Vendredi 3 juillet 2009

Ce livre commence mal par le récit de la mort de la jeune Susie, la narratrice. Enlevée et violée par son voisin, elle a été ensuite découpée en morceaux. Mais c'est du ciel qu'elle nous raconte son histoire, et celle de sa famille qui essaie de survivre à ce drame.
J'ai été tentée par ce livre suite à de nombreux billets enthousiastes et à cause de sa thématique tout de même assez étrange. Malheureusement, je me trouve plutôt démunie au moment d'en parler puisque le sentiment dominant pendant toute ma lecture fut l'ennui. Susie regarde sa famille partir en eau de boudin sans rien pouvoir faire, elle se rappelle son passé, ses amis, ses amours d'adolescente. Elle se fait des amies au paradis, qui voudraient qu'elle comprenne qu'il faut qu'elle laisse les vivants vivre leur vie.

Voyant que tout ça ne s'affolait guère, j'ai accéléré ma lecture à partir de la moitié du roman. Le seul intérêt à mes yeux était l'histoire de son assassin, un tueur d'enfants récidiviste qu'elle regarde aussi, au prise ave la conviction de son père qu'il est son meurtrier. Mais l'enquête n'avance pas, en partie parce que sa mère trompe son père avec l'enquêteur.
Je suis donc restée totalement étrangère à cette histoire, pas du tout touchée par le sort de cette fille et de sa famille. J'ai trouvé le ton froid et distant, ce qui ne facilite pas l'empathie, sans parler de l'identification avec une héroïne montée au ciel, là où tout est comme elle veut, où tout sent bon et rien ne la contrarie... mouais... Le côté "on ira tous au paradis" ne me convainc pas, voire m'énerve ; la gentille fille qui apparaît aux siens pour les soutenir, qui n'en veut pas à son meurtrier... remouais... Et ceux qui ont perdu un être cher que jamais de leur vie ils ne reverront, ils doivent en penser quoi ? Est-ce une histoire pour les rassurer, pour leur dire qu'aussi horrible qu'ait été leur mort, il y a une vie après où ils sont heureux et attendent qu'on les rejoignent ?  Ça n'est certainement pas demain qu'on me convertira à ce genre de bla-bla...


Ce livre est en cours d'adaptation par Peter Jackson, sortie prévue en 2010.

Les avis enthousiastes d'
Argantel, Lilly et Neph, un peu plus modéré chez Kalistina

La nostalgie de l'ange

2

Alice Sebold traduite de l'anglais (américain) par Edith Soonckindt
J'ai Lu, 2007
ISBN : 978-2-290-34068-4 - 347 pages - 7€

The Lovely Bones, parution aux Etats Unis : 2002

Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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Mercredi 1 juillet 2009
Soyons clair d'entrée : je n'aime pas le foot, voire pire... Mais Eric Cantona, c'est autre chose qu'un footballer. D'abord, c'est quelqu'un qui, comme moi, a l'impression de ne pas être né dans le bon pays. Celui de son coeur, c'est l'Angleterre et les Anglais le lui rendent bien.
Et puis ce gars-là a la classe, loin au-dessus de tous les autres qui crachent par terre en affichant au plus cinq cents mots au compteur de leur vocabulaire. On voit dans ce film des images d'archives de ses meilleurs buts à Manchester : il reste stoïque, c'est à peine s'il sourit quand ses coéquipiers l'acclament et le portent en triomphe. La classe... Et soyons juste aussi, si Cantona n'est pas le plus grand acteur du monde, c'est clair, je garde un souvenir amusé de son apparition dans Elizabeth de Shekhar Kapur aux côtés de Vincent Cassel. En fait, ils sont tous les deux inoubliables.


Le film maintenant. Eric (Steve Evets) est postier à Manchester. Il a la garde de ses deux beaux-fils, branleurs patentés en passe de devenir délinquants. Il a une fille de trente ans qui essaie de finir ses études et de  s'occuper seule d'un jeune bébé. Alors de temps en temps, Eric garde aussi le bébé. Il va donc bien être obligé de croiser son ex-femme, qu'il n'a pas vue depuis un peu moins de trente ans, et qui le hante parce qu'elle était jeune, belle et parce qu'il l'aime encore. Ses copains qui le voient déprimer voudraient bien l'aider, le faire rire, mais rien n'y fait. Il n'y a que l'autre Éric, la star adulée, qui va pouvoir l'aider. Dans sa solitude de petit postier, Eric écoute Cantona, parle avec lui pour finir par aller de l'avant.

C'est un conte de fée social ce film, l'histoire d'un rêve qui se réalise grâce à un dieu venu sur Terre pour aider un pauvre mortel. Dans cette ville bien triste où le foot a arrondi au-delà du raisonnable la taille des supporters, le dieu Cantona donne la main au petit postier pour lui ouvrir la route, lui montrer le chemin d'un recommencement possible. A coup de vérités qu'il ne comprend pas toujours, Cantona remet Eric debout, lui rend l'envie de vivre et de rester vivant.
Comme dans un conte, tout n'est pas crédible, mais on a envie d'y croire. La scène de vengeance baptisée "Opération Cantona" est en cela irrésistible, bouffonne. Même s'il n'est pas vraisemblable qu'une bande de copains puisse mater un caïd, c'est une belle mise en scène de l'amitié et de l'entraide prônée par Cantona (son plus beau souvenir sur le terrain n'est pas un but, mais une passe).

Si Cantona prend des allures d'icône ("I'm not a man, I'm Cantona"), les autres acteurs sont d'un réalisme évident. Tous ces laissés-pour-compte de la société sont incarnés au plus juste. Leur fanatisme sportif en devient même attendrissant, en tout cas on comprend à quel point le foot est important pour eux, qui leur permet de s'exprimer, de crier, d'être heureux ensemble.

Rien que pour le plaisir d'entendre Cantona parler anglais, il faut y aller. Et puis ne partez pas avant la fin du générique, vous rateriez la Cantona's touch !

Les billets de Cryssilda et Isil

Looking for Eric de Ken Loach
Avec Steve Evets, Eric Cantona, Stephanie Bishop...
Sortie nationale : 27 mai 2009 - Durée : 2 heures
Par Yspaddaden - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 28 juin 2009
Me voilà repréparant le bac de français. Pas le mien, qui date d'il y a vingt ans, mais celui de certaines miss qui ont l'âge de s'y coller, c'est effrayant... Donc, dans le cadre d'un groupement de textes sur l'autobiographie, je relis ce court texte de Michel Quint qui m'avait marquée à l'époque de ma première lecture.

Le narrateur se souvient de son père, cet homme dont il avait honte parce qu'il faisait le clown à la moindre occasion : nez rouge, grosses chaussures, il revêt toute la panoplie, comme pour mieux humilier son fils... Car quand on a une dizaine d'années, comment être fier d'un homme qui se ridiculise ainsi ? Comment cet homme pourrait-il être un modèle pour lui, à quelle virilité pourrait-il s'identifier ? "Tous les pères sauf celui-là...Effroyables jardins ou de la difficulté d'être fils...
Son oncle comprend un jour son désarroi et lui raconte l'histoire de son père qui pendant la guerre, alors que tout était perdu, a vu l'espoir grâce au sourire d'un clown.
J'ai trouvé à ce texte une grande dignité et une sobriété qui dit le regret de ne pas avoir compris plus tôt, d'avoir si mal jugé. L'enfant a une dette envers son père, il doit reprendre le flambeau pour témoigner lui aussi, pour dire que le Mal n'est pas un, que la nature humaine est belle quand elle n'est pas aveuglée par la haine et que l'humour et la dérision peuvent faire du bien quand tout est perdu. Je retiendrai particulièrement cette magnifique phrase du soldat allemand : "Pardon d'être, avec cet uniforme, du côté du mal !"

J'ai eu la mauvaise idée de regarder ensuite le film de Jean Becker tiré de ce livre. Très mauvaise idée en fait, tant ce film fausse l'atmosphère du livre, en en faisant un tout petit film bien pensant pour le prime time de TF1. Il n'est plus là question du courage des résistants, mais d'une amourette, de la rivalité amicale entre deux hommes qui, pour impressionner leur belle, font sauter un transformateur. Beaucoup de scènes ajoutées, de blagues, de fêtes de village, tout ça plein de conformisme et de bons sentiments. Beurk. Jacques Villeret, André Dussolier, Thierry Lhermitte : ils sont tous là à faire les braves gars, les bons Français, animant les petites guerres de village qui tournent au règlement de compte, les amourettes, bref, rien de l'essence même du livre, rien de sa sobriété, uniquement les gros sabots du cinéma des familles à la française...
En cela, la scène finale est à fuir, à l'image de tout le film : Lucien entre à nouveau dans la salle où son père fait le clown juste après l'explication de son oncle. Son visage est d'abord fermé puis il se met à sourire, et à pleurer. S'il existe pire cliché que celui-là, je voudrais bien le savoir...

Sur le livre, les avis de Lily, Papillon, Celsmoon et celui de Laurence (Biblioblog) qui partage mon avis sur le film.

Effroyables jardins

Michel Quint
Joelle Losfeld, 2000
ISBN : 2-84412-164-0 - 62 pages - 5.50 €
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Jeudi 25 juin 2009
Edward Westray est un jeune architecte chargé de restaurer l'église de Cullerne. Il s'installe dans la pension de famille que la vieille miss Joliffe tient avec sa nièce, Anastasia. Il se lie d'amitié avec Mr Sharnall, lui aussi pensionnaire, qui lui raconte l'histoire de la ville et les antécédents familiaux de sa logeuse.
Tout tourne autour des Blandamer, les seigneurs locaux. Martin Joliffe, le père d'Anastasia mort peu de temps auparavant, a toujours été persuadé qu'il était le fils de lord Blandamer, et donc héritier du titre. En effet, quand son prétendu père a épousé sa mère, Martin avait déjà quatre ans et elle n'a jamais avoué à personne qui était le véritable père. Martin a accumulé les papiers, les preuves selon lui, en plus d'un tableau, une croûte peinte par sa mère et qui semble pourtant avoir beaucoup de valeur. Quand il meurt brusquement, il est sur le point de dévoiler les preuves de son héritage. Les papiers ont échu à Mr Sharnall qui lui aussi se prend de passion pour cette histoire d'héritage. Weystray lui est bien trop pris par ses travaux de restauration et par les charmes d'Anastasia. Et voilà qu'arrive à Cullerne le lord Blandamer en titre, (le vieux étant mort récemment) que personne ne connaît.

La quatrième de couverture annonce "un polar gothique qui a le charme des élégances passées". Oui pour les élégances passées, mais non pour le polar gothique, qui laisserait peut-être supposer des histoires de fantômes dans des corridors humides. Point de ça ici, mais effectivement une histoire légèrement surannée, qui doit à son époque quelques longueurs et citations latines érudites. Et bien que je ne sois pas Sherlock Holmes, l'intrigue ne m'a pas paru insurmontable, je ne classerais même pas ce livre en roman policier. C'est un roman d'ambiance et de moeurs qui ne peut pas s'empêcher de nous imposer quatre pages sur l'égoïsme si un personnage est décrit comme tel ou de longues entrées en matière météorologiques ou naturalistes en cas de promenades en forêt.
C'est un tantinet long, mais charmant à bien des égards. Une sorte de lecture old fashion qui prend son temps pour nous faire apprécier les charmes de l'Angleterre d'hier.

Le blason de lord Blandamer

John Meade Falkner, traduit de l'anglais par Bernard Kreise
Rivages poche / Bibliothèque étrangère, 2004
ISBN : 978-2-7436-1259-2 - 437 pages - 9.50 €

The Nebuly Coat, parution en Grande Bretagne : 1903
Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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Lundi 22 juin 2009
Après le beau billet de Leiloona, je n'ai pas hésité longtemps avant de me procurer ce livre d'une auteur que je ne connaissais pas du tout. J'ai été très tentée parce qu'il s'appuie sur une nouvelle de l'Heptameron de Marguerite de Navarre, recueil lu il y a quelques années alors que je préparais (et ratais) l'agrégation de lettres. C'est un très beau recueil de nouvelles, très enjoué et merveilleusement écrit, principalement axé sur les relations amoureuses. Je vous le recommande car c'est avec plaisir que j'ai relu la nouvelle qui a inspiré Christiane Singer, intitulée "Punition plus rigoureuse que la mort d'un mari envers sa femme adultère".

En Allemagne, le sieur de Bernage, envoyé par le roi de France Charles VIII, loge par hasard chez un gentilhomme, (que Christiane Singer nomme Sigismund d'Ehrenburg). Lors du souper, il rencontre sa femme, le crâne rasé. Le gentilhomme raconte au sieur de Bernage qu'il l'a surprise avec un autre homme et que depuis lors, il la tient cloîtrée dans sa chambre et la force à boire à chaque repas dans le crâne de son amant qu'il a assassiné.

De cette sombre histoire, Christiane Singer tire un court roman d'amour et de passion. Tout commence par une lettre que quelques temps après cette visite, Sigismund d'Ehrenburg envoie au sieur de Bernage. Il lui raconte son incroyable passion pour sa femme, l'amour déraisonnable qu'elle lui a inspiré et l'insupportable douleur de la trahison. Mais il lui explique aussi comment, grâce aux quelques mots de compassion qu'il a prononcés, d'Ehrenburg est revenu vers sa jeune femme et vers l'amour. C'est un texte vraiment magnifique qui dit l'amour d'un homme, sa faiblesse et sa déraison.
"Je crois que si nous sommes sur terre, c'est parce que la magnificence du jardin d'Eden ne nous était pas supportable. Comprenez-moi : c'est l'énergie de la vénération lorsqu'elle est devenue trop aiguë qui brûle les nerfs de l'homme. Ce n'est ni le dépit ni la malveillance - oh non ! -, c'est la vénération chauffée à blanc qui le fait meurtrier."
C'est un texte vraiment très beau, dans une langue élégante et maîtrisée, le texte d'un homme amoureux dépassé par trop de passion.
Le texte suivant est celui d'Albe, sa femme, qui parait plus fade en comparaison. Elle y raconte sa jeunesse, son mariage, sa faute et sa captivité. La langue est toujours aussi belle, mais le contenu est plus attendu, il n'a pas la puissance passionnelle de celui de son mari : "Que la femme pût juger l'homme auquel elle appartient allait à l'encontre pour moi de toutes les lois du vivant." Suivent deux autres textes des mêmes, très émouvants eux aussi, mais qui n'ont pas la force du premier selon moi.

J'ai trouvé le premier texte si beau qu'il fait ombrage aux suivants. Pourtant, le roman est une très belle histoire d'amour, de folie, de patience et d'espoir. Le XVIe siècle lui donne une puissance et une poésie qui n'entravent pourtant en rien son éternelle modernité. L'amour de Sigismund touche au sublime parce qu'il est à la fois sa force, sa vie et sa faiblesse. Le parcours de cet homme, fragilisé par une femme, transfiguré par l'amour, consumé par la jalousie porte au coeur de l'amour, des sentiments, de la passion masculine qui s'exprime sans s'expliquer. C'est un texte très fort, vraiment marquant.

Alors que je lis avec bonheur ce roman, je découvre que l'auteur est morte d'un cancer foudroyant et qu'elle a obtenu le prix de la langue française. Ce qui ne m'étonne pas car c'est un vrai bonheur de la lire, son écriture est distinguée sans être précieuse, ample sans être épuisante, efficace sans être économe. Bref, cette lecture fut un vrai plaisir, une émotion aussi, que je vous invite à partager.

Seul ce qui brûle
4
Christiane Singer
Le Livre de poche, 2009
ISBN : 978-2-253-12397-2 - 117 pages - 4,50 €
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Samedi 20 juin 2009
En matière de séries, je suis amatrice d'étrange et de bizarre, c'est incontestable. Mais alors là, je suis quasiment sans mot... C'est le genre de séries que je regarde en me disant que je passe à côté de plein de choses, que je ne comprends pas tout et que c'est intelligent : très frustrant ! Alors vous confier mon sentiment relève du défi ; commençons par planter le décor.

Je n'ai jamais vu de film de Lars von Trier, ce qui explique sans doute mon total étonnement dès les premières minutes. L'image, de couleur sépia, est très granuleuse, absolument pas lisse et léchée comme les séries auxquelles nous sommes habitués. Ensuite, la caméra bouge tout le temps. Par exemple, quand les personnages sont en réunion, il n'y a pas de champ contre champ pour passer d'un interlocuteur à l'autre : la caméra les balaye tous rapidement pour s'arrêter sur chacun. Et surtout, ce qui m'a le plus troublée je pense : il n'y a pas de musique. C'est très perturbant, pas de violons allant crescendo pour vous prévenir que là, attention, il va se passer un truc atroce...
Ceci posé, voici "l'histoire" :

L'hôpital de Copenhague a été construit sur d'anciens marécages. Une victoire de la science et du rationalisme sur l'occulte et le mystère... Enfin jusqu'à ce que certaines manifestations étranges remettent en cause ce postulat rassurant.
Le personnel soignant de cet hôpital s'avère d'ailleurs des plus étranges... ils sont tous cinglés, mais pas du genre à se promener avec une passoire sur la tête, non, plutôt du genre "Twin Peaks", même si leur folie est encore plus dangereuse car pas immédiatement discernable.
Le professeur Moesgaard (Holger Juul Hansen) est le chef du service de neurochirurgie (où se passe toute la série) : je ne souhaite à personne de tomber sur un type pareil, un incompétent, totalement idiot et à côté de la plaque. Son principal collègue est le docteur Helmer (Ernst-Hugo Järegard, ci contre, oui, il est bien en train d'inspecter le contenu de ses WC !), un Suédois arrivé il y a peu. Il hait les Danois et le reste de l'humanité également. Il est prétentieux, infect, sûr de lui. Pourtant, on l'accuse d'erreur médicale sur la personne de la jeune Mona devenue un légume depuis qu'il l'a opérée. S'il arrive à récupérer le rapport d'anesthésie qui risque de le mettre en cause, il sauve son poste. Mais Hook (Soren Pilmark), un interne, entend bien mettre la main dessus avant lui. Hook est le seul gars qui a l'air à peu près normal dans cette histoire, mais ça ne durera pas, je vous rassure... Il est amoureux de Judith (Birgitte Raaberg), qui se révèle enceinte d'un homme qui a disparu. Il y a aussi Mogge (Peter Mygind), étudiant et fils du chef de service, qui en pince pour une infirmière qui le repousse. Pour lui prouver son intérêt pour elle, il lui offre une tête récupérée sur un cadavre qui lui ressemble étrangement (eh oui, l'humour de carabin...). Le professeur Bondo (Baard Mowe) lui travaille depuis dix ans sur les sarcomes du foie, alors quand enfin un mourant arrive à l'hôpital avec un superbe cancer du foie, il demande à la famille de le récupérer. Devant leur refus, il décide de se le faire greffer pour qu'il devienne sien (là ça n'est plus de l'humour du tout...).
Il y a encore beaucoup d'autres personnages parmi le personnel soignant qui vaudraient présentation, mais ce billet serait trop long. Il me reste donc à vous présenter madame Drusse, celle par qui tout arrive. Elle veut absolument être hospitalisée, par tous les moyens, parce qu'elle entend la voix d'une petite fille qui pleure dans l'ascenseur et elle veut savoir qui elle est. Elle va découvrir avec l'aide de son fils, Bulder (Jen Okking), une bonne pate de brancardier, que c'est le fantôme de Mary, fillette morte en 1919 à l'hôpital, officiellement de la tuberculose, mais plus probablement tuée par son père médecin. D'ailleurs, son père ressemble étrangement au père du bébé que porte Judith... Enfin, un bébé... c'est une façon de parler...

Alors pourquoi tout ça est-il si étrange et inquiétant ? Eh bien parce que ces médecins n'agissent pas comme des médecins. Ils se réunissent par exemple dans une Loge aux rituels tout à fait ridicules. Les étudiants organisent des courses de vitesse où il s'agit de parier sur la rapidité du conducteur qui doit remonter l'autoroute à l'envers. Et puis il y a ces deux jeunes trisomiques qui travaillent à la plonge : ils reviennent régulièrement, commentent la déchéance de l'hôpital, ont l'air d'en savoir beaucoup plus que les autres, et je vous jure qu'ils fichent la trouille... Ils contribuent à l'ambiance résolument inquiétante qui rôde dans cet hôpital et qui caractérise cette série. Car la peur s'installe plus subrepticement que par des scènes vraiment horribles, même s'il y en a quelques unes, notamment, celles proprement médicales (j'ai eu beaucoup de mal avec l'opération du cerveau à coups de perceuse et avec l'exposition d'organes et les différentes opérations et raccomodages filmés en gros plans). En gros, la série est à déconseiller absolument à toutes femmes enceintes (j'ai mis un bout de temps à pouvoir regarder le fruit des entrailles de Judith) et à tous ceux qui ont un problème avec la dévoration et l'hémorragie interne à tendance démoniaque...

Il est difficile d'en dire vraiment beaucoup plus car cette série ne compte que huit épisodes d'un peu plus d'une heure chacun. A la fin de chaque épisode, apparait Lars von Trier, tout sourire, qui espère que nous avons passé une bonne soirée, alignant quelques phrases qui rendent encore plus obscur ce que l'on vient de voir, puis nous invitant à prendre le Bien avec le Mal.
Alors nul doute qu'il y a une bonne dose de satire du monde hospitalier dont tous les membres, jusqu'au directeur sont absolument inconséquents, carriéristes, cyniques. Mais tous ces personnages ne sont pourtant nullement caricaturaux, ils sont finement présentés et analysés dans l'extrême de leurs ambiguïtés. Certains que l'on croyait sympathiques se révèlent abominables, d'autres totalement incapables de gérer des situations de crise. Alors quand le surnaturel surgit, la peur et l'intérêt s'emparent de chacun pour plonger cet hôpital dans l'horreur et le ridicule. Car j'ai quand même oublié de vous préciser que certaines scènes sont drôles apportant un contraste salvateur avec ce qui se joue dans l'obscurité.

Il est certain que cette série ne peut pas plaire au plus grand nombre tant c'est particulier. Il faut déjà supporter les scènes d'horreur (même si certaines sont drôles, la série tournant de plus en plus au grand guignol au fur et à mesure des épisodes) et avoir envie de tenter une expérience cinématographique, car cette série en est vraiment une. C'est étrange, malveillant, inquiétant, déstabilisant...

Cette série existe en DVD, huit épisodes d'environ une heure et quart chacun, diffusés entre 1994 et 1997 au Danemark. Seule la version originale sous-titrée en français est disponible.
Par Yspaddaden - Publié dans : Séries
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Mercredi 17 juin 2009
Londres, 1849. Joshua Jeavons jeune ingénieur ambitieux souhaite révolutionner la capitale grâce à son projet d'assainissement. Il faut dire que l'industrieuse et populeuse capitale en a bien besoin. D'autant plus que s'y abat cet été-là, une épidémie de choléra qui au final fera quatorze mille victimes. Mais d'où vient le virus et quel agent propage les miasmes ? L'air délétère, sursaturé de puanteurs ? La Tamise qui, au plus bas en raison de la chaleur, ressemble à un fleuve de boue ? Ou tout simplement la promiscuité régnant dans des quartiers surpeuplés et miséreux ?
"Un visiteur contemporain aurait trouvé que la ville ressemblait beaucoup à une capitale du tiers monde d'aujourd'hui ayant du mal à digérer l'afflux quotidien d'immigrants en provenance des campagnes. La population décupla en cinquante ans. Les moyens de transport, le nettoyage des rues, la construction de logements et d'écoles, le système des égouts, toutes ces vertèbres du squelette urbain n'étaient pas à la hauteur des besoins grandissants des habitants."

Il n'y a donc pas pénurie de travail pour un homme ambitieux comme Joshua Jeavons. Mais le jeune homme n'est rien, ou pas grand-chose, et il doit donc commencer par faire ses preuves. Le presque hasard met sur sa route Isobella Moynihan, fille de son éminent ingénieur de patron. Voilà notre narrateur heureux et prêt à affronter le monde. Sauf que sa jeune et fraîche épouse se montre extrêmement réticente à son égard. D'abord patient, Joshua s'interroge de plus en plus sur ses réserves, d'autant plus qu'il reçoit des lettres anonymes lui enjoignant de mieux la surveiller. Jusqu'au jour où, à l'issue d'un souper qui aurait dû signer son intronisation parmi les grands noms du Comité métropolitain des égouts, Isobella disparaît sans laisser de trace. Commence alors la lente déchéance du jeune Jeavons qui va tout mettre en oeuvre pour la retrouver, vendant tous ses biens et parcourant les égouts les plus insalubres de la capitale britannique.

Racontée ainsi, cette histoire a, à mon avis, tout pour plaire. C'est parce que je la fais courte. L'auteur lui a choisi la version longue, et c'est bien dommage. Certains épisodes sont longs, trop longs, d'autant plus qu'ils n'ont pas toujours de lien direct avec l'une ou l'autre intrigue, l'aboutissement des projets de Jeavons ou la disparition de sa femme. Certaines scènes sont décrites comme si elles allaient avoir une importance capitale pour la suite alors que pas du tout. Je prendrai l'exemple de la descente aux égouts : elle est bien sûr liée aux recherches relatives à la propagation du choléra, tout en marquant la déchéance sociale du narrateur. Cependant,  elle dure très longtemps sans pour autant être aussi grandiose qu'elle aurait pu. Sous d'autres plumes, nul doute que le livre lui-même serait devenu nauséabond, et que la fange aurait commencé à suinter des pages. Or, je ne trouve pas à Matthew Kneale de talent particulier pour les descriptions des bas-fonds qui trouvent ailleurs des peintres bien plus habiles. L'auteur semble plus à l'aise dans la veine psychologique, même si les deux intrigues, sans lien entre elles, n'aident pas à la profondeur des personnages. On en saura finalement bien peu sur Isobella.

Le grand intérêt du roman tient surtout à la description de Londres en proie au choléra, aux mesures prophylactiques mises en oeuvre et à l'incurie des autorités en matière sanitaire, à commencer par l'évacuation des ordures ménagères. Inspirés d'épidémies réelles, les faits sont très documentés et soulignent les faiblesses des pouvoirs publics ainsi que la compromission d'hommes influents.
Un livre qui retiendra donc mon attention plus pour sa valeur documentaire et historique que pour ses qualités romanesques.

Douce Tamise
3
Matthew Kneale traduit de l'anglais par Georges-Michel Sarotte
Belfond, 2003
ISBN : 2-7144-3875-X - 385 pages - 20 € (existe en poche)

Sweet Thames, parution en Grande Bretagne : 1992
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Lundi 15 juin 2009
J'aime commencer les séries policières par la première enquête : l'auteur y présente son enquêteur, son passé, son bureau, sa famille, ses enfants... bref, c'est le début. J'ai donc abordé l'inspecteur Rebus (dont l'avant-dernière enquête vient d'être traduite en français) par le roman qui l'a fait découvrir.
John Rebus est inspecteur adjoint à Edimbourg, cette ville qu'il aime, même s'il pleut trop souvent et qu'il doit la partager avec les touristes qui n'ont d'yeux que pour le château et la statue de Walter Scott. Un meurtrier sévit en ville qui assassine de très jeunes filles en les étranglant, sans leur faire subir de sévices sexuels. Mais, sans preuves ni indices, l'enquête piétine. Et John aussi, à interroger des voisins, d'éventuels témoins qui n'ont rien vu de précis. Alors le soir, il a le temps, et l'envie, de retrouver les pubs d'Edimbourg et ses copains de beuverie. Parce que la vie privé de l'inspecteur Rébus n'est pas rose : divorcé, une fille de douze ans qui grandit trop vite, une foi malmenée par la réalité, et un passé de militaire qu'il voudrait oublier. Et ces lettres anonymes qu'il reçoit chez lui ou au boulot, très étranges, accompagnées d'une croix ou d'un noeud (le titre original est Knots and Crosses, qui désigne en anglais le jeu du morpion)...

Le lecteur se doute bien que lettres anonymes et meurtres ont un lien ; Rebus lui n'est qu'inspecteur adjoint, laissons-lui le temps... Et puis franchement, si l'enquête n'est pas vraiment exaltante (Rankin décrit surtout les ennuyeuses taches administratives et la routine quotidienne d'inspecteurs fatigués), il serait dommage de ne pas découvrir cet enquêteur qui déjà, dès ce premier tome, jouit d'une grande épaisseur psychologique. Même si les divorcés taquinant la bouteille sont légions parmi les flics de papier, celui-ci a un énorme potentiel, avec un passé qui est au centre de l'intrigue. Et c'est bien John Rebus lui-même le thème de ce roman inaugural, bien plus que l'enquête qui est, me semble-t-il, prétexte à une présentation du héros et de la ville. Donc, amateurs de courses poursuites, de speed et de gore, ce roman n'est pas pour vous. Le rythme est assez lent, permettant une découverte toute en nuance de ce héros et de sa ville. De même, si l'Ecosse vous manque ou vous tente fort, passez votre chemin : trépignements de frustration en perspective ! Même si "A Edimbourg, la pluie était digne du Jugement dernier. Elle imprégnait les os, les murs des immeubles et la mémoire des touristes. Elle s'attardait des jours entiers, martelait les flaques au bord des routes et provoquait des divorces - une présence glaciale, meurtrière et envahissante." Loin de l'Ecosse de carte postale, il y a l'Ecosse de Ian Rankin.

Donc, malgré une première enquête pas vraiment exaltante, j'inscris la seconde sur ma liste !

Une présentation de l'auteur  (en français) et sa visite guidée d'Edimbourg.

L'étrangleur d'Edimbourg
3
Ian Rankin traduit de l'anglais par Frédéric Grellier
Le Livre de Poche, 2004
ISBN : 978-2-253-09055-7 - 285 pages -  6 €

Knots and Crosses, parution en Grande Bretagne : 1987

Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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Vendredi 12 juin 2009

Je sors de mon terrain habituel en BD pour céder à l'envie de découvrir Yslaire.

Nous voici dans la grande saga amoureuse et historique, au coeur du XIXe siècle, tout en tourmente et agitation. La révolution de 1848 est au coeur des premiers tomes qui nous rappellent, les images en plus, quelques grandes scènes inoubliables des Misérables.

 

Une malédiction poursuit la famille Sambre. Les derniers rejetons, Sarah et Bernard, tentent comme ils peuvent d'échapper à la folie de leur père qui vient de se suicider. Le grand oeuvre d'Hugo Sambre, La Guerre des yeux, est un traité expliquant l'infériorité des hommes et des femmes aux yeux rouges. Sarah, exaltée, veut continuer l'oeuvre de son père, tandis que Bernard cède aux charmes mystérieux de Julie, la sauvageonne au regard de braise. Les rapports conflictuels du frère et de la soeur mènent au drame : Sarah tue leur mère et Julie, accusée, s'enfuit. Bernard ne tarde pas à la rejoindre à Paris, mais Guizot, cousin de la famille et amant de la mère, le surveille. Julie trouve refuge dans l'ancienne demeure des Sambre où exerce un peintre qui la prend pour modèle. Dehors, le peuple gronde et dresse des barricades, appelant la République contre Louis-Philippe.


On ne sait pas tout, loin de là, de la famille Sambre à l'issue de cette série, première parue, mais qui chronologiquement met en scène les personnages de la deuxième génération (Hugo, le père de Bernard et Sarah étant le héros de la première génération pour une série qui a débuté en 2007, La Guerre des Sambre). Petit à petit, le lecteur met les pièces familiales en place, à force de personnages secondaires et de révélations.

 

Pas besoin d'être spécialiste en Histoire pour apprécier cette série, par contre, il vous faudra aimer le romantisme (au sens commun du terme mais aussi sous son aspect littéraire). D'ailleurs, cette bande dessinée renvoie à bien des grands romans du XIXe siècle, romans sociaux mais aussi romans d'amour.


Les personnages sont fous ou exaltés. Julie l'héroïne est déterminée, sauvage, elle résiste à tous les affronts, bravant tous les dangers par désespoir. Elle devient l'égérie du peuple qui se soulève et secoue son joug de misère. A ses côtés Bernard est bien plus falot, mais Guizot et le Vicaire sont très réussis, aussi détestables l'un que l'autre. 

 

C'est noir, violent, sanglant, passionné et surtout, c'est très beau. La dominante est brune, sombre avec des touches de rouge écarlate (le sang, les yeux de Julie, les cheveux des Sambre...). Le trait est tourmenté et pourtant précis aussi bien pour les portraits que dans les fresques de rue. En ouvrant ces albums, c'est tout d'abord une très intense émotion esthétique qui surprend le lecteur et qui l'enchaîne à ce couple maudit.

Heureusement d'ailleurs que l'on peut se gaver de dessins car tout de même, c'est un peu long cette histoire... Condensée en trois tomes, ça aurait été parfait... Je ne suis pas mécontente de découvrir cette série une fois cette première génération achevée. J'ai d'ailleurs lu également le cinquième tome (donc le premier de la génération suivante, j'espère que vous suivez...) qui prend le même rythme.

1 : Plus ne m'est rien... (1986, Glénat)
2 : Je sais que tu viendras... (1990, Glénat)
3 : Liberté, liberté... (1993, Glénat)
4 : Faut-il que nous mourions ensemble ? (1996, Glénat)

Le site de l'auteur

 

Par Yspaddaden - Publié dans : Bande dessinée
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Mercredi 10 juin 2009

Un recueil de nouvelles, de surcroît mexicain... rien pour a priori retenir mon attention si ce n'est cette magnifique couverture due au talent de Nicoletta Ceccoli, et à la proposition de Leiloona de faire voyager ce livre.

Un recueil sous-titré "et autres histoires embarrassantes" et c'est le moins que l'on puisse dire car ces textes sont vraiment étranges. On y croise un photographe obnubilé par les paupières d'une femme ("Ptôse"), une voyeuse qui observe un homme se masturbant dans sa cuisine lors d'un rendrez-vous amoureux ("Transpersienne"), un homme-cactus, une adolescente en quête de la Véritable Solitude, bref, des gens pas simples dont la psychologie alambiquée aurait pu me plaire.
Mais j'ai traîné ce livre bien longtemps, lisant une nouvelle par-ci par-là sans véritable envie d'y revenir parce que malgré le Mexique, qu'est-ce qu'il est glacial ce recueil ! J'aime bien les dingues en règle générale, mais ceux-là me sont restés tout à fait étrangers. Jamais ils n'extériorisent, jamais ils ne pètent les plombs, toutes ces obsessions et perversités restant refoulées dans le silence. Et le narrateur de la nouvelle éponyme n'a pas réussi à me convaincre, lui qui cherche "les souillures et les odeurs" des femmes dans les toilettes publiques... non mais je vous jure, il y en a des tarés !


Bien des billets sur ce recueil ont fait le lien avec l'écriture de Yoko Ogawa. Et compte tenu de ma triste expérience avec cette écrivain japonaise, je ne peux que confirmer : ces textes n'ont de mexicain que leur auteur, l'ambiance est infiniment plus nippone.

Finalement de ce livre, je n'aime que la couverture. Si comme moi vous appréciez le graphisme de cette illustratrice, voici son site et un autre aperçu de son talent.


Au vu de cette couverture, j'imaginais quelque chose de beaucoup plus onirique et fantasmagorique, un brin fantastique peut-être, des textes qui sondent les âmes à travers la folie quotidienne et le rêve.

Les avis de Fashion,
Sentinelle, VirginieIsa et Leiloona que je remercie pour ce prêt.

Pétales et autres histoires embarrassantes

2.5

Guadalupe Nettel traduite de l'espagnol par Delphine Valentin

Actes Sud, 2009

ISBN : 978-2-7427-8218-5 - 141 pages - 15 €

 

Pétalos y otras historias incomodas, parution au Mexique : 2008

Par Yspaddaden - Publié dans : A discuter
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