Jeudi 12 novembre 2009
Revoilà déjà Donald Harstad sur ce blog ! En effet, après ma lecture enthousiaste de 5 octobre, 23h 33, il me fallait rapidement renouveler l'expérience et cette fois avec son dernier livre. Et il se passe à Londres cette fois, que du bonheur !

Voilà donc Carl Houseman, shérif adjoint du comté de Nation, Iowa, USA, délégué dans la capitale britannique où une colocataire de sa fille Jane a été enlevée. C'est dire si le quotidien de ce type bon pour la retraite va être chamboulé. Relativement bien accueilli par New Scotland Yard, il ne peut cependant pas participer officiellement à l'enquête. C'est donc par la tangente que les événements vont le rattraper et qu'il va devoir, bien malgré lui, courir vite, se battre et descendre dans les sous-sols de Londres au moment de la visite du président Bush.
Dans cette enquête, le lecteur en sait bien plus que Houseman et que les flics eux-mêmes. En effet, dès le début du roman, on sait qui a enlevé Emma Schiller : il s'agit d'un groupuscule de terroristes amateurs, le Mouvement réformiste londonien pour la libération de Khaled al-Fawwaz et Ibrahim Eidarous à la tête duquel se trouve un professeur d'université tout ce qu'il y a de plus britannique, à l'occasion amant de la disparue. Ce que ces fantoches ne savent pas, c'est que cet enlèvement n'est qu'une manoeuvre de diversion dans un attentat de bien plus grande envergure qui vise la famille royale.

En débutant le roman, je n'ai d'abord pas été emballée par ce contexte de jihad et de terrorisme, n'étant pas vraiment attirée par ce genre de sujet. Et une boulette sur les dates au début du roman m'a aussi agacée (c'est bien dommage de trouver des coquilles comme celle-là chez un tel éditeur...). Mais une fois encore, Carl Houseman a eu raison de mes premières réticences tant c'est un flic original par son côté attachant et débonnaire. De plus ici, l'humour fonctionne bien avec le côté pittoresque de l'Américain qui sort de son trou de deux mille habitants en comptant les chiens, et débarque à Londres. Évidemment, comme nous, la conduite à gauche lui donne des sueurs froides mais, fait notable, il apprécie la cuisine. Il écrit d'ailleurs à sa femme : "bonne nourriture et pas encore de pluie", et vante même les mérites du café ! Pas de doute, il faut être Américain pour apprécier la gastronomie britannique à sa juste valeur ! Quelques scènes cocasses aussi, comme par exemple quand Houseman prend le métro pour la première fois et lit sur le visage de l'employé qui lui en explique le fonctionnement : "sois patient, c'est un Américain" ! Ce même Américain qui s'étonne du système de caméras de surveillance omniprésent dans la capitale britannique : "Si on essayait ça aux États-Unis, la ligue des droits de l'homme ferait des convulsions"...

Les lecteurs francophones peuvent donc désormais lire six enquêtes du shérif Houseman. L'éditeur semble avoir choisi de toujours mettre un chiffre dans le titre français, j'avoue que je ne sais pas pourquoi dans ce tome-là... Mais c'est en tout cas une très bonne idée de faire voyager ce héros si peu héroïque et de le confronter à des sujets aussi actuels. Son regard d'Américain réfléchi n'est pas innocent.

Elles l'ont déjà lu aussi (quel succès ce Houseman !) : Amanda, Cathulu, Cuné

6 heures plus tard
3.5
Donald Harstad traduit de l'anglais (américain) par Gilles Morris-Dumoulin
Le Cherche Midi, 2009
ISBN : 978-2-7491-1446 - 342 pages - 19 €

November Rain, parution aux Etats-Unis : 2009

Par Yspaddaden - Publié dans : A lire
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Mardi 10 novembre 2009

Plongée immédiate et sans filet dans la vie tumultueuse du roi Henry VIII, (1491-1547) connu pour être l’instaurateur de l’anglicanisme en Angleterre suite au schisme avec Rome, mais aussi celui qui inspira la légende de Barbe Bleue car il fut homme à femmes, légitimes ou pas, et en fit tuer plusieurs. Le malheur de sa vie fut qu’il voulut à tout prix un fils pour lui succéder, mais l’Histoire allait se charger de faire de lui le père d’une des plus grandes reines qui fut jamais : Elizabeth Iere.


Quand commence cette première saison, Henry est bel et bien marié depuis de longues années à Catherine d’Aragon, fille des très catholiques souverains d’Espagne. Bien sûr, ça ne l’empêche par d’aller fricoter à droite à gauche et d’engendrer quelques bâtards, éventuellement masculins mais dont aucun ne survivra. Le Royaume est sans cesse en conflit plus ou moins déclaré avec la France et l’Espagne, François Ier étant tantôt un allié, tantôt un ennemi, au même titre que Charles Quint d’ailleurs. Les alliances entre ces trois-là se font et se défont et les guerres se succèdent. Si Henry VIII tient effectivement en main son pays, l’homme de l’ombre de s’appelle Wolsey, le cardinal et chancelier Wolsey, détesté du plus grand nombre mais fin comme une belette.

C’est donc vers lui que Henry VIII va se tourner lorsque que le besoin de divorce va se faire impérieux. C’est que le roi ne veut plus de sa femme. La raison officielle est simple : en l’épousant, Henry a épousé la femme de son défunt frère Arthur, et selon la Bible, c’est un péché dont Dieu le punit en ne lui donnant pas de fils. La raison officieuse est sa dévorante passion pour la belle Anne Boleyn dont il veut faire sa femme légitime. Mais le problème est plus complexe, forcément. Car Henry a obtenu une dispense du pape pour épouser sa belle-sœur et il faudrait donc que le pape se dédise pour annuler le mariage. Et malgré les tractations de Wolsey pour réunir un conclave sous sa propre autorité (le pape étant prisonnier de l’empereur), l’annulation traine et Henry attend. Et Henry passe pour un gogo aux yeux du téléspectateur qui a bien compris que Anne Boleyn n’est rien d’autre qu’une prostituée, au même titre que sa sœur, utilisée par son père pour accéder aux plus hautes gratifications. Anne qui garde les cuisses serrées pour le roi les a écartées bien des fois avant lui…

A la fin de cette saison 1, Henry VIII n’a toujours pas divorcé. C’est dire si cette série n’est pas basée sur l’événementiel, mais bien sur l’intimité et la psychologie des personnages tous magnifiquement incarnés.


Au premier chef bien sûr, Jonathan Rhys Meyers crève l’écran. Incomparablement plus beau que l’original, il est loin du roi bouffi des portraits : il est jeune, dynamique, gai, nerveux, impulsif. Et surtout, il est amoureux, passionné, d’une délicatesse de jeune premier envers cette garce d’Anne. Elle, Nathalie Dormer est tout simplement sublime, magnifiquement belle, l’air hautain et mutin, quelque chose de supérieur dans son attitude mais aussi un sourire d’ange font d’elle le personnage ambigu par excellence qui manipule de sang-froid et cède pourtant peu à peu. Le couple est donc magnifique, jeune, convaincant et passionnel.

 

 


Rien à redire des autres acteurs : Sam Neill (le cardinal Wolsey) est formidable en maniganceur, c’est le Raminagrobis de la fable, le gars qu’on déteste et pourtant, la mise en scène de sa mort, sur une idée vraiment excellente, lui octroie au final une portion d’humanité vraiment émouvante. Jeremy Northam, droit dans ses bottes et dans sa religion fait un très bon Thomas More, dont le portrait n’est pas aussi uniforme qu’on aurait pu le penser. Il est bien sûr celui qui tiendra tête au roi, celui qui ira jusqu’au bout de ses idées, l'homme intègre par excellence, et pourtant, ce martyr de la foi est un bourreau qui fait brûler en conscience les Luthériens qu’il pourchasse. Soulignons aussi la dignité de la reine Catherine d’Aragon incarnée par Maria Doyle Kennedy qui est, face à Anne Boleyn, la retenue, l’obéissance mais aussi la détermination et l’honneur.

Ces très bons acteurs sont superbement mis en valeur dans des décors magnifiques qui soulignent le faste de la cour d’Henry VIII, et des costumes somptueux. Mais la peinture de la misère et de la mort est aussi très réaliste comme on le voit dans les terribles scènes de l’épidémie de suette qui fit des milliers de morts et contraignit le roi à se claquemurer.


C’est à mon avis une bonne chose que cette série soit américano-irlandaise et non anglaise. Elle ne tourne pas à l’exercice d’admiration, au cours d’histoire ou à la réhabilitation. Au contraire, elle confère à l’Histoire un point de vue extérieur et dépassionné. Quoiqu'il y soit beaucoup question de passion, de sexe et d'ambition... A mon humble avis, les Anglais auraient traité cette période de façon beaucoup plus factuelle, en tout cas, il n'aurait pas fallu plus d'une saison pour qu'Henry VIII divorce ! De plus, ce souverain n'est guère apprécié des Anglais, qui voient parfois en lui une brute, voire rien moins qu'un tyran. Ici, c'est le jeune roi impétueux et amoureux que l'on voit et vraiment, je ne vois pas comment on pourrait ne pas l'aimer !


Comme l'explique Suzannah Lipscomb, historienne, chaque pays, chaque période, voire chaque réalisateur a sa propre image d'Henry VIII, la plus traditionnelle restant celle de Barbe Bleue. Pourtant, le jeune Henry de cette série correspond bien au portrait qu'en fait Bernard Cottret dans son Histoire de l'Angleterre : "Henry VIII frappa d'abord par sa familiarité. Voire par son caractère débonnaire et bon enfant. [...] Henry VIII fut enjoué, complice et dispendieux [...] homme complet selon l'idéal renaissant, à la fois cultivé ou du moins affectant de l'être, et sensible aux questions théologiques et aux intérêts supérieurs de la chrétienté. [Il] aimait la liesse, les joutes viriles, les banquets et les tournois. Et bien entendu la chasse, sous toutes ses formes, sous tous ses aspects."

En tout cas pour moi désormais, Henry VIII c'est Jonathan Rhys Meyers !


Le trailer ci-dessous est le générique, pas trouvé mieux

 

 

 

The Tudors - Saison 1 : 3 DVD, 10 épisodes - Merci à Isil pour le prêt !

Par Yspaddaden - Publié dans : Séries
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Samedi 7 novembre 2009
Après Comme une tombe, l'enthousiasmant premier volume des aventures du commissaire Roy Grace de Bristol, Sussex, me voilà plongeant dans le second avec plaisir. Un rythme un peu pépère au départ, à l'image du héros, vieux flic solitaire, mais pas porté sur la bouteille, pour une fois. Non lui, il ne pense qu'à sa femme Sandy qui a disparu des années auparavant sans laisser la moindre trace. Ils nageaient dans le bonheur, tout allait bien et hop, elle disparaît de la surface du monde. Blessé, désespéré, Grace s'est mis à fréquenter des médiums pour tenter de retrouver sa trace, ou d'entrer en contact avec elle, même via l'au-delà... mais rien.
Cette fois, c'est le corps d'une jeune femme qui est retrouvé dans un champ, lardé de coups de couteau et sans tête, un scarabée enfoncé dans l'anus. Parallèlement à l'enquête de Grace, qui va devoir assurer car la précédente lui a conféré une sacrée mauvaise réputation, le lecteur suit Tom Bryce, un commercial, qui trouve un CD oublié dans le train et malheureusement, le regarde. Il assiste au meurtre d'une jeune femme avant que le disque dur de son ordinateur ne rende l'âme non sans lui avoir délivré le message suivant : il ne doit parler de ce qu'il a vu à personne sous peine de représailles sur sa famille au moins aussi terribles que le contenu du CD.
Et l'intrigue prend de la vitesse, entre les errements amoureux de Grace avec une belle thanatopracteur, le rythme de boulot inhumain, et un club de snuff movies carrément glauque. Grace a cette fois affaire à de vrais criminels, avec réseaux pédophiles et sites internet ultra protégés ; autant dire que son équipe va être malmenée et que le lecteur amateur d'enquêtes réalistes sera servi. En effet, l'auteur s'attache beaucoup au quotidien des enquêteurs à travers Grace, leurs démarches, leurs nuits écourtées, leurs espoirs de promotion (ou pas). Et tout ça sans alourdir l'intrigue, qui accélère le rythme progressivement jusqu'à vous embringuer sans espoir de retour avant la fin. Il est vrai qu'on se doute que tout ça va bien finir pour tout le monde (sauf les méchants) sans trop de dégâts autres que matériels. Les rebondissements ne sont pas vraiment surprenants, mais la mayonnaise prend, surtout grâce à l'alternance des points de vue qui fait pénétrer le lecteur à l'intérieur de chaque personnage.
Alors si l'intrigue n'est pas aussi originale que dans Comme une tombe, on suit encore le commissaire Grace dans ses recherches et dans son quotidien de flic ordinaire à la personnalité de plus en plus consistante.
Il faut quand même souligner que le sujet des snuff movies (films d'assassinats et de violences sans simulation avec personnes non consentantes) est quand même vraiment glauque et peut être difficile à supporter.


Une interview de l'auteur sur Bibliosurf, et les avis de Cannibale lectrice et Yv

La mort leur va si bien
3.5
Peter James traduit de l'anglais par Raphaëlle Dedourge
Panama, 2007 (existe en poche)
ISBN : 978-2-7557-0173-9 - 451 pages - 22 €

Looking good dead, parution en Grande-Bretagne : 2007


Par Yspaddaden - Publié dans : A lire
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Mercredi 4 novembre 2009
L'enthousiasme général de la blogosphère pour Jean-Philippe Blondel m'a un jour fait noter ce livre dans ma LAL, tombé dans ma PAL à Noël dernier et que je lis aujourd'hui grâce à une proposition de lecture commune de Bladelor.
Une découverte donc pour moi de cet auteur, peu médiatisé me semble-t-il, mais qui a une voix bien a lui pour traiter des drames du quotidien et de l'intimité.

A l'occasion d'une rencontre furtive, un homme d'une quarantaine d'années voit ressurgir son passé. C'est Fred, un des narrateurs, qui va nous raconter un an de sa vie avec Myriam et Thomas, eux aussi narrateurs tour à tour. On est au milieu des années 80, Fred est pion dans un collège où il rencontre Myriam, prof de dessin. Il est tout de suite séduit par la jeune femme qui semble lui porter attention. Mais Myriam est enceinte de Thomas et même si elle est troublée par le jeune homme, elle n'en est pas moins amoureuse du père de son enfant à venir. On voit se dessiner un triangle amoureux qui va prendre une tournure dramatique puisque le bébé meurt peu après sa naissance.

Je suis malheureusement restée à l'écart de ce livre. Certes, Jean-Philippe Blondel traite avec pudeur d'un thème terrible et fait entrer le lecteur, grâce à ses trois narrateurs, au coeur de la douleur. Ses mots sont sobres, aucun pathos n'est convoqué bien au contraire. Il ne fait pas dans le sentimental mais confie au flot de pensées intimes le soin de nous communiquer l'attente, l'amour, l'ambition, et surtout la douleur. Laurence dans son billet parle de la scène choc du livre et évoque ses propres sentiments au moment de sa lecture parce que cet épisode l'a ramenée à son propre vécu. J'ai tenu mes bébés moi aussi dans mes bras mais à aucun moment je n'ai ressenti la douleur de Myriam en lisant ce texte. Je n'ai pas été bouleversée avec elle, je suis restée spectatrice sans jamais partager ses émotions. C'est je crois parce que cette écriture est trop sage, à la limite de la platitude. Ces personnages manquent de tripes alors qu'on les sent vivants. Ce sont des vies entières qui se jouent dans ces quelques pages et pourtant, je n'ai pas ressenti d'enjeux. Je trouve l'écriture de Blondel trop fade, elle me semble manquer d'envergure face au drame et à la violence qu'elle met en scène.

Par contre, la seconde partie m'a semblé beaucoup plus intéressante, avec ce Fred qui essaie de trouver une place dans ce couple qui a basculé mais veut rester debout, le trouble de tous les protagonistes devant le désir interdit. Je trouve Blondel plus subtil dans l'écriture de l'ambiguïté que dans l'évocation de la tragédie humaine qu'est parfois la vie.

Les avis de Kathel, Amanda, Aifelle, Laure, Cathe, Restling et  Laurence (Biblioblog) ; et Manu, la seule déçue aussi...

Passage du gué
2.5
Jean-Philippe Blondel
Pocket, 2008
ISBN : 978-2-266-17270-7 - 306 pages - 6.90 €


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Dimanche 1 novembre 2009
"Jeudi 5 octobre - 23h 33. Je crois pouvoir dire que tout a commencé ce jour-là, à cette heure précise. Je peux l'affirmer aujourd'hui. Je n'ai rien soupçonné sur le moment". Eh bien pour moi, tout a commencé par un billet de Cuné. J'ai tout de suite inscrit ce livre dans ma LAL et je l'ai cherché dans les trois bibliothèques où je suis inscrite, d'occas chez Gibert... rien. Et puis voilà Amanda qui remet ça dernièrement, elle qui a un goût très sûr en matière de polars. Et heureusement, elle a eu pitié de moi...

Cette enquête est la quatrième de Carl Houseman (peu importe si on n'a pas lu les autres), shérif adjoint dans le comté de Nation, Iowa. Ce jeudi-là, il intervient chez une femme terrorisée qui a vu à sa fenêtre (du deuxième étage !) un homme lui faire signe. Description de l'homme : "un sujet mâle de race blanche, avec des dents !". Plus de peur que de mal pour la plaignante, mais peu après, son petit ami est retrouvé mort le crane fracassé et une horrible blessure au cou. Peu après, Houseman est envoyé au Manoir où le corps d'une jeune femme est retrouvé quasi exsangue dans sa baignoire. Malgré un couteau près d'elle, Houseman et son équipe soupçonnent bientôt le meurtre, en raison d'une blessure terriblement profonde à la gorge. Les autres habitants du Manoir ne tardent pas à lâcher le morceau : la riche propriétaire est amie avec un certain Dan Peel, vampire de son état. Ils en sont persuadés, pour s'être livrés avec lui à quelques séances bien sanglantes... Mais Houseman et ses collègues ne croient pas aux vampires et vont donc devoir mettre la main sur ce type, certes hors du commun, mais bien humain, croient-ils...

Et on suit Houseman et son équipe pas à pas sans pouvoir décrocher un instant. Ce shérif adjoint au bon sens chevillé au corps est un enquêteur efficace et hyper réaliste, et ça n'a rien d'étonnant puisque Donald Harstad a lui-même été shérif et utilise les enquêtes qu'il a menées pour écrire ses livres. Rien ne sonne donc faux dans le quotidien de Houseman, sa privée inexistante, les prises de bec avec ses collègues, les codes utilisés pour les échanges radios et les mille bâtons dans les roues qu'au moindre faux pas une horde d'avocats est susceptible de glisser dans les pattes d'enquêteurs en délicatesse avec les lois des différents états. Et c'est un vrai casse-tête !

Harstad ne nous épargne aucun détail mais n'en profite pas pour autant pour nous infliger des monceaux de cadavres et des scènes sanglantes à foison. C'est certainement ce qui joue aussi en sa faveur : Harstad n'en fait pas trop et tout reste donc crédible et terriblement réaliste. Ce qui fait qu'on frissonne en pensant que des dingues comme Dan Peel existent certainement quelque part... Mais en dehors de ce caractère "documentaire", ce polar est tout à fait captivant, le suspens est très bien mené et je suis restée scotchée toute une journée à ces pages, cherchant à en savoir plus sur ces bizarres habitants du Manoir, sa propriétaire, et le fameux vampire...

5 octobre, 23 h 33
4
Donald Harstad traduit de l'anglais par Gilles Morris-Dumoulin
Seuil (Points n°P2042), 2008
ISBN : 978-2-7578-0899-3 - 440 pages - 7,80 €

Code 61, parution aux Etats Unis : 2002


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Jeudi 29 octobre 2009
J'ai déjà lu ce roman il y a longtemps. La seule chose dont je me souvienne c'est que c'était en septembre 1990 ; le contenu : oublié. Je replonge donc dans ce livre offert par Co lors du swap Saint Valentin, dans le cadre d'une lecture commune avec Lounima et Erzebeth.

Autant dire que je suis assez mitigée. Déçue dans un sens mais intéressée par certains aspects. Déçue parce que tout de même, en entamant la lecture de L'amant de lady Chatterley, on s'attend à un peu de gaudriole, non ? Eh bien sur ce chapitre, il me semble qu'il y a de quoi être déçu(e) car si lady Chatterley s'offre en direct quelques ébats avec son garde-chasse Oliver Mellors, ils sont d'une monotonie à toute épreuve. Il faut dire aussi qu'elle ne met pas beaucoup de coeur à l'ouvrage : "elle restait inerte, les mains posées sur le corps de l'homme en mouvement et, quoi qu'elle fît, son esprit semblait observer la scène, jugeant ridicules les coups de boutoir et grotesque l'acharnement de ce pénis pour aboutir à son petit accès d'éjaculation". Pour un début de liaison, c'est plutôt terne. Parfois il est vrai, elle se sent un peu plus concernée, mais bon, son cher Mellors ne semble connaître que la position du missionnaire, alors on la comprend un peu... Pourtant, à la fin du roman quand le scandale éclate, Mellors est calomnié par sa femme pour sa sexualité débridée... J'en conclus que D.H. Lauwrence s'en est tenu aux passages les plus soft, par crainte de la censure peut-être. Pour conclure clairement ce premier point, je dirais que L'amant de lady Chatterley, ça n'est pas le Kamasutra ! (Qu'est-ce que je vais en avoir des visites via Google !).

Ce qui est bien plus intéressant me semble-t-il, c'est l'aspect social du roman. Il se déroule après la Première Guerre mondiale alors que l'industrialisation n'a pas concrétisé les rêves de tous les Anglais. Les nantis tirent toujours leur épingle du jeu alors que les pauvres, les travailleurs, se tuent dans les mines. Pire, les mineurs qui étaient jadis d'honnêtes travailleurs se tournent vers le communisme ! Le paysage lui-même en est transformé : "Depuis l'arrivée de Connie à Wragby, ce nouveau lieu était apparu sur la terre, et les maisons modèles s'étaient emplies d'une racaille venue de partout pour braconner sur les terres de Clifford, entre autres occupations". Pour Connie, Wragby est ce "grand terrier si triste" où elle dépérit depuis que son mari est revenu infirme de la guerre. L'aristocrate s'est fait écrivain mais il dirige encore sa propriété avec autorité, une façon d'exprimer sa virilité puisqu'il ne peut plus satisfaire sa femme. D'ailleurs, sur ce point précis, il a les idées larges : "A mes yeux, ces petites aventures et ces brèves liaisons dans le cours de notre existence ne comptent pas tellement. Elles s'effacent et qu'en reste-t-il ? Où sont les neiges d'antan ? Seul compte ce qui est durable. Ce qui compte pour moi, dans mon existence, c'est sa continuité, son développement. Mais quelle importance ont les liaisons occasionnelles, surtout les liaisons sexuelles ? Si on ne leur donne pas une importance ridicule, elles passent comme l'accouplement des oiseaux, et c'est bien ainsi. Quelle importance ? Ce qui compte, c'est l'union de toute une vie, c'est vivre ensemble jour après jour, et non pas coucher ensemble une ou deux fois". Il ne s'agit pas là du discours d'un mari volage tentant de consoler sa femme, mais bien d'un aristocrate donnant à sa femme la permission d'avoir des amants. Et si l'un d'eux pouvait la mettre enceinte, ce serait parfait, il aurait un héritier pour Wragby.

Si ce livre a été longtemps censuré en Grande Bretagne et aux États Unis, la pornographie me semble être un prétexte (même si quelques scènes parfois crues pouvaient faire alors hausser les sourcils). C'était beaucoup plus d'une atteinte à la moralité qu'il s'agissait dans ce livre. Une femme qui trompe son époux, avec son consentement et avec un homme d'une classe sociale inférieure, c'est très choquant aux yeux des censeurs puritains. D'ailleurs dans le roman, le père et la soeur de Constance qui font figure de personnes très ouvertes (ils se félicitent qu'elle ait pris un amant qui la satisfasse enfin), sont scandalisés par le fait qu'elle ait choisi un garde-chasse.
Aujourd'hui, il y a me semble-t-il deux manières de lire ce livre (la version "plaisirs solitaires" étant  d'office exclue !), deux lectures qui se complètent : la décadence de l'aristocratie britannique et/ou l'éveil d'une femme à la sensualité.
Il n'en reste pas moins que ma lecture fut assez fastidieuse, alourdie par des scènes de sexe fades qui se répètent, des échanges sur la situation sociale du comté qui reviennent aussi sans cesse et finalement, une certaine monotonie.

Pour finir quand même, un passage que j'ai trouvé très beau :

"Elle apprit tant de choses au cours de cette brève nuit d'été. Elle s'était imaginé qu'une femme en mourrait de honte. Et ce fut la honte qui mourut. La honte, c'est-à-dire la peur ; cette profonde honte organique, cette très ancienne peur physique tapie dans les racines de notre corps, et que seul peut évacuer le feu de la sensualité. Voici qu'enfin elle se trouvait éveillée et mise en déroute par la chasse phallique de l'homme, menant Constance au coeur de sa propre jungle intime. Elle sut désormais qu'elle avait touché le véritable socle de sa nature profonde, et qu'elle était essentiellement impudique. Elle se réalisait dans sa sensualité nue et sans honte. Elle assistait à son triomphe, presque au point de s'en glorifier."

L'amant de lady Chatterley
3
David Herbert Lawrence traduit de l'anglais par Pierre Nordon
LGF (Le Livre de poche n°5830), 2008
ISBN : 978-2-253-05715-4 - 383 pages - 5 €

Lady Chatterley's Lover, publication en Italie (pour cause de censure) : 1928 - en Grande Bretagne : 1960
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Mardi 27 octobre 2009
"Un jour, un loup s'infiltra dans un groupe de lapins qui étaient bons amis. Il ne montrait son vrai visage que quand tout le monde dormait et, chaque nuit, il dévorait un lapin. Les lapins qui ignoraient lequel d'entre eux était le loup, tinrent conseil et décidèrent d'exécuter les uns après les autres tous ceux qu'ils suspectaient d'être la bête sauvage. S'ils tombaient juste, les lapins seraient sauvés, mais s'ils se trompaient, ils finiraient tous par se faire dévorer !"

Voici le premier manga que je lis jusqu'au bout, et le troisième que j'ouvre. Alors pourquoi celui-là ? J'ai lu un billet chez Val et pitch et couverture m'ont tout de suite fait penser à un mélange de Donnie Darko, le film très étrange de Richard Kelly avec Jake Gyllenhaal (vous savez bien, celui qui voit apparaître un lapin partout) et de Battle Royale, le roman de Koushun Takami que j'ai beaucoup apprécié pour son humour très décalé. Et la quatrième de couverture fait elle allusion à Saw, film d'horreur hyper réaliste (impossible pour moi de regarder ça) et Dix petits nègres (puisqu'il ne doit plus en rester qu'un). Et ma spécialiste maison me dit que ça ressemble aussi au jeu "Les loups-garous de Thiercelieux", que je ne connais pas.

On a un groupe d'adolescents qui jouent à Rabbit Doubt, un jeu sur téléphone portable qui fait fureur au Japon : "des lapins doivent débusquer un loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par un tous ses adversaires". Jeu certainement très intéressant tant qu'il s'en tient à la virtualité. Or, pour les six protagonistes de cette histoire, ce scénario va devenir le pire de leur cauchemar en s'infiltrant dans leur réalité.

Le premier chapitre nous présente les différents personnages : Mitsuki, la chieuse, fille de flic et bien décidée à pourrir la vie de ses camarades ne respectant pas les différentes interdictions aux moins de vingt ans (interdit de fumer, de boire de l'alcool...) ; Rei, jadis star de la télé en tant qu'enfant hypnotiseuse, désormais clouée dans un fauteuil roulant ; Eiji, le mauvais garçon et Yu, le gentil compréhensif ; Haruka, aux gros seins (ben oui, je fais ce que je peux pour les distinguer, ils se ressemblent tous !) et Hajime, l'intello étudiant en médecine.
Ils se retrouvent tous catapultés sans savoir comment ni pourquoi dans un grand sous-sol sombre et découvrent le corps crucifié de Rei. Ils comprennent donc qu'ils sont dans une partie réelle de Rabbit Doubt et que parmi eux se trouve l'assassin.

Cette histoire commence  vraiment très bien et forte des sources citées ci-dessus tisse une ambiance tout à fait sordide, inquiétante, tout en supiscion et oppression. Les jeunes gens sont surveillés, ils s'accusent entre eux, se montant les uns contre les autres. Bref, le seul problème c'est que c'est un manga et que ce genre comporte ses passages obligés assez insupportables comme cette bande d'adolescents niaiseux, un graphisme affreux et des vignettes qui parfois manquent de transition.

Quelques problèmes pour moi, que je suppose communs à tous lecteurs de mangas débutants : j'ai beaucoup de mal à distinguer les personnages les uns des autres (longs cheveux méchés, grands yeux, visages triangulaires pour tous, heureusement qu'ils ont des caractères très marqués) et les phylactères étant quasi inexistants, il est parfois difficile de savoir qui parle. L'image ci-dessus vient de ce site où vous pouvez lire ce manga et bien d'autres en anglais.

Je ne dirai cependant rien du graphisme puisque je n'ai aucune référence et que globalement, je trouve ces dessins affreux. Je ne visualise d'ailleurs pas toujours ce qui est représenté, en particulier dans les gros plans ; je trouve vraiment lamentable les vignettes où le dessinateur ne prend même pas la peine d'esquisser les traits du visage des personnages ; et les petits signes cabalistiques (du japonais certainement) qui traînent partout m'agacent parce que je ne sais pas ce qu'ils signifient.

Malgré tout, il est très probable que je lise le second tome de cette série qui n'en comportera que quatre. Il faut dire qu'il est quand même plaisant de ne pas avoir à attendre un an ou plus la sortie du tome suivant.

Doubt / 1 - Yoshiki Tonogai

Ki-oon, 2009
ISBN : 978-2-35592-085-1 - 198 pages - 7,50 €

Par Yspaddaden - Publié dans : Bande dessinée
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Samedi 24 octobre 2009
J'abandonne ! Après trois cents pages, je jette l'éponge parce que c'est définitif, cette histoire ne m'intéresse pas. Et pourtant, quand j'ai senti que je lâchais l'affaire, j'ai relu tous ces billets dithyrambiques qui m'ont donné très envie de la lire aussi, par exemple chez  Chiffonnette ou Laure et surtout Manu. Mais rien à faire, je n'y arrive pas, d'un jour à l'autre je ne me souviens de rien et je ne trouve aucun élément pour retenir mon attention.

On a au départ trois personnages principaux. La jeune Alma Singer, new yorkaise de quinze ans, qui vit dans le souvenir de son père mort et voudrait que sa mère refasse sa vie. Un vieil homme solitaire d'origine polonaise, Leopold Gursky, qui a jadis aimé une femme dans son pays avant la guerre. Elle est partie aux Etats Unis et quand il l'a rejointe, il était trop tard, elle s'était mariée, le croyant mort. Depuis, il vit dans l'ombre de son fils qu'il n'a jamais pu reconnaître comme tel. Et puis il y a Litvinoff, un écrivain auteur de L'histoire de l'amour, ce livre que la mère d'Alma doit traduire en anglais pour un mystérieux commanditaire. Et l'héroïne de ce roman s'appelle Alma. Et l'auteur de L'histoire de l'amour ne s'appelle pas Litvitoff... ou peut-être que si, je ne le saurai jamais... Quand autour de la page deux cents les différentes narrations s'emmêlent, j'ai repris intérêt à ma lecture, avant de refermer définitivement le livre cent pages plus loin.

Pour Cocola, "c'est un roman très sensible, très triste aussi, mais très beau, incroyable" ; pour Fashion, "il met en scène des personnages extrêmement attachants" ; pour Nanou, "c'est une histoire magnifique sur la mort, le deuil, la Shoah et sur l'amour qui permet de surmonter le malheur". 
Rien de tout ça pour moi, c'est un suprême ennui qui a dominé ma lecture harassante de ce livre.

L'histoire de l'amour
2
Nicole Krauss traduite de l'américain par Bernard Hoepffner
Gallimard (Folio n°4699), 2008
ISBN : 978-2-07-03561-7 - 457 pages - 7,60 €

The History of Love, parution aux Etats Unis : 2005
Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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Jeudi 22 octobre 2009

Encore un très bon titre de Michael Morpurgo. Cet auteur jeunesse britannique en a-t-il écrit de mauvais ? Celui-là est fort, intelligent et sait mêler des instants de légèreté aux thèmes les plus graves, ici, la Première Guerre mondiale.


Tommo et Charlie Peaceful sont frères, orphelins de père, ils vivent avec leur grand frère simple d’esprit et leur mère sur les terres du Colonel dont l’autorité imbécile s’exerce sous forme de menaces d’expulsion et de brimades. La vie est dure en ce début de XXe siècle, mais Tommo et Charlie sont heureux parce qu’ils sont frères, parce qu’ils sont jeunes et vivants, et parce qu’ils aiment la même jeune fille, Molly, qui finira par épouser l’un des deux sans que leur fraternité en pâtisse.

Mais en France, la guerre gronde et bientôt, on enrôle les plus courageux. Charlie s’engage et Tommo, bien qu’il n’ait pas encore seize ans, décide de le suivre parce qu’ils ont toujours tout fait ensemble et qu’il est impossible qu’ils soient séparés. Et ces deux adolescents, à peine des hommes, découvrent alors le pire de la vie. Sans patriotisme ni discours, ils vont jusqu’au bout de leur engagement.


On a déjà écrit beaucoup sur la bêtise de la guerre, les morts inutiles. Écrivant pour la jeunesse, il aurait été facile d’enfiler les poncifs sur ces thèmes. Morpurgo a choisi un autre créneau. Bien sûr, à travers Tommo et Charlie, il est question des jeunes vies sacrifiées, et surtout du courage de ces jeunes Britanniques partis de leur plein gré se battre pour un autre pays. Mais là encore, sans tambour ni trompette.
C’est de la bêtise de certains gradés dont il est question, de ces décideurs qui envoyèrent inutilement à la mort des jeunes gens pour une vaine offensive de plus. Combien sont morts pour l’amour propre d’un officier ? A la fin de son roman, Morpurgo précise qu’entre 1914 et 1918, « plus de deux cent quatre-vingt-dix soldats des armées britanniques et du Commonwealth ont été exécutés par des pelotons d’exécution, certains pour désertion et lâcheté, deux d’entre eux simplement parce qu’ils s’étaient endormis à leur poste. »

En bon romancier qu’il est, Michael Morpurgo ménage aussi un certain suspens, lié à l’identité du narrateur. C’est Tommo devenu soldat qui raconte son enfance puis les premiers combats. On comprend peu à peu pourquoi les chapitres s’égrainent au fil des heures.
Et pour que le plaisir du (jeune) lecteur soit complet, l'auteur donne vie à des personnages secondaires d'une rare vitalité, aux personnalités fortes et aptes à déployer avec aisance un grand souffle romanesque. C'est qu'en se faisant écrivain engagé, Morpurgo n'en reste pas moins avant tout un grand romancier pour la jeunesse, qui parle juste et marque les consciences.


Les billets de
Florinette et Belle Sahi

Soldat Peaceful
4
Michael Morpurgo traduit de l'anglais par Diane Ménard
Gallimard Jeunesse, 2004
ISBN : 978-2-07-055793-6 - 185 pages - 13,50 €

Private Peaceful, parution en Grande Bretagne : 2003

Par Yspaddaden - Publié dans : Jeunesse
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Lundi 19 octobre 2009
De Samuel Benchetrit, j'ai aimé le premier tome de l'autobiographie, les Chroniques de l'asphalte, mais j'ai encore plus aimé le film, J'ai toujours rêvé d'être un gangster. J'ai donc (un peu) tanné Restling qui m'a gentiment prêté son dernier roman.
On y retrouve la même tonalité que dans les Chroniques de l'asphalte puisque le narrateur est aussi un jeune garçon de banlieue qui raconte sa vie, le collège, l'immeuble, les copains. Le style est donc celui d'un gamin, en beaucoup plus poli, bien sûr :
"J'ai le manque facile, c'est un de mes problèmes. ça ressemble à l'imagination. J'imagine des choses aussi vite que les gens me manquent. Par exemle, mon frère Henry me manque souvent. C'est le roi des cons et tout, mais si je suis dans mon lit, et que c'est le soir avant de m'endormir, et qu'il est pas à la maison, et que je décide qu'il me manque, je peux me mettre à chialer."
On se fait à ce style-là, très oral, qui suit par de multiples digressions l'imagination galopante de ce gosse de dix ans.
Du coup, on a affaire à une sorte de petit Nicolas de banlieue. Sauf que le petit Nicolas avait des parents et que Charly ne vit qu'avec sa mère, et parfois son frère. Tout commence quand la police vient arrêter sa Mère pour l'emmener il ne sait où. Il va parcourir la cité à la recherche de son frère qui doit traîner quelque part avec les autres junkies de son espèce.

Plusieurs choses sonnent faux dans ce roman. D'abord, Charly Traoré est noir et ça, jamais il n'en est question dans le livre, sauf une fois pour dire que les Noirs ne préfèrent pas l'été à l'hiver... Ce petit Black a bien de la chance, jamais il ne semble en but au racisme, ni à l'école, ni dans la cité, ni ailleurs. Ce qui m'étonne tout de même... Ensuite, ce gosse est l'enfant dont on rêve tous : il bosse à l'école, il est poli avec les vieux, il adore sa mère. Il a lu Le Petit prince et L'Ile au trésor, apprécie l'oeuvre de Picasso et pique Une saison en enfer à la bibliothèque. Il ne passe pas son temps devant la télé, ni devant Internet. Ce gosse-là, je veux le rencontrer.
On va comprendre que sa mère a été arrêtée par la police parce qu'elle n'a pas de papiers. Elle est employée au noir depuis quinze ans par des gens âgés, ce qui lui permet quand même de faire les magasins pour s'acheter un canapé, d'emmener son fils au cinéma et au restaurant tous les samedis soirs. Ils n'ont pas l'air du tout d'être dans la gêne financièrement, ce qui est tant mieux pour  eux mais difficilement crédible à mes yeux.

Même si les tours sont moches, si les seringues jonchent le pavé et que les sans-papiers sont arrêtés, cette histoire tient plus du conte que de la réalité. Il est gentil ce gosse qui aime tant sa Mère si dévouée, mais le livre est un peu décevant. Quand je lis ici et là que ce livre est un témoignage de la vie dans les cités, je me dis que ces lecteurs-là devraient aller y faire un tour...

Voici la vidéo de la première partie d'une interview de Samuel Benchetrit à la Fnac. Il y déclare que tout ce que les médias renvoient de la vie dans les banlieues c'est rien que des mensonges et que d'ailleurs, il n'y a pas moins de meurtres et de violence en banlieue que dans la 16e arrondissement de Paris. Ah bon...



Sachez que ce livre fait l'objet d'une opération "Satisfait ou remboursé" de la chaîne Virgin. Etonnant... Ils doivent penser que les gens vont aimer, et de fait, je n'arrive pas à trouver d'avis négatifs sur ce livre, donc voici les billets de LVE, Valérie et Restling que je remercie pour le prêt.

Le coeur en dehors
2.5
Samuel Benchetrit
Grasset, 2009
ISBN : 978-2-246-73181-8 - 296 pages - 18 €

Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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