modèles s'étaient emplies
d'une racaille venue de partout pour braconner sur les terres de Clifford, entre autres occupations". Pour Connie, Wragby est ce "grand terrier si triste" où elle dépérit depuis que
son mari est revenu infirme de la guerre. L'aristocrate s'est fait écrivain mais il dirige encore sa propriété avec autorité, une façon d'exprimer sa virilité puisqu'il ne peut plus satisfaire sa
femme. D'ailleurs, sur ce point précis, il a les idées larges : "A mes yeux, ces petites aventures et ces brèves liaisons dans le cours de notre existence ne comptent pas tellement. Elles
s'effacent et qu'en reste-t-il ? Où sont les neiges d'antan ? Seul compte ce qui est durable. Ce qui compte pour moi, dans mon existence, c'est sa continuité, son développement. Mais
quelle importance ont les liaisons occasionnelles, surtout les liaisons sexuelles ? Si on ne leur donne pas une importance ridicule, elles passent comme l'accouplement des oiseaux, et c'est bien
ainsi. Quelle importance ? Ce qui compte, c'est l'union de toute une vie, c'est vivre ensemble jour après jour, et non pas coucher ensemble une ou deux fois". Il ne s'agit pas là du discours
d'un mari volage tentant de consoler sa femme, mais bien d'un aristocrate donnant à sa femme la permission d'avoir des amants. Et si l'un d'eux pouvait la mettre enceinte, ce serait parfait, il
aurait un héritier pour Wragby.
Si ce livre a été longtemps censuré en Grande Bretagne et aux États Unis, la pornographie me semble être un prétexte (même si quelques scènes parfois crues pouvaient faire alors hausser les
sourcils). C'était beaucoup plus d'une atteinte à la moralité qu'il s'agissait dans ce livre. Une femme qui trompe son époux, avec son consentement et avec un homme d'une classe sociale
inférieure, c'est très choquant aux yeux des censeurs puritains. D'ailleurs dans le roman, le père et la soeur de Constance qui font figure de personnes très ouvertes (ils se félicitent qu'elle
ait pris un amant qui la satisfasse enfin), sont scandalisés par le fait qu'elle ait choisi un garde-chasse.
Aujourd'hui, il y a me semble-t-il deux manières de lire ce livre (la version "plaisirs solitaires" étant d'office exclue !), deux lectures qui se complètent : la décadence de
l'aristocratie britannique et/ou l'éveil d'une femme à la sensualité.
Il n'en reste pas moins que ma lecture fut assez fastidieuse, alourdie par des scènes de sexe fades qui se répètent, des échanges sur la situation sociale du comté qui reviennent aussi sans cesse
et finalement, une certaine monotonie.
Pour finir quand même, un passage que j'ai trouvé très beau :
"Elle apprit tant de choses au cours de cette brève nuit d'été. Elle s'était imaginé qu'une femme en mourrait de honte. Et ce fut la honte qui mourut. La honte, c'est-à-dire la peur ; cette
profonde honte organique, cette très ancienne peur physique tapie dans les racines de notre corps, et que seul peut évacuer le feu de la sensualité. Voici qu'enfin elle se trouvait éveillée et
mise en déroute par la chasse phallique de l'homme, menant Constance au coeur de sa propre jungle intime. Elle sut désormais qu'elle avait touché le véritable socle de sa nature profonde, et
qu'elle était essentiellement impudique. Elle se réalisait dans sa sensualité nue et sans honte. Elle assistait à son triomphe, presque au point de s'en glorifier."
L'amant de lady Chatterley 3
David Herbert Lawrence traduit de l'anglais par Pierre Nordon
LGF (Le Livre de poche n°5830), 2008
ISBN : 978-2-253-05715-4 - 383 pages - 5 €
Lady Chatterley's Lover, publication en Italie (pour cause de censure) : 1928 - en Grande Bretagne : 1960
"Un jour, un loup s'infiltra dans un groupe de lapins qui étaient bons amis. Il ne montrait son vrai visage
que quand tout le monde dormait et, chaque nuit, il dévorait un lapin. Les lapins qui ignoraient lequel d'entre eux était le loup, tinrent conseil et décidèrent d'exécuter les uns après les
autres tous ceux qu'ils suspectaient d'être la bête sauvage. S'ils tombaient juste, les lapins seraient sauvés, mais s'ils se trompaient, ils finiraient tous par se faire dévorer
!"
Voici le premier manga que je lis jusqu'au bout, et le troisième que j'ouvre. Alors pourquoi celui-là ? J'ai lu
un billet chez Val et pitch et couverture m'ont tout de suite fait penser à un mélange de Donnie Darko, le
film très étrange de Richard Kelly avec Jake Gyllenhaal (vous savez bien, celui qui voit apparaître un lapin partout) et de Battle Royale, le roman de Koushun Takami que j'ai beaucoup
apprécié pour son humour très décalé. Et la quatrième de couverture fait elle allusion à Saw, film d'horreur hyper réaliste (impossible pour moi de regarder ça) et Dix petits
nègres (puisqu'il ne doit plus en rester qu'un). Et ma spécialiste maison me dit que ça ressemble aussi au jeu "Les loups-garous de Thiercelieux",
que je ne connais pas.
On a un groupe d'adolescents qui jouent à Rabbit Doubt, un jeu sur téléphone portable qui fait fureur au Japon :
"des lapins doivent débusquer un loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par
un tous ses adversaires". Jeu certainement très intéressant tant qu'il s'en tient à la virtualité. Or, pour les six protagonistes de cette histoire, ce scénario va devenir le pire de leur
cauchemar en s'infiltrant dans leur réalité.
Le premier chapitre nous présente les différents personnages : Mitsuki, la chieuse, fille de flic et bien décidée
à pourrir la vie de ses camarades ne respectant pas les différentes interdictions aux moins de vingt ans (interdit de fumer, de boire de l'alcool...) ; Rei, jadis star de la télé en tant
qu'enfant hypnotiseuse, désormais clouée dans un fauteuil roulant ; Eiji, le mauvais garçon et Yu, le gentil compréhensif ; Haruka, aux gros seins (ben oui, je fais ce que je peux pour les
distinguer, ils se ressemblent tous !) et Hajime, l'intello étudiant en médecine.
Ils se retrouvent tous catapultés sans savoir comment ni pourquoi dans un grand sous-sol sombre et découvrent le
corps crucifié de Rei. Ils comprennent donc qu'ils sont dans une partie réelle de Rabbit Doubt et que parmi eux se trouve l'assassin.
Cette histoire commence vraiment très bien et forte des sources citées ci-dessus tisse une ambiance tout à
fait sordide, inquiétante, tout en supiscion et oppression. Les jeunes gens sont surveillés, ils s'accusent entre eux, se montant les uns contre les autres. Bref, le seul problème c'est que c'est
un manga et que ce genre comporte ses passages obligés assez insupportables comme cette bande d'adolescents niaiseux, un graphisme affreux et des vignettes qui parfois manquent de
transition.
Quelques problèmes pour moi, que je suppose communs à tous lecteurs de mangas débutants : j'ai beaucoup de mal à
distinguer les personnages les uns des autres (longs cheveux méchés, grands yeux, visages triangulaires pour tous, heureusement qu'ils ont des caractères très marqués) et les phylactères étant
quasi inexistants, il est parfois difficile de savoir qui parle. L'image ci-dessus vient de ce site où vous pouvez lire ce manga et bien d'autres
en anglais.
Je ne dirai cependant rien du graphisme puisque je n'ai aucune référence et que globalement, je trouve ces dessins affreux. Je ne visualise d'ailleurs pas toujours ce qui est représenté, en
particulier dans les gros plans ; je trouve vraiment lamentable les vignettes où le dessinateur ne prend même pas la peine d'esquisser les traits du visage des personnages ; et les petits signes
cabalistiques (du japonais certainement) qui traînent partout m'agacent parce que je ne sais pas ce qu'ils signifient.
Malgré tout, il est très probable que je lise le second tome de cette série qui n'en comportera que quatre. Il faut dire qu'il est quand même plaisant de ne pas avoir à attendre un an ou plus la
sortie du tome suivant.